Le réel monde réel

Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 15:41

   Non, bien au contraire, les blogs agonisent la bouche ouverte en plein milieu de la web-rue, rongés par les pubs et les spams dans l'indifférence général, leur dépouille pourrissant pendant des années sans qu'il soit mis un terme à leur supplice. Lorsqu'enfin vient le temps de la page 404 et du rappel à leur créateur, leur sépulture est sans gloire, et leur héritage un anonyme oubli.


   C'est comme ça que ça meurt, en vrai, un blog. Ah on vous le dit pas, sur skyblog, hein.

   Mais Parking sur cour n'est pas mort, il est zombie.

   Et non, on ne fera pas d'article pour expliquer pourquoi on ne fait pas d'article.
Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /2009 15:24
Ah ça, non, on a pas trop la tête à écrire des choses drôles et intelligentes sur notre Parking sur cour, en ce moment. Alors ça va encore être bête et sordide.

Faut dire que le contexte n'aide pas. oh non, je ne parle pas de la crise, qui n'est finalement qu'un vaste prétexte à avaler d'amères pillules, mais de choses bien plus tangibles, comme cette sourde menace qui pèse constamment sur nous en la personne de monsieur Basilic.

On avait bien remarqué depuis quelques temps la multiplication des agressions mineures. Comme rouler en bagnole sur mes pots de fleurs, défoncer les pilliers en brique de la terrasse un dimanche matin ou encore jardiner à un mètre de nos fenêtres vêtu d'un magnifique bas de jogging usé qui glisse sur les hanches, laissant apparaître une bonne moitié de la raie de son septuagénaire postérieur.

Mais on tenait bon.

Et puis l'autre soir, en rentrant chez nous, on a trouvé, soigneusement alignés sur notre perron, un couple d'oiseaux morts.

Pardon, mooooorts.

Un rouge-gorge et un pic-vert.

Et puis le temps de se demander ce que c'était encore que cette horrible blague, la lueur bleutée de la télévision de monsieur Basilic s'était muée en une forme blanche qui enjambait rapidement le bord de sa fenêtre pour fondre sur nous.

"Oh oui, je les ai gardés pour vous les montrer, ils sont beaux, hein ? Et puis y'en avait un troisième, là, sur les dalles, je vous l'ai pas mis parce qu'il y avait de la tripaille alors forcément, mais attendez, il doit être quelque part par là, je vous le montre, mais où qu'il est donc passé, que vous voyiez au moins la tête, forcément le corps il est un peu éparpillé mais la tête était bien détachée, ah mais ça oui y'avait de la tripaille partout, j'ai foutu ça sur le côté parce que bon vous pensez bien, la tripaille, comme ça, sur les dalles ! Mais les deux, là, c'est des jeunes, p'têt qu'ils sont tombés du nid, parfois vous savez ils tombent du nid et pis alors y'a plus rien à faire, faut les achever à coups de talons, mais là je les ai trouvés ils étaient déjà morts, ils ont dû crever comme ça, ça doit être les chats, rien que la semaine passée j'en ai enterrés trois, ha c'est la saison, ça va vite en ce moment, ils crèvent comme des mouches ! Mais regardez les plumes comme elles sont fines, non mais vous pouvez toucher, hein, il va pas vous mordre, et la tête, vous avez vu le bec, ah ça, on dirait qu'il va parler, hein ?  Si vous attendez deux jours seulement, je vous garanti qu'il aura le bec plein d'asticots, hahaha ! Ah ben non maintenant ils sont tout raides, allez-y, touchez, le corps c'est comme de la pieeeeerre, mais tout à l'heure, je les ai trouvés, ils étaient encore tout chauds, hein !" Acheva-t-il avec un claquement de langue de connaisseur tout en secouant les deux pauvres piafs comme des marionnettes désarticulées.

Ah ben ça c'est sûr.

En fait, pour trouver chez nous, c'est facile : suffit de suivre la tripaille, et c'est au bout de l'allée de corbeaux crucifiés, juste derrière les crânes sur des piquets.
Par Jerry - Publié dans : Le réel monde réel
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /2009 00:00
Au printemps monsieur Basilic a une espèce de sursaut d'activité. Il sort du long engourdissement de l'hiver, et tel le loriot joyeux, il part à la gambade dans son jardin, en quête de choses à faire.

Il y a un truc avec monsieur Basilic, c'est qu'en fait, il préfère l'automne, parce qu'il a une sorte d'obsession, et cette obsession, c'est la Mort. Le printemps, c'est-à-dire la vie, c'est pas trop son truc. Ça lui fait peur, tous ces trucs qui poussent. Ça lui file de la grosse angoisse métaphysique. Non, il préfère quand ça meurt, au moins comme ça, on est fixés, on est bien malheureux. Avec monsieur Basilic, si on évite le contact, c'est entre autres parce qu'inévitablement, au bout de dix minutes, il abordera le sujet de la Mort. Quand il regarde nos fleurs, toutes bourgeonnantes, il nous dit : "Attention, ça va crever !" Quand il parle des chats, il dit : "j'en ai eu plusieurs, mais ils sont morts". Quand il parle des oiseaux, il dit "j'en ai vu un ce matin, il était mort". En fait, il ne prononce pas "mort" comme ça. Il prononce "mooooort", d'une voix très grave, avec un vibrato dans les basses, mais genre même pour dire que le ver de terre, là, est "mooooort". "Ça c'est sûr, il est moooooort", surtout depuis que monsieur Basilic lui a éclaté la tête à coup de pelle en le prenant pour une vipère naine.

Donc au printemps pour chasser l'angoisse, monsieur Basilic est pris de la folie de faire des choses.
Mais, fidèle à son habitude, monsieur Basilic ne cherche pas ce qu'il est utile ou nécessaire de faire. Le plus urgent serait sans doute de profiter du beau temps pour vider la décharge publique qui lui sert de garage, où s'entasse depuis vingt ans un bric-à-brac plus jamais utilisé ni utilisable. Plus qu'un garage, c'est un lieu-dit - Tetanos city -  peuplé de "trucs" rouillants. Oui, parce que le clou rouillé, monsieur Basilic, il en fait collection. Il en a des caisses pleines dans sa cave, dans le garage, dans les poches. Tout ce qui rouille, il aime bien. Et vous seriez surpris de découvrir le nombre de "trucs" capables de rouiller. Même un crapaud en plastique pour jouer dans le bain est capable de rouiller au contact de monsieur Basilic.

Mais monsieur Basilic, depuis le temps qu'il y a des printemps et qu'il y est pris de l'envie de se livrer à de l'activité furieuse, n'a jamais envisagé de nettoyer son garage, qui soit dit en passant, est sous notre fenêtre. Non, au printemps, il est un peu embêté, au fond, monsieur Basilic, parce que dans un jardin, à part tondre la pelouse et virer quelques merdouzes laissées par l'hiver, il n'y a pas tant que ça à faire. Les plantes poussent toutes seules, c'est le principe du printemps. Alors monsieur Basilic, il cherche désespérement des trucs à faire, mais qui soient pas des trucs vraiment chiants comme le coup du garage. Donc tondre la pelouse, une ou plutôt deux fois, pour faire bonne mesure. Karcheriser les petites dalles devant sa maison - deux mètres carrés de surface. Emmener les broussailles à la décharge. Et puis, la nuit, subrepticement, ramener les broussailles pour pouvoir les emmener une deuxième fois à la décharge le lendemain. Rekarchériser les petites dalles, parce que vous comprenez, avec les broussailles. S'occuper, quoi.

Et avec l'arrivée du printemps, monsieur Basilic cherche le contact. Quand il cherche le contact, il vient fureter sous nos fenêtres, près de notre porte. Il lance des broussailles de derrière le mur, pour venir les chercher et se trouver un prétexte de nous approcher. Il fait semblant de se faire mordre par ses perruches, pour qu'on réagisse. Il fait de la danse africaine sur les plates-bandes. Enfin bref, il fait tout pour se faire remarquer.

Mais nous, on ne réagit jamais, évidemment. Et ça le rend nerveux. Ça le rend nerveux, au point qu'immanquablement, il y a un moment où il va, comme un chat qui veut jouer, commettre l'irréparable.

- "Jerry ? y a Basilic devant chez nous, il arrache des trucs.
- Quoi ? Mais qu'est-ce qu'il fout ? Mais... mais... ? Mes pissenlits !"

La fin de la phrase vola dans la pièce tandis que la porte claquait et que dehors, monsieur Basilic se redressait, une pleine poignée de pissenlits brisés dans la main, ignorant la fureur qu'il venait de déclencher.

- "Non mais oh ducon, tu t'es cru où, là, à m'arracher mes pissenlits comme un sauvage ?" que j'aurais aimé qu'elle dise mais malheureusement Jerry est très diplomate.

- "Oh mais je sais bien, à chaque fois que je fais quelque chose, avec vous, c'est mal", qu'il lui a authentiquement dit, parce que monsieur Basilic, il sait bien que quand il a fait une connerie, la meilleur façon d'arranger les choses, c'est de nier. Et monsieur Basilic d'expliquer que tous les malheurs du monde depuis la création de l'univers, c'est à cause des pissenlits, que ça rime avec nazi et saloperie, et que c'est pour ça qu'il les arrache.

Et ensuite, il s'est enfui, avec les pissenlits broyés dans la main, à qui il promettait douleur, enfer et châtiment.

Il y a quelque chose de spéculativement intrigant dans cette fixette de monsieur Basilic sur les pissenlits - parce que les autres mauvaises herbes, il s'en fout. Oui, il y  quelque chose de curieux au royaume de l'analogie à deux balles, dans ce désir irrationnel d'extirper tous les pissenlits du secteur, dans cette volonté farouche de déraciner les pissenlits - alors que les pissenlits, c'est précisément ce qu'on mange par la racine quand on est "mooooort".

Mais on n'en dira rien, parce que c'est le printemps, et parce qu'il faut laisser à Jerry le mot de la fin :

- "Putain mais merde - mes pissenlits, quoi !"
Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /2009 15:00

Si le tigre vous dit que l'ours est mauvais chasseur, demandez-vous d'abord si l'ours chasse.



    On oppose traditionnellement, depuis le début du XXe siècle, deux grands systèmes d'organisation sociale, l'un connu sous le nom générique de communisme, l'autre de capitalisme. Le communisme historiquement construit sur la révolution russe de 17 ayant fait faillite, il est usuel de convenir que le communisme n'est pas viable. Il est fréquent de rencontrer une justification de cet échec communiste par le constat de ce que le capitalisme bénéficie d'un ordre naturel - personne ne l'ayant inventé - là où le communisme serait un projet, une volonté humaine de construire une société de synthèse, par opposition à une société qui, laissée à sa spontanéité, aurait justement donné le capitalisme.
    C'est l'argumentaire sous-jacent de toute la politique libérale contemporaine, et toute la faiblesse de l'opposition sociale vient de ce qu'elle est incapable de répondre simplement à quelque chose qui se présente comme un fait.
    C'est aussi la raison pour laquelle il est aujourd'hui fermement découragé par les autorités de chercher une alternative. Car il n'y a pas d'alternative possible, puisque la seule, la vraie, était le communisme, et ça a foiré. Donc laissez tomber, espèce de passéiste conservateur et immobiliste. Il faut aller de l'avant.

    Tout ça n'est qu'une façon déguisée de dire que le capitalisme est voulu par Dieu - ou la sélection naturelle - et que donc, il est oiseux d'en discuter, surtout en temps de crise, enfin, monsieur, vous n'avez pas des choses plus sérieuses à faire ? Ayez au moins un peu de pudeur, pour les gens qui souffrent.

    C'est une manipulation rhétorique, puisque par définition, toute organisation sociale est un choix, que Dieu est un concept, et que la sélection naturelle est une théorie descriptive des processus biologiques et non une théorie normative des sociétés humaines.

    Maintenant, j'avoue qu'en réalité le communisme et le capitalisme ne me semblent pas si fondamentalement différent. Ils me semblent même au contraire très proches l'un de l'autre, et je crois qu'entre la Russie et les Etats-Unis, entre le Pop Art et le réalisme socialiste, entre l'invasion de l'Afghanistan de 1978 et celle de 2001, entre la pornographie dissidente russe des années Brejnev et la pornographie contestataire des seventies, il y a bien des parallèles intrigants.

    Mais indépendamment de ça, le point commun entre le capitalisme et le communisme, c'est qu'ils fondent tous deux la structure sociale sur le capital et sa propriété. L'un pense que le capital doit être privé, l'autre public. Mais tous deux pensent que tout découle de la propriété du capital.
    En d'autres termes, ce sont deux systèmes qui fondent la société sur son économie.

    Les choses arrivent toujours pour un ensemble de raisons. Se braquer sur un aspect en se mettant la pression parce qu'on pense que tout vient de là, c'est le meilleur moyen de se planter.

    L'économie n'est pas la clé de voûte du système social, mais un aspect parmi d'autres d'une problématique incroyablement complexe qui est la transformation des liens spécifiques entre les gens qui se connaissent, en un lien abstrait entre les gens qui ne se connaissent pas.

    Le communisme historique a montré qu'une économie où le capital est exclusivement public n'est pas viable.
    Le capitalisme contemporain est en train de nous montrer qu'une économie où le capital est exclusivement privé n'est pas viable non plus.
    Mais la chute du second ne se fait pas sur le modèle du premier. En réalité, le capitalisme ne s'effondre pas : il s'affaisse.
    Depuis la fin du XIXe siècle, il s'affaisse doucement, gagnant des sursis à coup de guerre : guerres coloniales, guerres mondiales, guerres froides.
    Toutes ces guerres sont lisibles comme d'énièmes dérivations d'une crise fondamentale que le capitalisme ne cherche surtout pas à affronter face à face, et pour cause : il s'en nourrit. La crise, le capitalisme, c'est ce qui lui donne la pêche, c'est son Twix à lui, sa barre de Nuts. Le problème, c'est que ça ne marche que sur un mode autoritaire et le mode autoritaire, comme toute contrainte, finit toujours par créer une réaction. En 1914, la bourgeoisie a réussi à dévier la menace prolétarienne - parce que sinon, des "1917", il n'y en aurait pas eu qu'en Russie  - par une belle boucherie patriotique. Ça a calmé temporairement les humeurs, comme une saignée moyen-âgeuse.

    C'est donc naturellement que le capitalisme, suivant son cours, s'affaisse en féodalisme financier dans lequel nous vivons aujourd'hui, et dans lequel vivait déjà la France de la Belle Epoque.

    Oui, mais alors comment se préoccuper d'autre chose que d'économie ? Elle est partout. Personne ne peut y échapper.

    Eh bien, revenons à la fameuse opposition capital privé, capital public. Le PS aurait tendance à se poser comme des supporters d'une forme mixte, forme composée : une partie du capital doit être privée, une partie, publique. Et c'est la quadrature du cercle, ils n'y arrivent pas, ça foire tout le temps, on ne comprend rien, et puis de toute façon, le privé gagne toujours.

    Concevons plutôt cette opposition sur un plan symbolique comme l'opposition du cercle et du rectangle. On peut juxtaposer un cercle et un rectangle, ou les surimposer, mais faire que leurs formes s'accordent fondamentalement, ça paraît impossible.

    Pour résoudre le problème comme pour faire une révolution, il faut changer de point de vue.
Le seul moyen de réunir un cercle et un rectangle, c'est de faire un pas de côté, de passer en 3D et de définir le cylindre. Vu par le bout, c'est un cercle, vu par le côté, c'est un rectangle. Mais indubitablement, c'est un cylindre.

    Le seul moyen de résoudre la question de la propriété du capital, c'est de chercher le cylindre dont le privé et le public sont les facettes.
    Le seul moyen d'échapper à l'économie, c'est de chercher le cylindre social dont elle fait partie

    Ce cylindre a été trouvé par de nombreuses sociétés, très diverses, au cours des âges. Il a pris bien des formes, et il a duré de bien des façons. Nous mêmes l'avons trouvé, à différents moments de notre histoire. A d'autres moments, nous avons sévèrement tatané la gueule de sociétés qui l'avaient trouvé alors que nous l'avions perdu.
    Ce cylindre n'est pas une formule de mathématique : c'est un équilibre qui se crée, à certaines époques, entre certaines personnes qui partagent certaines conditions de vie. La vérité, c'est qu'il s'invente à chaque fois.

    La seule certitude, c'est qu'on ne l'invente pas si on ne le cherche pas.
    Mais si j'osais, je dirais que les deux premiers pas pour le chercher aujourd'hui sont assez simples.

    Le premier,  ce serait de comprendre que nous ne pouvons pas faire mieux que vivre - comme individu et comme civilisation.
    Le second, ce serait de se demander si nous avons vraiment compris ce que les peuples qui ont élaboré les monnaies-coquillages avaient en tête.
Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /2009 22:23

Par Tom et Jerry - Publié dans : Le réel monde réel
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Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /2008 14:39

Comme annoncé, je voudrais parler de la psychologie, et je vais découper ça en plusieurs articles, à la fois pour séparer différents aspects du problème, et aussi parce que j'aime bien découper des choses en morceaux mais ça vous n'avez pas vraiment besoin de le savoir.

Je ne parlerai pas ici de ce qui relève de la psychiatrie, qui soigne les pathologies lourdes telles que la schizophrénie, la psychose, etc. Maladies qu'on tempère plus qu'on ne soigne, si j'ai bien compris.

Je voudrais parler de tout ce qui concerne le côté "psy", dans lequel on met pêle-mêle des tas de trucs différents: psychanalyse, psychologie, psychologie clinique, psychothérapie, etc.
Je ne veux pas entrer dans le détail,  je n'y suis pas formé, et puis c'est pas mon propos.
Ce qui m'intéresse, c'est que ces disciplines ont une destination globale commune : elles sont aujourd'hui le seul moyen dont dispose la société occidentale pour aborder le psychisme humain.


J'ai entendu plusieurs personnes dire qu'elles avaient "un problème avec les psy", expression imprécise et généraliste.

Le psy n'est pas un prêtre, la psychologie n'est pas une religion, il n'y a pas de conversion ou de manipulation. Il ne s'agit pas de croire à quelque chose. Même si l'inconscient est une hypothèse, ça ne veut pas dire qu'il est une lubie, un dogme ou une mystique. C'est un modèle scientifique, c'est-à-dire qu'il fonctionne : qu'il explique une immense partie des phénomènes psychiques et que les thérapies fondées sur son existence guérissent une grande partie des gens qui les suivent. C'est aussi ainsi que fonctionne la médecine allopathique, soit dit en passant.

Il y a des psychanalystes, des psychologues, des psychothérapeuthes et des psychiatres, qui ont des fonctions différentes. Certains sont bons, d'autres non. Les psys ne sont d'ailleurs pas toujours là pour "faire" quelque chose, mais j'y reviendrai dans un autre article.

Avoir "un problème avec les psys", c'est parfois avoir simplement un problème avec le psychisme, avec le fait que nous n'en serions pas maîtres, que peut-être certaines choses nous échappent, et que nous pouvons nous leurrer sur nos motifs, nos désirs ou le sens que nous donnons à nos actions, alors même que nous croyons très bien les connaître, les avoir réfléchies et pesées.

Le psychisme se moque de savoir si nous l'acceptons ou non, ou si nous croyons en lui. Refuser de se pencher sur sa complexité réelle, sur l'existence de sa partie inconsciente, c'est accepter d'en être à jamais prisonnier. Non pas qu'apprendre à le connaître puisse donner les moyens de mieux le maîtriser. On ne maîtrise pas plus le psychisme que la gravitation universelle.
La maîtrise, précisément, est l'illusion à perdre.

Il y a un cliché qui est que les gens qui vont chez le psy sont les faibles, les pleurnichards, ceux qui s'inventent des problèmes ou qui s'écoutent trop.
Les gens forts, les gens travailleurs, courageux, n'ont pas besoin d'aller chez le psy, ils règlent leurs problèmes tout seuls.

C'est une bêtise.
Il y a des pleurnichards, des complaisants et des bavards qui vont chez le psy, comme il y a des cons qui achètent du pain. Et le pain les nourrit autant que le psy soigne les pleurnichards, les complaisants et les bavards.
Par ailleurs, ce n'est pas parce que c'est dans votre tête que vous pouvez vous en occuper seul : quand c'est dans votre corps, vous demandez à quelqu'un qui s'y connaît, et qui vous est extérieur.

L'idée sous-jacente, c'est qu'aller voir un psy, c'est se faire plaisir au lieu de faire des trucs pas drôles comme le travail. On accepte d'ailleurs la fréquentation du psy beaucoup plus facilement quand elle est justifiée par une difficulté croissante à travailler...

La démarche d'aller voir un psy implique en réalité de commencer un travail.


Une thérapie n'a rien de sympathique ou d'agréable. Elle implique une certaine durée, un engagement, et la volonté d'un retour sur soi. Faire un retour sur soi, c'est un énorme effort, d'autant plus quand on est abîmé, parce qu'on va se retrouver confronté à des choses refoulées, qu'on n'avait pas envie de voir. Mais de même que l'organisme doit parfois vomir pour se purger, la thérapie implique d'affronter les émotions pénibles, les dégoûts, les peurs, les douleurs, pour les dépasser.
Même si cela doit aller contre une image de soi qu'on a si longtemps construite et chérie. Même si cela doit aller contre des habitudes de vie, de pensée, sur lesquelles on s'appuie quotidiennement, à tel point qu'on n'imagine pas le monde sans elles, comme cette première cigarette qui fait démarrer la journée, ou ce travail auquel il faut absolument arriver si tôt et rester si tard, ou cette pulsion permanente de consommation sexuelle, ou ces parents qui ne vous aiment pas mais qu'on n'imagine pas envoyer se faire foutre, etc.


Ouh là, non, on ne va pas voir un psy pour le plaisir.
On y va parce qu'on a un foutu problème.
Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /2008 23:10

Il y a en France une coutume traditionnelle qui consiste à se moquer des Américains, ces grand enfants un peu brutaux, que nous regardons à la fois avec terreur et indulgence, moralement protégés que nous sommes par le recul d'une sagesse européenne millénaire quelque peu surestimée.

Je suis contre les sentiments de supériorité. Je suis contre les idées reçues qui les véhiculent. Je suis contre la paresse qui sert d'autoroute confortable à l'ignorance et la veulerie.

Il y a en France une autre coutume, qui consiste à valoriser systématiquement tout ce que fait, à fait, et fera l'Amérique, et à dénigrer systématiquement la France.

C'est l'autre face de la même ignorance et de la même veulerie.

Le rêve américain est mort, il y a déjà pas mal de temps. Son chant du cygne est sans doute au tournant des années 70.

L'histoire américaine, aussi courte soit-elle du point de vue occidental, est avant tout un dramatique gâchis. Comme le dit avec plus de tenue
Levi-Strauss à la fin de Tristes tropiques, nous avons flingué le Nouveau Monde, et nous savons qu'il n'y en aura pas d'autre - ne rêvons pas, Life on Mars won't happen or it won't be cool.
Dorénavant, c'est avec cet échec qu'il nous faudra vivre, c'est cet échec qu'il nous faudra dépasser - ou nous en mourrons.
L'actuelle royauté du pétrole et ses conséquences, the greed race, et tout ce que vous pouvez pointer du doigt sur cette planète comme un merdier sans fond où s'enlisent toutes les bonnes volontés - tout cela n'est que l'expression variée du même ratage de la civilisation occidentale, celle à qui Prométhée a donné la machine, celle qui n'a dû son avance sur les autres qu'à son goût pour la technologie et à strictement rien d'autre.

Ce ratage, c'est précisément l'incapacité dans laquelle s'est trouvée cette civilisation de répondre à une simple mais terrible question : que faire d'un Nouveau Monde ?

Rendons ici aux Américains la gloire qui leur revient réellement : cette question, non seulement ils se la sont posée avec une grande honnêteté, avec espoir et bonne volonté, mais ils se sont aussi bien accroché pour y répondre.

Et à ma connaissance, ce sont les seuls. Qu'ils aient maintenant lâché l'affaire ne doit pas nous inciter au mépris, au pessimisme ou à la revanche. Bien au contraire, cela doit nous inciter à extraire du bourbier les quelques pierres solides qu'ils ont apportées dans leur tentative, à les examiner, et à continuer de construire dessus.

Je pourrais citer plein de points, mais je vais en prendre un seul, parce que je le trouve personnellement extrêmement frappant, et que c'est peut-être l'un des plus lourds de conséquence en terme de société.

Si les séries américaines sont globalement aussi efficaces, c'est parce que la dramaturgie y est considérée avant tout comme une affaire non d'inspiration et de folie créatrice, mythe bourgeois du second romantisme,  mais bien comme une affaire pratique. Or, l'enjeu le plus important en terme de dramaturgie, ce qui vous sera le plus utile pour écrire une fiction, c'est la psychologie.

Culturellement, l'Amérique est habituée aux concepts psychologiques. Elle les a beaucoup vulgarisés. Il n'y a qu'à voir la fortune d'une notion comme
addict.

En France, en terme de psychologie, il y a une inculture sidérante. Je constate à chaque fois comment des gens avec un haut niveau d'étude, une bonne formation intellectuelle et une solide assise mentale, se montrent au pire incroyablement bornés sur le sujet, au mieux dramatiquement démunis face aux troubles de leurs proches.

Les principes de base d'une psychothérapie sont si méconnus, et suscitent tellement de méfiance, que tenter de les expliquer tranquillement revient souvent à être considéré comme le prêcheur d'une obscure religion manipulatrice.

Je ferais d'autres articles sur ces sujets, parce que vraiment, je suis choqué de voir la survivance régulière d'un tel obscurantisme dans ces domaines, gros sac de noeud qu'il me semble important de démêler.

Mais ce que je voudrais dire ici, c'est ça : s'il y a une chose que nous devons écouter de l'Amérique, c'est qu'elle a écouté Freud sans se foutre de sa gueule.

Smart people.
Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Samedi 19 juillet 2008 6 19 /07 /2008 15:28


Nul n'ignore que l'Iran a récemment procédé à des essais de tir de missiles afin de garantir le climat général de sérénité qui caractérise cette époque.
L'Iran a d'ailleurs pris une photo-souvenir :




Certains journaux ont affirmé que la photo des tirs en question avait été outrageusement photoshopée afin de masquer la défaillance d'un des lanceurs.
Ils ont suggéré que la réalité aurait plutôt ressemblé à ça :




Nous, à Parking sur Cour, les missiles, c'est pas notre truc.
Mais la vérité si.
Grâce aux profits dégagés par la fréquentation de ce blog, nous avons pu acheter à prix d'or LA photo, la seule, la vraie, celle prise par le général iranien qui a appuyé à la fois sur le bouton de lancement des missiles, et sur le bouton de l'appareil photonumérique extra-plat gigapixel garantie Fnouc deux ans.


Auteur : Cowicide.


Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /2008 14:41
Nous interrompons cette non-programmation en urgence pour signaler une offre exceptionnelle à ne surtout pas laisser passer.
En ce moment, et jusqu'au 16 juillet seulement, sur une enchère avec mise à prix initiale de 14 euros, vous pourrez vous rendre acquéreur d'une jeune femme en string.

Un pied de micro réglable sera offert en prime.

La vente a lieu ici.

POUR UNE FOIS, SOYEZ UN WINNER !



Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Lundi 23 juin 2008 1 23 /06 /2008 20:23
Dans Jarhead, l'un des protagonistes s'écrie, alors qu'un hélicoptère diffuse les Doors au coeur du désert irakien : "Fuck ! That's Vietnam music ! Can't we get our own music ?"

Alors à toi, mon ami qui a écrit cette réplique et qui peut-être pensait fugitivement derrière ton script ce que je pense ici, je te dédie cet article. Et à toi, personnage factice, voix anonyme prenant à son compte l'exaspération sans aucun doute réelle d'un GI inconnu et peut-être mort depuis ce temps, je vais te répondre.

Alors pourquoi fuck, ne peux-tu avoir ta propre musique, désenchanté Marines de la 1ère guerre du Golfe ?

Pourquoi ne peux-tu avoir ton son ?

Lorsque vous associez un moment particulièrement riche en émotion avec une musique qui passe à ce moment-là ou qui est la musique qui vous accompagne préférentiellement à cette saison de la vie - mais si... la chanson qu'on fait tourner deux cent fois en une semaine, et qu'on oubliera d'un coup... - vous vivez le moment, et la musique vient l'épouser. Plus tard, la musique joue le rôle de petite madeleine de Proust, c'est-à-dire le rappel symbolique de l'émotion, détachée du moment qui lui a donné naissance.
Ceci est un processus naturel.

Si, lorsque vous vivez un moment, vous cherchez la musique à lui associer, c'est que vous ne vivez pas de moment. Vous êtes en train de chercher quelque chose qui compense l'absence de moment, d'essayer de masquer un vide actuel en lui associant le symbole d'une émotion. Vous cherchez le symbole, précisément parce que l'émotion n'est pas là.
Ceci est un processus artificiel.

Si vous cherchez la musique sans avoir le moment, c'est parce que le moment est pourri. Quotidien. Banal à pleurer. Sans émotion.
Vous espérez que la musique créera quelque chose. Man, you're doin'it wrong. C'est quelque chose qui crée la musique.

Alors, mon vieux Marines... dépossédé de ton émotion par l'émotion de ton père...

La musique du Vietnam alors que tu creuses au fond du Koweit pour défendre des puits de pétrole...

C'est ton son. Ecoute-le plus attentivement. C'est comme dans le jazz.

Tout est dans le contre-temps.
Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
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Tom et Jerry

vont refaire le monde, mais en commençant par un blog, parce que quand même, c'est fatigant.

"L'homme est né bon, mais faut pas le faire chier." (Jean-Jacques Rousseau)

"Bats ton âne pendant que tu es dessus. Si tu ne sais pas pourquoi, lui non plus." (sagesse ancestrale hindoue)

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