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Nous l'avons dit et répété sur Parking sur Cour, il n'y a rien de plus délicat, de plus sensible ni de plus frisé qu'une
agence immobilière.
Triste époque que celle qui verra les agences immobilières céder face aux assauts barbares de l'individualisme borné.
Enfin, heureusement, nous n'en sommes pas là, et je suis fier de de le dire, chaque fois que je côtoie une agence immobilière, ça me fait chaud au coeur de voir tenir ces bastions de bonnes
manières.
La dernière fois, tenez, Parking sur Cour se déplaçait pour aller visiter une maison à Tampaxville. Charmante
localité, Tampaxville. A peine l'avions-nous découverte que nous étions aussitôt conquis par l'idée de nous enfuir.
La maison était assez charmante, elle ressemblait fort à Parking sur Cour, en plus grande, avec un jardin et pas de
monsieur Basilic. Evidemment, il y avait une propriétaire, que nous n'avons pas rencontrée, mais qui, apparemment, accordait une très grande importance au fait qu'on entretienne correctement les
quelques mètres carrés de terre semés d'étiquettes de chez Vilmorin et qui servaient de jardin. La dame de l'agence était incroyablement douce et gentille et compréhensive. Au beau milieu de
l'après-midi, en semaine, on entendait à peine la basse continue de la techno du voisin à cinquante mètres de là. Et la maison - l'avons-nous déjà dit ?- était charmante. Il y avait même dans le
jardin une zone de plusieurs centimètres de diamètre où, une fois accroupi, les voisins ne pouvaient plus vous voir. Après avoir vécu quelques années dans l'intimité de la raie de plombier de
Basilic sarclant ses tomates, cela nous semblait une sorte de paradis.
Après quelques hésitations dues fait que Tampaxville signifie "casse-toi vite" en dialecte local, nous voilà dans le bureau
de l'agence, bureau délicieux, donnant sur une mignonne petite cour intérieure où mes oiseaux gazouillent. La dame de l'agence nous parle de son patron, qui, à 97 ans, se lève encore tous les
matins pour venir au bureau. Et tout en remplissant des fiches, tout en exposant l'intimité de nos finances et l'état de nos ovaires, nous versons un chèque de réservation égal au montant de la
caution.
C'était un jeudi.
Le vendredi, nous constituons le fameux dossier et l'envoyons comme convenu par mail à la dame moderne.
Le samedi et dimanche, nous faisons relâche. Le lundi, nous appelons pour obtenir confirmation que le dossier a bien été
reçu. Le lundi, l'agence est fermée.
Le mardi, nous appelons pour obtenir confirmation que le dossier a bien été reçu. Le mardi, l'agence est ouverte mais la
dame ne travaille pas.
Le mercredi, nous appelons pour obtenir confirmation que le dossier a bien été reçu. La dame nous répond que oui, tout est
en ordre. A notre question "y a-t-il d'autres dossiers ?", elle nous répond que oui, il y a quelqu'un envoyé par la propriétaire, mais enfin bon, le dossier n'est pas encore fait, donc, hein,
elle nous tient au courant.
Une semaine passe sans nouvelles. Nous visitons une autre maison, dans un autre bled. L'un des membres de Parking sur
Cour se fait enlever ses dents de sagesse et adopte temporairement sur la vie le point de vue des hamsters. L'autre file, pied au plancher, voir la propriétaire de l'autre maison de l'autre bled,
et entame les négociations.
Passent deux semaines en tout. Le lundi, nous ne pouvons appeler, puisque l'agence est fermé. Le mardi, la dame n'est pas
là. Et le mercredi, nous appelons mais l'agence ne répond plus. Ni le jeudi, ni le vendredi.
Le samedi, trois semaines après avoir visité la maison de Tampaxville, et n'ayant eu qu'un seul contact téléphonique tout à
fait ouvert avec l'agence, nous recevons par la Poste notre chèque de caution/réservation, barré d'une rouge mention "ANNULÉ". Sans un mot, sans rien. Même pas un prospectus ou un coupon de
réduction à la Foir'fouille.
A l'instar de Fabienne Tabard dans Baisers volés
je pose la question : qu'est-ce que le tact ?
Le tact, voyez-vous, ce n'est pas, lorsque l'on marche sur les pieds de quelqu'un, de s'excuser platement comme n'importe
quel goujat.
Non, le tact, l'apanage du vrai gentleman, c'est au contraire de s'éloigner sans un mot ni même un regard de reproche pour
celui qui a malencontreusement glissé ses pieds sous vos semelles.