Lundi 20 octobre 2008
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Comme annoncé, je voudrais parler de la psychologie, et je vais découper ça en plusieurs articles, à la fois
pour séparer différents aspects du problème, et aussi parce que j'aime bien découper des choses en morceaux mais ça vous n'avez pas vraiment besoin de le savoir.
Je ne parlerai pas ici de ce qui relève de la psychiatrie, qui soigne les pathologies lourdes telles que la
schizophrénie, la psychose, etc. Maladies qu'on tempère plus qu'on ne soigne, si j'ai bien compris.
Je voudrais parler de tout ce qui concerne le côté "psy", dans lequel on met pêle-mêle des tas de trucs
différents: psychanalyse, psychologie, psychologie clinique, psychothérapie, etc.
Je ne veux pas entrer dans le détail, je n'y suis pas formé, et puis c'est pas mon propos.
Ce qui m'intéresse, c'est que ces disciplines ont une destination globale commune : elles sont aujourd'hui le seul moyen dont dispose la société occidentale pour aborder le psychisme
humain.
J'ai entendu plusieurs personnes dire qu'elles avaient "un problème avec les psy", expression imprécise et
généraliste.
Le psy n'est pas un prêtre, la psychologie n'est pas une religion, il n'y a pas de conversion ou de
manipulation. Il ne s'agit pas de croire à quelque chose. Même si l'inconscient est une hypothèse, ça ne veut pas dire qu'il est une lubie, un dogme ou une mystique. C'est un modèle scientifique,
c'est-à-dire qu'il fonctionne : qu'il explique une immense partie des phénomènes psychiques et que les thérapies fondées sur son existence guérissent une grande partie des gens qui les suivent.
C'est aussi ainsi que fonctionne la médecine allopathique, soit dit en passant.
Il y a des psychanalystes, des psychologues, des psychothérapeuthes et des psychiatres, qui ont des fonctions
différentes. Certains sont bons, d'autres non. Les psys ne sont d'ailleurs pas toujours là pour "faire" quelque chose, mais j'y reviendrai dans un autre article.
Avoir "un problème avec les psys", c'est parfois avoir simplement un problème avec le psychisme, avec le fait
que nous n'en serions pas maîtres, que peut-être certaines choses nous échappent, et que nous pouvons nous leurrer sur nos motifs, nos désirs ou le sens que nous donnons à nos actions, alors même
que nous croyons très bien les connaître, les avoir réfléchies et pesées.
Le psychisme se moque de savoir si nous l'acceptons ou non, ou si nous croyons en lui. Refuser de se pencher
sur sa complexité réelle, sur l'existence de sa partie inconsciente, c'est accepter d'en être à jamais prisonnier. Non pas qu'apprendre à le connaître puisse donner les moyens de mieux le
maîtriser. On ne maîtrise pas plus le psychisme que la gravitation universelle.
La maîtrise, précisément, est l'illusion à perdre.
Il y a un cliché qui est que les gens qui vont chez le psy sont les faibles, les pleurnichards, ceux qui
s'inventent des problèmes ou qui s'écoutent trop.
Les gens forts, les gens travailleurs, courageux, n'ont pas besoin d'aller chez le psy, ils règlent leurs
problèmes tout seuls.
C'est une bêtise.
Il y a des pleurnichards, des complaisants et des bavards qui vont chez le psy, comme il y a des cons qui achètent du pain. Et le pain les nourrit autant que le psy soigne les pleurnichards, les
complaisants et les bavards.
Par ailleurs, ce n'est pas parce que c'est dans votre tête que vous pouvez vous en occuper seul : quand c'est dans votre corps, vous demandez à quelqu'un qui s'y connaît, et qui vous est
extérieur.
L'idée sous-jacente, c'est qu'aller voir un psy, c'est se faire plaisir au lieu de faire des trucs pas drôles comme le travail. On accepte d'ailleurs la fréquentation du psy beaucoup plus
facilement quand elle est justifiée par une difficulté croissante à travailler...
La démarche d'aller voir un psy implique en réalité de commencer un travail.
Une thérapie n'a rien de sympathique ou d'agréable. Elle implique une certaine durée, un engagement, et la
volonté d'un retour sur soi. Faire un retour sur soi, c'est un énorme effort, d'autant plus quand on est abîmé, parce qu'on va se retrouver confronté à des choses refoulées, qu'on n'avait pas
envie de voir. Mais de même que l'organisme doit parfois vomir pour se purger, la thérapie implique d'affronter les émotions pénibles, les dégoûts, les peurs, les douleurs, pour les dépasser.
Même si cela doit aller contre une image de soi qu'on a si longtemps construite et chérie. Même si cela doit aller contre des habitudes de vie, de pensée, sur lesquelles on s'appuie
quotidiennement, à tel point qu'on n'imagine pas le monde sans elles, comme cette première cigarette qui fait démarrer la journée, ou ce travail auquel il faut absolument arriver si tôt et rester
si tard, ou cette pulsion permanente de consommation sexuelle, ou ces parents qui ne vous aiment pas mais qu'on n'imagine pas envoyer se faire foutre, etc.
Ouh là, non, on ne va pas voir un psy pour le plaisir.
On y va parce qu'on a un foutu problème.