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Lundi 8 octobre 1 08 /10 /Oct 09:54

Il y a cet ami d'enfance, nous étions dans des écoles différentes, mais on apprenait la musique au même endroit. Il habitait à cent mètres de chez moi. Je me souviens qu'il m'avait dit à l'époque - on avait royalement huit ans - que lorsqu'un homme était mis en présence d'un sexe féminin, il avait automatiquement une érection - impossible d'y échapper, le pénis était programmé pour ça, tu comprends. Je souris à chaque fois que j'y repense.

La ligne de zonage des collèges passait entre chez lui et chez moi, et à cent mètres l'un de l'autre, on est allés dans deux collèges différents. Avec le temps, on s'est perdus de vue.  Il y a plusieurs années de ça, j'ai vu son nom et sa photo dans le journal (Le Monde si je me souviens bien). Il était allé à Jérusalem, pour un échange universitaire, et trois jours après son arrivée, il avait été tué par une bombe dans un café. Assis sur le banc où je lisais ça, j'ai pleuré. Une fois ou deux, en repassant dans le quartier de mon enfance, j'ai aperçu sa mère, de loin.

Il y a cette fille rencontrée dans je ne sais plus quelle colonie de mes quinze ans. Elle habitait Saint-Brieuc, pour moi qui venais de Paris, c'était le bout du monde. C'est la première fille dont je sois tombé amoureux. Il ne me reste aucun souvenir d'elle, rien d'autre qu'une impression, un sentiment intime, l'empreinte lointaine et ténue d'une présence.

Au début de l'ère google, elle a fait partie des premières personnes dont j'ai cherché la trace sur le web, par curiosité de voir ce qu'était devenue cet éphémère fragment de ma jeunesse. Mais elle était de ces gens qui n'apparaissent jamais nulle part sur internet. Au fil des ans, je l'ai régulièrement googlée, mais ni la naissance des blogs, ni Twitter, ni Facebook ne l'ont révélée. Et puis finalement, j'ai vu son nom - un nom composé, sur lequel on ne peut se tromper - s'écrire pour la première fois sur le sable virtuel, au détour d'un avis de décès. Elle est morte l'été dernier, trois jours avant mon anniversaire, elle avait mon âge. Je ne sais pas ce qui l'a tuée, de même que je ne sais rien de sa vie. Pourtant, là encore, je me suis surpris à pleurer.

Je me suis demandé pourquoi je pleurais sur une femme dont presque vingt années me séparaient, de même que j'avais pleuré sur un ami perdu de vue depuis dix ans.

Et puis j'ai réalisé que ces morts, c'étaient mon premier ami et mon premier amour. Une petite part de moi, une part ancienne -  ceux qui étaient là au début, les premières fleurs de mes premiers printemps.

Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Mardi 24 janvier 2 24 /01 /Jan 19:49


I guess it's over now. But it's been ten good years, right ?

Il y a certainement dans le monde des évènements plus importants que le 404 du FBI sur Megadownload (dont le nom est quand même un cours de smart branding à lui tout seul) et l'arrestation de son douteux phacochère de patron Kim.Com, mais les petits évènements recèlent parfois des richesses insoupçonnées (spirituellement parlant).

D'abord, ça a permis à tout le monde de comprendre que internet était la propriété des Etats-Unis. Ça n'était pas une nouveauté, mais c'est comme un terrain vague : le jour où vous voyez une clôture apparaître, vous vous souvenez qu'il y a un cadastre.

Ensuite, il y a le fait qu'on ne se peut gaver de nouvelles technologies pour soutenir la fameuse croissance, sans accepter la nature de ces nouvelles technologies. Comment vendre des iPad et des iPhones sans accepter la dématérialisation des contenus numériques ? On peut étendre le droit d'auteur pour le représenter comme un droit d'usage des contenus, mais à partir du moment où l'usage ne coûte rien, on se retrouve assez vite devant un problème, du moins si on attache au droit d'auteur une valeur financière.

C'est également une occasion de réfléchir à la notion de droit d'auteur, ce faux-ami. Les auteurs sont très indirectement concernés par le téléchargement illégal, puisqu'ils ont cédé leurs droits. Le terme d'Eva Joly sur l'industrie du copyright faisant face aux monstres qu'elle a engendrés est de loin la position politique la plus pertinente sur le sujet. Les auteurs ont cédé leurs droits à ceux qui leur ont financé la réalisation et la diffusion de leur travail. Ce sont donc les producteurs et les diffuseurs qui détiennent le droit d'auteur en contrepartie de l'argent et des moyens qu'ils ont avancé. Généralement, ils se remboursent de tous leurs frais avant de commencer à répercuter, s'il y a lieu et si le contrat le prévoyait, sur l'auteur. Parmi ces frais à rembourser est évidemment comptabilisé le montant de l'achat du droit d'auteur, qui n'est jamais envisagé dans le contrat de cession que comme une avance.


Autant dire qu'il faut qu'un album ou un film fasse un vrai carton pour que l'auteur véritable touche des retombées sur son succès. Ces retombées sont ensuite à la discrétion des sociétés exploitantes du droit d'auteur. Les frères Weinstein par exemple, sont bien connus pour ne jamais reverser un centime aux auteurs, étant donné qu'ils ne parviennent jamais à se rembourser de leurs frais (un vrai mystère, ils ont un triangle des Bermudes dans leur bureau). Bien sûr, l'auteur est censé avoir accès aux comptes d'exploitation de son oeuvre, mais dans la pratique, lorsque Dreamworks donne un chèque à Dugland parce qu'il a écrit un film qui a bien marché, Dugland remercie gentiment et ne va pas fouiller dans les comptes, à moins de vouloir dépenser aussitôt son chèque en frais d'avocat et de ne plus jamais bosser avec Dreamworks. Ceci permettant de comprendre pourquoi Spielberg produit Spielberg.

Ça n'en fait pas une raison de dire que le téléchargement est la Boston Tea Party du XXIe siècle, après tout producteur et diffuseur sont des métiers et il faut bien que tout le monde vive, mais enfin autant savoir de quoi on parle quand on prononce le terme droit d'auteur. Pour le numérique, seule la licence globale permettra de sortir de l'ornière, et la seule raison pour laquelle elle n'est pas encore mise en place, c'est que les diffuseurs ne veulent pas investir dans le développement de plate-formes qui ne leur rapporteraient rien (parce que déconnons pas). Donc ils laissent Megaupload investir dans le développement, ils laissent des internautes rétribués par la pub monter les sites de direct download - dont certains sont remarquablement efficaces et intéressants - ils laissent Megaupload devenir bien gros, et ensuite ils gueulent au tribunal pour récupérer en dommages et intérêts le bénéfice de l'opération, en ayant économisé l'investissement. Honnêtement, c'est une très bonne affaire. En plus, on peut se draper dans la toge de la vertu bafouée, et ça c'est trop bon.

Personnellement, ce que j'attends avec curiosité, c'est le procès. Parce que je n'ose imaginer les conséquences si le FBI perdait.

Mais bizarrement, ce qui me revient en mémoire, dans l'affaire Megaupload, c'est tout le bataclan médiatique qui a entouré les révolutions du monde musulman, où tout le monde semblait dire que les réseaux sociaux avaient fait tomber les dictatures. Il me semblait à l'époque qu'un lent pourrissement social et des mecs dans la rue prêts à tenir tête à des fusils étaient  plus déterminants, mais il est vrai qu'internet a permis la communication et donc l'organisation d'un mouvement collectif qui sinon serait peut-être resté dispersé et inefficace. A la grande époque syndicale, les communistes envoyaient usine par usine des types chargés d'expliquer le B-A BA du marxisme, et c'était plutôt efficace aussi, mais à chaque époque ses moyens.

Quand je vois le FBI couper Megaupload - sur lequel j'avais des fichiers légaux bien pratique pour les échanges professionnels -, quand je lis le contenu du SOPA présenté au Congrès, une petite voix me fait remarquer une certaine correspondance temporelle entre "le printemps arabe" et le moment où le pouvoir a sonné la fin de la récré internet. Et elle ajoute ingénument que peut-être, si lien obscur il y a, c'est que ni les Etats-Unis, ni les démocraties libérales ne souhaitent prendre le risque que le Net leur échappe et que tout ça leur arrive à eux - nous arrive à nous.

Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Vendredi 7 janvier 5 07 /01 /Jan 17:07

Il vient parfois un moment dans la vie médiatique d'un artiste, où il se décolle de son oeuvre, où il s'en dépouille comme d'un vieux manteau pour n'exister que par lui-même, dans cette tenue  nouvelle, brillante et dorée de la star. Du musicien, du cinéaste, du comédien ainsi consacré, vous n'aurez désormais qu'une vision de plus en plus confuse de sa carrière concrète, et l'on ne parlera dans les médias de ses albums et de ses films qu'en tant qu'ils sont "nouveaux" - c'est-à-dire récents. Le contenu de ce dernier album ou film n'aura alors plus d'importance. Il sera évoqué avec autant de précision qu'un rêve d'enfance et servira essentiellement de prothèse au discours médiatique pour intégrer la star à lui-même. De la star, vous n'entendrez plus parler de ce qu'elle fait, mais de comment elle va.

L'espace de la star est un espace autonome exclusivement médiatique. Cet espace existe en musique et en cinéma, le territoire du show-business. C'est un espace de la valeur.  On y entre, on en sort aussi. Lorsqu'un "talent", selon la nomenclature actuelle, entre dans l'espace de la star, il devient le symbole de sa valeur : valeur ambiguë, puisqu'elle confond en une ruse rhétorique la valeur artistique et la valeur financière. On ne parle plus du contenu car il est entendu qu'il est valable. L'espace de la star est un espace de spéculation : on "mise" sur un talent, on crée des "valeurs sûres", on évite les déchus qui chutent.

Les écrivains ne font jamais des stars. C'est sans pourquoi on parle de leurs livres quand ils sont invités à la télévision. Quoi qu'on fasse, la littérature ne parvient pas à créer un "espace star" parce que, médiatiquement, les écrivains sont exclusivement des cautions culturelles. Il y a une tentative, par exemple, qui ne date pas d'hier, de faire de Houellebecq une star - on lui a même fait réaliser un film. Mais ça ne marche pas parce que la littérature est sans spectacle. JK Rowling a fait fortune. Elle n'est pas devenue une star.

Si on devient star par le biais de réalisations artistiques concrètes propres au show-business, on ne se meut pas dans l'espace de la star par le concret mais par le signe. On dit "Brad Pitt", et tout est dit - alors même que les meilleurs rôles de Brad Pitt, ceux où il a démontré avec le plus d'évidence son talent de comédien, sont généralement méconnus. La star signifie la valeur par sa présence. Elle signifie la présence de talent dans la société. Elle signifie la réalité d'un mythe, à savoir que le talent est nécessairement reconnu par la société.

Les "people" sont des start-up de la star : sans la porte d'entrée d'une activité concrète - ou bien avec cette porte d'entrée mais d'un bois plus léger, comme les stars de séries télévisées - ils sont des valeurs transitoires, permettant des spéculations passagères.
Leur importance actuelle dans l'espace de la star compense le déficit de la starification contemporaine.

Il faut envisager l'espace de la star comme une entrée en bourse. La star est censée être une blue chip, sa valeur est normalement fondée sur au moins dix ans de travail dans son domaine. La spéculation boursière affectera peu sa cote, assurée par le concret d'une expérience, d'un savoir-faire, d'une capacité à agir valablement : faire de la bonne musique, bien jouer de bons rôles, etc.

Avec le temps, elle se décotera naturellement, comme une société de mine se décote lorsque le filon commence à fatiguer. C'est en général à ce moment que la personne derrière la star choisit de se retirer du marché et tire le bénéfice d'une retraite dorée - si la star a été bien gérée.

Malheureusement, la blue chip se fait rare - plus précisément elle se fait vieille. Non pas que le talent disparaisse, mais il entre de moins en moins dans l'espace de la star, il devient de moins en moins une valeur, et l'on spécule de plus en plus sans lui. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, la spéculation se joue sur du très très court terme. Et le talent, par nature, se construit sur du long terme. Par nature, car qu'est-ce que le talent ? C'est l'aptitude remarquable d'une personne à faire quelque chose de particulier. S'il y entre une part de don, d'inné, cette part est infinitésimale comparée au long travail de développement qui permettra à cette personne d'exercer un talent avec régularité. Et ce long travail ne se fait qu'avec une motivation forte, il est le fruit d'une volonté acharnée et d'un désir qui ne s'éteint pas au premier coup de vent. Le talent est donc quelque chose qui s'acquière et se forge de façon éminemment concrète.

Je crois qu'il arrive aujourd'hui deux phénomènes corrélés.

D'une part l'espace spéculatif de la star compte sur sa propre industrie du signe pour générer de la valeur et du profit rapidement. Comment fait-on pour générer du profit et de la valeur rapidement, uniquement par le signe ? On vise les adolescents, influençables, au goût si peu formé qu'ils sont capables de croire que toutes leurs expériences sont uniques, et on leur donne Justin Bieber, qui a le talent d'avoir l'air sympa et sexy (pour une collégienne).
D'autre part, les gens qui ont du talent évitent l'espace de la star où la star devient de plus en plus jetable, ou alors, simplement, ils sont déjà trop mûris par leur expérience pour se conformer à l'univers superficiel du signe que nécessite l'entrée dans l'espace de la star. Par exemple, il est difficile à un musicien  passionné qui a beaucoup tourné dans des petites salles et qui fait de la musique depuis trente ans (admettons qu'il en ait quarante), de se plier aux productions préformatées des directeurs artistiques des grandes maisons de disque, dont le savoir est marketing.

Prenez Francis Cabrel, qui a le talent d'avoir de l'accent. Vous croyez, vous, qu'il accepterait de se mettre au VoCoder ?

Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Mercredi 28 juillet 3 28 /07 /Juil 12:28

Nous l'avons dit et répété sur Parking sur Cour, il n'y a rien de plus délicat, de plus sensible ni de plus frisé qu'une agence immobilière.

Triste époque que celle qui verra les agences immobilières céder face aux assauts barbares de l'individualisme borné. Enfin, heureusement, nous n'en sommes pas là, et je suis fier de de le dire, chaque fois que je côtoie une agence immobilière, ça me fait chaud au coeur de voir tenir ces bastions de bonnes manières.

La dernière fois, tenez, Parking sur Cour se déplaçait pour aller visiter une maison à Tampaxville. Charmante localité, Tampaxville. A peine l'avions-nous découverte que nous étions aussitôt conquis par l'idée de nous enfuir.

La maison était assez charmante, elle ressemblait fort à Parking sur Cour, en plus grande, avec un jardin et pas de monsieur Basilic. Evidemment, il y avait une propriétaire, que nous n'avons pas rencontrée, mais qui, apparemment, accordait une très grande importance au fait qu'on entretienne correctement les quelques mètres carrés de terre semés d'étiquettes de chez Vilmorin et qui servaient de jardin. La dame de l'agence était incroyablement douce et gentille et compréhensive. Au beau milieu de l'après-midi, en semaine, on entendait à peine la basse continue de la techno du voisin à cinquante mètres de là. Et la maison - l'avons-nous déjà dit ?- était charmante. Il y avait même dans le jardin une zone de plusieurs centimètres de diamètre où, une fois accroupi, les voisins ne pouvaient plus vous voir. Après avoir vécu quelques années dans l'intimité de la raie de plombier de Basilic sarclant ses tomates, cela nous semblait une sorte de paradis.

Après quelques hésitations dues fait que Tampaxville signifie "casse-toi vite" en dialecte local, nous voilà dans le bureau de l'agence, bureau délicieux, donnant sur une mignonne petite cour intérieure où mes oiseaux gazouillent. La dame de l'agence nous parle de son patron, qui, à 97 ans, se lève encore tous les matins pour venir au bureau. Et tout en remplissant des fiches, tout en exposant l'intimité de nos finances et l'état de nos ovaires, nous versons un chèque de réservation égal au montant de la caution.

C'était un jeudi.
Le vendredi, nous constituons le fameux dossier et l'envoyons comme convenu par mail à la dame moderne.

Le samedi et dimanche, nous faisons relâche. Le lundi, nous appelons pour obtenir confirmation que le dossier a bien été reçu. Le lundi, l'agence est fermée.
Le mardi, nous appelons pour obtenir confirmation que le dossier a bien été reçu. Le mardi, l'agence est ouverte mais la dame ne travaille pas.
Le mercredi, nous appelons pour obtenir confirmation que le dossier a bien été reçu. La dame nous répond que oui, tout est en ordre. A notre question "y a-t-il d'autres dossiers ?", elle nous répond que oui, il y a quelqu'un envoyé par la propriétaire, mais enfin bon, le dossier n'est pas encore fait, donc, hein, elle nous tient au courant.

Une semaine passe sans nouvelles. Nous visitons une autre maison, dans un autre bled.  L'un des membres de Parking sur Cour se fait enlever ses dents de sagesse et adopte temporairement sur la vie le point de vue des hamsters. L'autre file, pied au plancher, voir la propriétaire de l'autre maison de l'autre bled, et entame les négociations.

Passent deux semaines en tout. Le lundi, nous ne pouvons appeler, puisque l'agence est fermé. Le mardi, la dame n'est pas là. Et le mercredi, nous appelons mais l'agence ne répond plus. Ni le jeudi, ni le vendredi.

Le samedi, trois semaines après avoir visité la maison de Tampaxville, et n'ayant eu qu'un seul contact téléphonique tout à fait ouvert avec l'agence, nous recevons par la Poste notre chèque de caution/réservation, barré d'une rouge mention "ANNULÉ". Sans un mot, sans rien. Même pas un prospectus ou un coupon de réduction à la Foir'fouille.

 

A l'instar de Fabienne Tabard dans Baisers volés je pose la question : qu'est-ce que le tact ?

Le tact, voyez-vous, ce n'est pas, lorsque l'on marche sur les pieds de quelqu'un, de s'excuser platement comme n'importe quel goujat.

Non, le tact, l'apanage du vrai gentleman, c'est au contraire de s'éloigner sans un mot ni même un regard de reproche pour celui qui a malencontreusement glissé ses pieds sous vos semelles.

Par Tom - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Vendredi 23 juillet 5 23 /07 /Juil 18:57

 Un jour, dans un supermarché, j'ai vu un plat surgelé Leader Price de spaghetti bolognaise, à réchauffer au four. Sur le coup, je me suis demandé : mais qui peut être assez manche pour payer un truc aussi mauvais alors que ça revient deux fois moins cher, que c'est meilleur et aussi rapide de le faire soi-même ? La minute d'après, je faisais la queue derrière un type qui achetait ça.

Ceux qui suivent le site VDM, où chacun poste ses petites mésaventures quotidiennes plus ou moins rigolotes, ont peut-être vu passer cette vdm.

A l'heure où j'écris, on en est à 390 commentaires qui tournent en boucle, c'est un spectacle à la fois fascinant et fastidieux - comme de suivre les évolutions gracieuses  d'un poisson rouge dans son bocal.

Donc 390 commentaires sur la question de savoir si on coupe ou non les spaghetti (sans s, parce que s'pas le ghetto, ici). On est en juillet, les commentateurs ont entre 11 et 25 ans, autant dire qu'il y a une vaste masse d'écoliers qui n'a rien d'autre à faire qu'expliquer la vie aux autres sur internet, avec une connaissance de ladite vie inversement proportionnelle à l'envie d'expliquer.
.
J'aimerais porter un regard anthropologique sur le phénomène, donc autant dire que ça va être prise de tête, mais enfin c'est l'un des buts de ce blog - analyser le discours, et Internet est le royaume du discours.

Ceux qui ont le courage, lisez les commentaires, ça tourne vraiment en boucle. En philosophie on appelle ça une aporie, une question sans réponse et c'est vrai qu'il n'y a pas de réponse à la question "a-t-on le droit de couper les spaghetti" ?, et il n'y a pas de réponse parce que ce n'est pas une question.

D'aucuns diront que le sujet est futile et qu'on ferait mieux de pas surpolluer internet avec des commentaires sur des bêtises, mais je dirais que c'est parfois dans le futile qu'on aperçoit le mieux la structure, et je dirais aussi que 400 commentaires sur un sujet comme ça, ça ne peut pas être futile.

Pour éliminer la VDM en elle-même, disons qu'à mon avis, le serveur a juste fait son show pour rigoler, parce que faut bien rigoler un peu des fois, quand même. Pour éliminer ma participation au débat en tant qu'individu, il se trouve que je sais très bien manger mes spaghetti en les enroulant, mais que ça m'arrive souvent de les couper parce que ça me reloute.

L'argument pour dire qu'on ne coupe pas les spaghetti est un argument d'autorité. Il se présente sous différentes formes : par respect pour la tradition, pour le cuisinier, ou les bonnes manières. Ce n'est qu'une façon de dire : " Dieu veut qu'on ne coupe pas les spaghetti, ça se fait pas". Le plus amusant étant l'argument qui dit que si elles sont longues c'est pour être mangées comme ça et pas coupées, alors que les spaghettis comme les tagliatelles sont longues parce que c'est simplement plus facile à fabriquer comme ça.

S'ensuivent des débats sur les traditions, le laisser-faire et la tolérance, le tout agrémenté de comparaisons foireuses qui ne sont pas mon sujet.

Il y a deux aspects que je trouve intéressant.

Le premier, c'est que la question de comment manger les spaghettis est une question essentiellement pratique. La vraie réponse, c'est qu'on n'a pas besoin de les couper. D'un point de vue traditionnel, les pâtes ont une longue histoire et croisent des époques tellement différentes en terme de moeurs, d'alimentation ou de société que parler d'une "tradition" en ce qui concerne les spaghetti, c'est un peu comme croire que Sarkozy fait la pluie et le beau temps. Notamment les pâtes sont arrivées en France au milieu du XVIe siiècle, sur les tables de l'aristocratie, à une époque où les couteaux étaient pointus et servaient exclusivement à piquer des morceaux de viande, rôle qui a fini par être dévolu à la fourchette.

Les pâtes ne sont devenues un plat populaire au sens technique, c'est-à-dire l'alimentation du peuple - c'est-à-dire l'alimentation des campagnes italiennes - que dans les années 1950. Les bons produits traditionnels de la campagne italienne riante sous le soleil doré des studios est un mythe publicitaire récent. Les spaghetti  en eux-mêmes datent de l'explosion de la pâte industrielle.

Il y a eu dès le Moyen-Age une forte tradition artisanale des pâtes en Italie (des macaronis), mais les pâtes n'étaient pas le plat populaire par excellence, c'était un plat des villes. Il fallait une journée à un artisan pour pétrir la pâte avec ses pieds. On en mangeait surtout pendant le Carême et les jours maigres, par exemple le vendredi. Pour le vaillant paysan italien traditionnel, le plat de base était surtout de la bouillie et de la polenta (rappelons que l'état dentaire d'un paysan italien en 1400 est un film d'horreur à lui tout seul).

La tradition à laquelle on peut se référer sur la façon de manger des pâtes est donc avant tout une tradition bourgeoise au sens étymologique, une tradition des gens qui vivent en ville. La cité italienne a dévoré les ressources de ses campagnes depuis l'empire romain et les a longtemps rendues bien misérables.

Le couteau était à cette époque un outil et non un couvert. Sur les tables aristocratiques, il servait à piquer la viande, sur les tables bourgeoises, c'était un outil de cuisine, qui restait en cuisine. Jusqu'à l'expansion de la fourchette, on utilisait pas mal ses doigts. Le couteau était un outil manufacturé qui pouvait valoir cher. Les nobles s'en faisaient faire de luxueux. Dans nos propres campagnes au début du XXe, il était souvent le seul véritable bien de valeur d'un homme. Il pouvait servir à couper des miches de pain, à élaguer des branches, à vider du gibier.
Il a fallu du temps pour qu'il devienne un couvert de table, à bout rond. Si vous voulez avoir une idée de ce que pouvait être un couteau à la fin du Moyen-Age et même encore au XIXe, il faut par exemple regarder du côté de Crocodile Dundee.

Ne pas utiliser un couteau à table, c'est à l'origine une marque de table bourgeoise, dont l'obsession, au cours des siècles qui a vu l'augmentation de son pouvoir dans la société, a toujours été de se différencier des classes d'artisans, de petits commerçants, de gens de maison ou d'employés. L'origine du "sacrilège", c'est bien évidemment l'exclusion et l'affirmation d'une hiérarchie que la structure sociale en trois ordres inégaux ne manifestait officiellement pas.

Il n'y a bien sûr pas pire tabou que celui qui est purement symbolique. Je dirais que cette question de couper les spaghetti est peut-être devenue plus marquante avec précisément le fait que les pâtes se répandent partout après la Seconde Guerre Mondiale. A une époque, le contenu de la table suffisait à définir son rang. Quand ce n'est plus le cas, alors c'est la manière de le consommer qui commence à compter.

Maintenant, le deuxième aspect de cette boucle de commentaires : le vrai sujet.
Car entendons-nous, personne ne s'occupe réellement de savoir si on peut ou non couper les spaghetti. Comme souvent, l'enjeu de la discussion qui s'éternise est caché et inconscient.

Je pense qu'il se dessine en filigrane dans une comparaison foireuse plusieurs fois employée dans le fil et qui est la suivante : couper les spaghetti, c'est comme étaler le foie gras comme si c'était un vulgaire paté, mettre du coca dans son vin, etc. C'est bien sûr l'argument des bonnes manières : c'est mal élevé de couper les spaghetti.

C'est toujours un argument d'exclusion, de délimitation d'une zone sociale vis-à-vis d'une autre, de séparation entre deux milieux. Or en France, nous sommes quasiment tous bourgeois au sens où nous avons collectivement intégré les valeurs bourgeoises.

Qui donc est mal élevé aujourd'hui ? Le beauf. Qui mange du foie gras comme du pâté ? Le beauf (et le beauf riche). Qui est la quintessence du beauf riche aujourd'hui ? L'Américain. C'est lui qui met du coca dans son vin. C'était déjà un topos quand j'avais quinze ans - "les ricains, ils mettent du coca dans le vin, ces dégueulasses !" - visiblement ça le demeure. Personnellement, je n'ai jamais constaté. Par contre, j'ai goûté le Merlot californien, fait avec des pieds vendus par nos vignerons et implantés sur place et je dirais une chose : il est pas mauvais, mais il tape fort. Pour les Américains, le vin, c'est avant tout un alcool, et ce qu'ils recherchent dedans, c'est l'alcool. Quoi qu'on en pense, c'est assez cohérent. De là à traiter le vin comme du whisky coca, ça se tient.

Donc c'est "beauf" de couper ses spaghetti. C'est un manque de respect pour la nourriture. C'est "américain". Il y a une illusion en France, c'est que l'Amérique, c'est comme chez nous, mais en plus primitif, sans la culture, sans l'Europe. Or s'il y a une chose évidente quand on y va, c'est que l'Amérique, ça a autant à voir avec l'Europe que l'Inde. C'est réellement un autre monde, une autre culture. Culinairement, il suffit d'observer que pour eux la division salé/sucré n'a pas de sens spécifique, tout comme en Inde. Nos catégories d'alimentation n'ont rien à voir. La structure du repas non plus, comme la division des plats où la notion de sidedish n'est pas sans rappeler l'Orient.

Si cette illusion est tenace, c'est sans doute que nous préférons être dominés par le même plutôt que par l'autre, on peut ainsi s'imaginer être du côté de celui qui nous domine. Je ne ferai pas de jeu de mot sur le fait que couper les spaghetti, c'est couper le monde en deux, c'est créer l'autre, celui dont les moeurs sont sans mesure avec les nôtres (oh et puis si, je le fais, merde). Celui qu'il faut à tout prix placer en-dessous, de peur de découvrir qu'il est peut-être au-dessus.

Couper les spaghetti, si ça déclenche une réaction de tabou, c'est peut-être que ça touche au sentiment de trahison qui caractérise un aspect de l'Europe. Qu'ils achètent nos maisons, fassent flamber nos prix, ok. Mais nous, on sait que les spaghetti, ça se mange sans se couper.

Le beauf, c'est celui qui ne sait pas. Or ce qui est bien avec le beauf, c'est qu'on peut le condamner sans avoir à réfléchir sur sa propre pratique. Par exemple se prendre pour un fin gourmet des spaghetti et les tartouiller de sauce Barilla. Défendre le savoir-faire traditionnel et acheter à tour de bras les produits de l'industrie. Se prendre pour un Européen averti, et signer des deux mains pour le lobby de la viande, né de l'idéologie des colons américains hantés par le spectre de la famine sur une terre qui n'avait encore jamais connu ni élevage ni agriculture à vaste échelle.

Moi j'aime bien les pâtes, j'en mange souvent. Et ce que je trouve le plus drôle, c'est qu'au coeur de la tradition française, il y a la brasserie. Et sérieux, s'il y a bien un truc dégueulasse, c'est les pâtes qu'on sert dans les brasseries. Y a vraiment que les beaufs pour commander ça.

Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Mercredi 7 juillet 3 07 /07 /Juil 20:06

La première chose que nous avons apprise sur monsieur Basilic, la toute toute première chose, c'était qu'il était gay. Pas comme un pinson, ou alors un pinson vraiment  spécial. On était le soir, dans la cuisine de la maison qui ne marchait pas, avec du gaz qui ne marchait pas et un chauffage qui ne marchait pas, et là il nous a dit :
- Ecoutez, je dois vous dire, il faut que je vous dise, eh ben, parce que voilà, c'est que là, mon ami est un ami, et je suis homosexuel voilà, comme ça, c'est dit, vous le savez.
- Ça a un rapport avec la chaudière ?
- Non mais il fallait que je vous le dise, parce que comme ça c'est clair, vous le savez, vous êtes au courant, je suis comme ça, au début j'étais marié et puis maintenant, je ne le suis plus et mon ami est un ami.
- D'accord, ok, super - mais pour la chaudière ?
- Ça ne vous dérange pas ?
- Absolument pas, est-ce que votre ami qui est un ami sait s'occuper des chaudières ?
- Non, pas du tout, il sait s'occuper de rien, il est infoutu de la moindre connerie pratique, c'est une vraie tanche, faut vraiment que j'ai pas le choix pour me coltiner un nullard pareil.
- Ah là là, l'amour. Mais donc, pour la chaudière ?
- Parce qu'avant j'étais avec un autre ami et...
- Pour la chaudière.
- Ah lui, il s'y connaissait en plomberie, tout ça c'était son truc. Il a fait toute la plomberie de ma maison.
- C'est super ! Appelons-le ! Pour la chaudière !
- Mais il est mort.
- Ah oui bon ben non alors. Remarquez, ça lui fait un point commun avec la chaudière.

Or monsieur Basilic fait rarement les choses avec un point de vue personnel, mais plutôt avec un should-be permanent. Un
should-be, c'est une petite bestiole invisible perchée sur votre épaule qui vous explique comme les choses doivent être, et non comment elles sont. Le should-be passe son temps à vous bramer dans les oreilles et il est très utile pour ne pas se poser de questions. Avec un bon should-be, vous pouvez traverser l'existence sans jamais vous être demandé une seule fois si vous aimez vraiment ce que vous pensez aimer, si telle opinion que vous soutenez est vraiment la vôtre, ou si vous êtes heureux. Perché sur votre épaule, le should-be gobera toutes les questions que vous vous posez et vous pourrez vous reposer dans le paisible enfer de l'auto-confirmation permanente.

Le
should-be de monsieur Basilic, qui n'est pas le plus futé qu'on ait jamais vu, lui avait soufflé qu'être homosexuel, c'est avoir un tempérament tendre et délicat, une sensibilité plus féminine, un goût pour les fleurs et les couleurs et quelques autre conneries dans le style. Sachant que monsieur Basilic a été éduqué à coup de ceinture et qu'il trouve encore que c'est une bonne méthode d'éducation, je vous laisse deviner le pourcentage de réussite du should-be et la tête du résultat, constamment tiraillé entre des aspirations irréalistes et une réalité déniée.

Un exemple assez simple, c'est la conduite. Monsieur Basilic est délicat, il aime les fleurs et les parfums, mais alors attention, il veut surtout pas conduire comme un pédé. Si vous montez avec lui en voiture, la rencontre à chaque virage de votre tête et des différentes parties de l'ameublement intérieur suffira à vous le faire comprendre.

C'est pour ça que ça a été drôle quand monsieur Basilic a acheté une nouvelle voiture. Parce qu'il avait depuis quinze ou vingt ans une R19 diesel pépère qui tenait bien la route pour les trois kilomètres qu'il faisait par mois, dont une moitié pour aller au centre commercial et l'autre pour aller chercher son ami qui est un ami à la gare. Il la conduisait comme s'il avait été Senna, mais l'avantage d'une vieille R19 diesel, c'est qu'elle est consciente qu'elle est pas sur un circuit, elle.

Et puis, le
should-be et bien d'autres choses lui ont susurré dans l'oreille que ce serait bien de changer de voiture, parce que c'était une vieille voiture. Et monsieur Basilic, il a peut-être réussi à accepter d'être homosexuel, mais alors le fait d'être vieux, ça non, il peut pas. Aussitôt dit, aussitôt fait, il a acheté une jeune voiture. Et là, il a pas pris une voiture de pédé. Il a acheté un cabriolet rouge décapotable avec un tableau de bord façon Aston Martin. Mais c'est pas une Aston Martin, c'est plutôt une Martin tout court.

(Elle coûte plus d'un an de notre loyer et elle est garée sous nos fenêtres, ça nous rassure tous les matins de voir que l'argent que nous lui versons ne sert pas à des conneries).

Le problème avec la Martin, aka Grosse Voiture, c'est qu'elle est sensiblement plus grosse que la R19, qu'elle est pas diesel, et que si elle monte pas à 300, elle est sensiblement plus nerveuse. Or pour accéder au garage, il y une étroite allée non goudronnée et défoncée d'une trentaine de mètres, qui fait un coude bizarre sous nos fenêtres. La manoeuvre est délicate, à vrai dire, en marche arrière comme en marche avant. Et évidemment, c'est après avoir acheté la Martin que monsieur Basilic s'en est aperçu. C'est pas comme s'il habitait là depuis trente ans.

La conséquence directe, c'est qu'il a rayé sa voiture le premier jour sur des piliers de briques devant chez nous, qui étaient forts jolis mais qui gênaient. Il les a donc délicatement défoncés au marteau, un dimanche, pour s'apercevoir que sous la brique, il y avait une énorme colonne de béton. Qu'à cela ne tienne, Bricodidier est venu défoncer les piliers de béton avec une machine qu'on ne sait pas ce que c'est (sans doute une chaudière kitée). Ça a été un moment plein de fleurs et de tendresse, ça n'a pas changé grand chose à la configuration des lieux, mais ça a vengé la voiture. En fait, ils se sont aperçus que ce qui gênait le plus le passage de la voiture, c'était notre maison. Bricodidier a bien offert les services de sa machine pour défoncer la maison, mais on a menacé de lâcher les chats.

Et depuis, la sortie et la rentrée de la Martin, c'est toujours un moment qui n'est pas sans rappeler un certain passage d'Austin Powers.

En général, on sort les chaises pour regarder. C'est un spectacle délicat, qui parle à notre côté féminin.

Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Samedi 6 février 6 06 /02 /Fév 17:36
(Car en matière de titres avec des jeux de mots pourris lorsque Dieu est en panne et le Maître en rade il faut bien compenser.)

Cela m'a frappée le jour où un vendeur d'un magasin de blousons a essayé de me racoler à coups de "bravo pour ton look" (oui, c'est le risque si vous traînez aux abords du troisième étage de ce centre commercial, là où il n'y a plus que des cuisines intégrées, des gadgets pour papis et Nature & A poils, loin des Zarats, des Jairiennafer et des Mangro et des jolies filles bien sapées afférentes, si vous vous aventurez là-haut donc, par un sutil effet d'optique appelé "contextualisation", vous avez beau être habillée comme pour rester chez vous, le simple fait de porter un chapeau fait de vous quelqu'un qui "a un look" et donc le vendeur vous dit qu') "On cherche des jeunes qui présentent bien pour diffuser notre image, tu aimes le cuir ?"

Et comme ça aurait été trop long de lui expliquer qu'en fait, je réprouve le consumérisme de notre société de consommation qui pousse à trop consommer alors tu vois, me transformer en objet publicitaire pour aguicher les consommateurs pas trop, je lui ai plutôt dit que j'aimais les animaux et que je ne m'habille pas avec de la peau d'animal mort, la mienne me suffit, merci (et un peu de coton aussi).

Je suis donc repartie après l'avoir aspergé de sang, lui et sa boutique (nan en fait c'était du ketchup, je suis pas sadique, je sais bien que le sang c'est super dur à faire partir sur les vêtements ensuite). Et là, ce qui m'a frappé, c'est que j'avais dit un gros mensonge.

Je ne mange pas de viande, mais je porte du cuir. A mes pieds. Tiens, pas plus tard qu'aujourd'hui. Et hier, encore. Mes tennis me brûlaient soudain.

Et finalement c'est vrai, c'est assez contradictoire que de vouloir la peau de l'animal mais pas la chair qui l'a habitée. Après tout la bestiole est morte, pourquoi gâcher. Alors je suis allée m'acheter des escarpins ET un cheeseburger. Non, je blague. Alors j'ai commencé à réfléchir à des chaussures assorties à mon assiette (car je suis devenue frileuse depuis l'époque où je me baladais nu-pieds en ville, et puis c'était en été et assez loin vers le sud).

Mais des chaussures sans cuir, tu mets quoi, sur tes pieds, à part des chaussettes, et dans ce cas tu vas pas loin ? Eh bien cela va de soi, tu mets des chaussures vegan. Les chaussures vegan, ce sont des chaussures, tu dirais du cuir, mais c'est pas du cuir. C'est du...

C'est là que ça a commencé à mal tourner, mon histoire. Parce que j'imaginais ça super vert, les chaussures vegan, avec des trucs en chanvre, en algues et en cire végétale, avec des procédés super futés pour que ça te fonde pas entre les doigts de pieds et que ça dure dix ans même en faisant Paris-Kathmandou à pieds tous les six mois, mais en fait, les matériaux des chaussures vegan, c'est chimique, synthétique, plastique, produits dérivés de pétrole et compagnie. Alors je veux bien, le plastique c'est fantastique, mais c'est pas ça qui va arranger les animaux si on remplace le tannage du cuir par des industries hyper polluantes pour fabriquer des matériaux de remplacement. Je veux dire, le cuir, au moins, c'est naturel, ça pousse tout seul, même si c'est pas sur les arbres, et le tannage végétal, ça marche très bien. Donc du coup on a soit des chaussures écologiques mais faites avec du cuir, soit des chaussures qui aiment les animaux mais pas écolo du tout. C'est un dilemme.

En fait, ce qu'il faudrait, c'est un label "cuir d'animal mort de mort naturelle au terme d'une vie heureuse".
Par Jerry - Publié dans : Le réel monde réel
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Jeudi 7 janvier 4 07 /01 /Jan 16:43
Le Très Gothique Graphopathe m'ayant taguée tout Léthé, je me trouva fort d'idées pourvue quand sa bise fut venue (on peut toujours rêver). Me voilà donc à plancher sur le sujet suivant :

"Vous êtes au centre commercial (hem... Disons donc dans la rue commerçante de Parkingsurcourville. Si, si, les trois boutiques, là-bas) quand les zombies attaquent. Vous avez :
1. Une arme
2. Une chanson qui passe dans les haut-parleurs
3. Une personne célèbre pour se battre à vos côtés."

Eh bien disons :

1. Une faux bien équilibrée, quoi, que ce ne soient pas toujours les mêmes qui s'amusent.

2. J'aurais bien pensé à du Björk, histoire de poutrer du zombie sur un rythme entraînant, par exemple There's more to half-life than this. Mais on va plutôt choisir de diffuser un bootleg de Cranberries ("What's in your head, in your heaaad, zombie") et Charles Trenet ("Une noix, qu'y a-t-il à l'intérieur d'une noix ?"), histoire d'avoir le mode d'emploi bien en tête.

3. Personne, évidemment.

Et je refile le bébé à Crazy Cat Lady, en guise de cadeau de mariage.
Par Jerry - Publié dans : Confiture
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Vendredi 1 janvier 5 01 /01 /Jan 17:09
L'idée nous est venue à l'entrée du petit village de Perdu-sur-Loing, où nous cherchions désespérément la route de Paumez-lès-Bled, pourtant distant d'à peine, enfin ça devait être tout prêt. C'est au moment où nous repassions pour la troisième fois devant le monument au mort de 14-18 (au singulier, ce n'est pas une coquille, c'est un tout petit village) (monument qui cachait astucieusement le panneau indiquant Paumez-lès-Bled, mais ça, nous ne devions le découvrir que bien plus tard) (la DDE Longitudopertusienne est taquine) que Jerry, qui conduisait, pila soudain :

"Attends, faut que je regarde la carte.
- Ben à ce que je vois la confiance règne, répondit Tom, qui tenait la carte.
- Mais nan c'est pas ça, je la trouve jolie, c'est..."

Et puis soudain, silence. Elle était là, juste en face d'eux, lumineuse, évidente, jaune. Une énorme banderole clignotante de bienvenue. Et ce qu'elle disait en guise de bienvenue, cette banderole, c'était tout à fait remarquable.

C'était "JOYE.../...F...N.../...E.../.!"

Le reste était rendu illisible par les innombrables ampoules grillées.

Et à la réflexion, on s'est dit que c'était parfait. Parce qu'après tout Noël ce n'est pas tellement notre fête, que le Nouvel an bof, que la symbolique de tout cela nous échappe de plus en plus, qu'on se sent un peu à côté du gros buzz de fin d'année, mais que ça ne nous empêche pas de vous souhaiter tout plein de bonnes choses. Lesquelles bonnes choses vous serez bien mieux à même de définir que nous.

A tous, nous souhaitons donc :

JOYEUFGNEUFGNEUFGNEU !

Et c'est de bon coeur.
Par Tom et Jerry - Publié dans : Le réel monde réel
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Jeudi 3 décembre 4 03 /12 /Déc 15:41

   Non, bien au contraire, les blogs agonisent la bouche ouverte en plein milieu de la web-rue, rongés par les pubs et les spams dans l'indifférence général, leur dépouille pourrissant pendant des années sans qu'il soit mis un terme à leur supplice. Lorsqu'enfin vient le temps de la page 404 et du rappel à leur créateur, leur sépulture est sans gloire, et leur héritage un anonyme oubli.


   C'est comme ça que ça meurt, en vrai, un blog. Ah on vous le dit pas, sur skyblog, hein.

   Mais Parking sur cour n'est pas mort, il est zombie.

   Et non, on ne fera pas d'article pour expliquer pourquoi on ne fait pas d'article.
Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Tom et Jerry

vont refaire le monde, mais en commençant par un blog, parce que sinon ça fait beaucoup.

"L'homme est né bon, mais faut pas le faire chier." (Jean-Jacques Rousseau)

"Bats ton âne pendant que tu es dessus. Si tu ne sais pas pourquoi, lui non plus." (sagesse ancestrale hindoue)

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