Bananience

Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /2009 07:00
Ah, la magie du cinéma.

Après être passé, en un petit siècle d'existence, par tant d'états et de luttes diverses, d'animation de foire en divertissement populaire, d'un commerce hâtivement légalisé à la construction des premiers studios d'Hollywood, de la révélation européenne de ses possibilités artistiques à l'heure de gloire d'Hollywood - façonnée par les mains desdits Européens chassés de leur terre natale -, de l'outil de propagande idéologique à la clause culturelle du plan Marshall, de la naissance du cinéma d'auteur à son institutionnalisation, de l'explosion du cinéma contestataire seventies  au cinéma familial de Spielberg,
du marketing à la papa des majors au marketing agressif du film indépendant à la Miramax, et finalement de la séduction à la coercition - le cinéma en a vu bien des couleurs pour se retrouver maintenant un peu coincé dans cette dichotomie stérile : les films avec potentiel commercial, et les films sans.

Les films faits pour faire du fric, et les films faits pour pas en faire.
On dirait bien  : les films qui n'ont rien à dire, les films qui n'ont rien pour dire.
Mais dans la réalité, ce n'est plus vrai depuis quasiment vingt ans : tous les films sont sur des cases, aucun ne dit rien et la différence se fait plutôt entre ceux qui raflent des quantités effroyables de fric, et ceux qui gagneront peut-être de quoi se rembourser les frais généraux.

Comme toute l'économie actuelle, le cinéma se retrouve pris dans la tendance société en sablier :

- les très gros blockbuster, en haut, qui, comme Danone sur le yaourt, fonctionnent avec cinquante pour cent du budget alloué à la communication : gobalement américains, ils sont la meilleure solution commerciale dans notre système pour ceux qui ont les moyens.
- les petits indés qui se financent en bricolo avec quatre ou cinq sources différentes, dont forcément du fond public.
- pas grand chose au milieu, généralement visé par les grands films populaires, et dont l'une des dernières réussite en date est Bienvenue chez les Ch'tis : le créneau moyen sur lequel tout le monde essaie de se placer, mais qui se caractérise surtout par le nombre et la régularité impressionnante des bides.

Maintenant, supposons que j'ai envie de voir Fresh, de Boaz Yakin, sorti en 1993, pour des raisons qui ne regardent que moi et ça tombe bien, parce qu'on doit pas être nombreux, chaque jour, à vouloir voir Fresh.
Le choix qui s'ouvre à moi, roi consommateur, est infini : soit je peux choper d'occasion une vieille VHS pourrie sur Priceminister, eBay ou consorts ; soit je peux acheter le DVD du film, qui me sera livré entre quatre et six semaines plus tard sur le site de la FNAC.
Or, et d'une, je veux voir le film, pas le posséder. Ça se trouve, c'est super mauvais, j'ai pas envie de conserver le DVD chez moi dans ma bibli où j'ai pas de place, et j'ai autre chose  faire que le revendre ensuite sur eBay.
Et de deux, je veux le voir maintenant, pas le commander en ligne, le recevoir par la poste dans un mois en espérant qu'avec la privatisation des services postaux, un contractuel me le chourave pas au passage, et puis ensuite défaire le boss de fin de niveau à mains nues pour avoir enfin le droit de voir ce putain de film qui ça se trouve est une bouse.
En fait, la vente de ce DVD est prévue sur un cas d'école : j'ai vu le film en salle, j'ai kiffé, j'achète le DVD pour me le remater chez moi.

C'est que toute l'économie du cinéma tourne autour de l'objet film, et plus précisément de sa période d'exploitation.

En terme d'investissement comme en terme comptable pour une société de production, chaque film est une boîte à part entière, créée pour une fenêtre d'existence brève - quelques années si Allah est vraiment très miséricordieux - comme ces grands moustiques qui ont la nuit pour se reproduire et meurent dans les lueurs de l'aube (ou restent parfois coincés pendant des jours dans un coin du plafond, à essayer de pas se faire bouffer par les chats).

Le vecteur roi de l'exploitation, c'est la projection en salles. Le bénéfice du film dépend donc du nombre d'écran sur lesquels ont peut projeter le film, de la localisation géographique de ces écrans, et de la durée pendant laquelle on peut le projeter avant qu'il laisse la place.
A l'origine, le cinéma est un divertissement populaire, dans tous les sens du terme : dans les années 70, la place ne coûte rien, et les gens y viennent avec naturel - même si déjà à l'époque, on parle de la concurrence de la télévision, mais c'est une autre histoire.

A partir du début des années 80, l'histoire du cinéma va de pair avec l'extension de cette période d''exploitation dûe à l'apparition de nouveaux moyens de diffusion, à savoir la video. Les années 80-90, c'est l'importance croissante des droits annexes - droits télévisés et droits vidéo.
Plus tard, à la fin des années 90, le début 2000, apparaît l'exploitation DVD, qui remplace la vidéo.

Le modèle économique reste le même, celui de fenêtres d'exploitation, en écho successif : la salle, la télé, le DVD.
Puis la rentabilité du film est achevée. La plupart du temps elle est surtout jouée en salle, parce que les banques, qui avancent l'argent du film, sont d'un naturel pressé. Le montant des droits télés ont été fixés au budget, et la vente DVD crée rarement des surprises.
Statistiquement, les films qui existent encore financièrement dix ans plus tard sont rarissimes et de toute façon, il faut en avoir un catalogue incroyablement conséquent pour pouvoir sérieusement s'y adosser.

Dans cette économie, il y a eu un gagnant évident, une place en or, celle du distributeur, qui gère l'exploitation. Le distributeur ne prend pas les risques de la production, il achète les droits, gère la sortie et se rembourse des frais engagés en communication dès le premier ticket.

La distribution, une drôle de place, dans l'économie générale des biens. La distribution, ou la naissance de la marge arrière.

La distribution, c'est-à-dire le marketing, c'est l'invention de la stratégie du blockbuster, et aujourd'hui l'essentiel de l'activité réelle des majors.
La distribution, c'est ce qui règne en maître depuis dix ans sur le financement des films, ce qui décide qu'ils se font ou non.

L'invention du fichier numérique est perçue dans cette économie comme un prolongement du DVD, mais elle met mal à l'aise.
Elle met mal à l'aise, parce qu'elle n'a en fait rien à voir.

Toute l'économie de l'exploitation est une économie de l'objet : la copie pellicule, la cassette video, le DVD. Le marketing se fait sur l'objet, sur son apparition dans le circuit général des biens, sa sortie.

Le fichier numérique n'est pas un objet : c'est un emplacement mémoire.

Ça ne coûte rien à stocker, ça ne demande pas de frais à être fabriqué. Ça n'est pas distribuable, c'est visionnable.

C'est absolument génial, parce que, si on regarde bien, tous les films n'ont pas vocation à être d'énormes succès qui rapportent du fric. Il en est des films comme des livres ou des moments de la vie : à certains moments, on a envie d'un truc drôle, à d'autres d'un film qui te parle de la vie, ou d'un navet cosmique, ou d'un film légendaire, ou d'un truc expérimental, ou d'un film à sketch, ou d'un petit film sympa, etc.

Mais dans le système d'exploitation sur une période de temps limitée, qui est un système du renouvellement constant, on ne peut pas choisir ce qui nous fait envie selon l'humeur. On choisit dans l'offre de la semaine ou du mois. On a pas envie de Hulk ? Ben, en ce moment c'est Hulk, donc tu prends. Ou alors c'est Comme un verre de lait sur la table, qui se renverse et puis meurt, pour dix euros pareil. Ou alors un film fait par le duo de la télé, là, que t'as déjà vu leurs sketchs en gratuit, ben c'est les mêmes - dix euros. Et voilà.

Donc quelque part, on s'y retrouverait sans doute mieux si on avait une bibliothèque immense et délocalisée de films variés, dont l'exploitation serait en quelque sorte permanente. Ce serait même une façon de gérer l'abandonware.

Ceux qui y perdraient un peu, ce seraient les distributeurs, évidemment.
Ils sont bien comme ça. Ils ont pas envie que ça change. Ils font de bons bénéfices, avec une méthode pas crevante.

C'est sûr que c'est plus facile d'envoyer le lobby faire pression sur les Etats pour qu'ils luttent à leurs frais contre le piratage - alors que c'est techniquement de la folie furieuse - plutôt que d'essayer de trouver un moyen d'intégrer les fichiers numériques à l'économie du cinéma.

Contre la réalité, on peut tenir longtemps. Qui perdra le plus à cette situation ? Je ne sais pas, sans doute ceux qui n'auront pas les moyens, comme toujours. Et puis ceux qui aiment les films, c'est sûr.

Dans tout ça, j'avoue que la seule question que je me pose, c'est pourquoi, depuis maintenant presque dix ans, les bons films ont quand même un peu tendance à se faire rares.
Par Tom - Publié dans : Bananience
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Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /2009 07:58
    Peut-être certains d'entre nos quatre lecteurs ont-ils vu passer l'histoire de cette fuite des coordonnées bancaires de 21 millions d'Allemands. Apparemment, elles proviendraient du personnel de sociétés sous-traitantes, mal payé et précaire, qui n'hésiterait pas trop à avoir recours à des procédés indélicats pour arrondir leur fins de mois. La sous-traitance porte sur la gestion de clientèle et le marketing. Ce n'est bien sûr pas prouvé, mais disons que l'autre piste - celle d'un énorme grizzly vert déguisé en ninja - n'est pas corroborée pas tous les témoins.

    L'explosion du marché de la sous-traitance date d'une vingtaines d'année à peu près, période sur laquelle elle est devenue un recours de plus en plus systématique pour des entreprises de taille de plus en plus réduite.

    La création du marché de la sous-traitance est liée à l'expansion des sociétés de conseil dont la plus symbolique est Andersen Consulting, qui a connu son heure de gloire en magouillant les comptes d'Enron. Le conseil est généralement né des sociétés d'expertise financière et juridique qui réalisaient les audits exigés par la tenue d'une comptabilité à vaste échelle. De la réalisation de ces audits, des conséquences pouvaient être tirées afin d'optimiser le fonctionnement et le plus souvent le rendement de la société. Ce qui était un à-côté pour ces sociétés d'analyse est ainsi devenu une activité à part entière.

    Si la naissance du conseil en tant que secteur remonte aux années 70, ce sont les années 80 qui voient sa croissance exponentielle au sein des grands groupes, et les années 90 qui couronnent son accession au marché juteux des entreprises de taille moyenne.
En trente ans, les activités de conseil ont pris une telle importance dans le monde économique, qu'elles sont l'un des points de chute le plus courant pour les diplômés d'école de commerce - écoles qui ont parfois du mal à convaincre leurs étudiants de faire justement plutôt du commerce que du conseil.

    Les sociétés de conseil se multiplièrent, et les normes qu'elles définissaient collectivement s'appliquèrent donc sur une surface entreprenariale de plus en plus grande.

    Le fait de détacher certaines activités d'une entreprise - certaines divisions ou comptes - pour les confier à d'autres sociétés, plus petites, qui se seraient spécialisée dans la gestion d'un domaine précis, fut un élément de base préconisé dans la réduction des coûts, il en fut même l'élément symbolique, le mythe fondateur du conseil.
    C'est aujourd'hui quelque chose d'extrêment courant de déléguer le poste client, ou le facturage ou sa comptabilité, à une autre boîte. C'est parfois très utile même pour une certaine échelle de boîte, qui a les moyens de se payer une sous-traitance mais pas une division comptable.
    Mais les entreprises qui ont fait la gloire originelle d'Andersen n'étaient pas particulièrement aux abois. Il y a dans la vie économique des effets de mode aussi puissants que n'importe où. Non, la gloire d'Andersen, ce fut de faire gagner encore plus d'argent à des boîtes qui en gagnaient déjà beaucoup, et ce fut la mode de réduire ses coûts pour dégager encore plus de bénéfices.
    Quel en est l'intérêt, hormis de pouvoir s'acheter une Porsche de plus ? L'intérêt est simple : il crée de la croissance dans l'entreprise, tout en restant immobile - sans trouver de nouveau marché, sans augmenter les ventes. Le procédé permet donc de créer de la croissance là où il n'y en a pas.
    Dans les années 70, il y a deux chocs pétroliers, qui donnent un coup d'arrêt à la croissance ininterrompue des Trente Glorieuses, croissance générée par la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l'expansion américaine, et la construction du marché commun européen.
    Dans les années 70 naît le conseil, dont le job est de générer de la croissance qui ne soit pas commerciale.

    Avoir recours à une société de conseil permet de faire monter l'action, parce que la Bourse anticipe le gain que l'entreprise en retirera. Dans un monde couvert d'entreprises et où les nouveaux marchés se font rare, l'optimisation par le biais d'une société de conseil permet de créer un mouvement boursier sans avoir à vendre plus de ce qu'on a à vendre - et facilite par exemple l'obtention d'un crédit ou une augmentation de capital. On peut rêver sur ce que signifie le fait de réduire les coûts pour obtenir un crédit.

    Derrière ces sociétés de conseil, maîtres d'oeuvre de la sous-traitance systématique, se profilent évidemment les banques d'affaires, dont la spécialité est d'analyser les mouvements des entreprises et de proposer à ses clients différents types d'opération, la plus connue étant la De Fursac, la griffe de l'Haum, la fusac.

   S
i la sous-traitance embauchait des CDI avec un bon salaire, elle ne ferait pas d'économie par rapport à l'entreprise qui lui a confié sa compta justement pour ne pas embaucher des CDI avec le salaire fixé par les conventions collectives ou son échelle interne. La sous-traitance n'est donc pas le règne de la prospérité des employés. Par ailleurs, une entreprise qui se spécialise dans la sous-traitance, c'est une entreprise qui ne vend ni ne produit rien mais qui tire son revenu direct du volume d'activité des autres entreprises. En cas de crise, la sous-traitance a dix fois plus de chances de s'en prendre plein la tronche.

Où j'en étais déjà ? Ah oui, les coordonnées bancaires barbotées par des employés de sous-traitances, sous-payés, en période de crise.
Bon, on va pas en faire un fromage non plus.
On va trouver une solution.

On va demander à une société de conseil.

Par Tom - Publié dans : Bananience
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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /2009 07:58
    Dans The Wire, étonnante série policière mettant en scène la ville de Baltimore aux Etats-Unis, on voit l'un des gros dealers passer un bref coup de fil entre deux rendez-vous, pour signifier à son courtier de revendre tout les actifs qu'il possède dans la télécommunication mobile : Motorola, Nokia, etc. Il explique ensuite qu'il vient d'aller dans la cité, et qu'il a vu l'un de ses petits vendeurs au détail qui avait déjà deux portables : un pour le business, l'autre pour appeller sa nana.

    "Si un gamin comme ça en est déjà à avoir deux portables, qu'est-ce que tu veux vendre de plus ? Le marché est saturé, mec, c'est tout".

    L'épisode a vraisemblablement été écrit milieu 2002, pour situer le contexte, c'est-à-dire après l'explosion de la bulle internet, la chute des nouvelles technologies et l'effondrement de la spéculation sur les opérateurs de téléphonie mobile. Le personnage caractérise le bon sens de terrain, celui qui constate la réalité économique concrète que toute la spéculation boursière du monde ne saurait remplacer. M.Sarkozy lui rendrait certainement hommage, empêtré comme il est aujourd'hui dans cette contradiction de défendre le capitalisme industriel tout en tirant sur le capitalisme financier, ce qui revient à vouloir garder la graine tout en refusant la plante qu'elle donne une fois en terre.
    Et sans doute un gros dealer des cités n'est-il pas la personne la moins indiquée pour recevoir un hommage de M. Sarkozy.

    Mais ce qui est intéressant, c'est ce qui vient après.
    Tout le monde a, j'espère, remarqué comment les opérateurs de téléphonie mobile ont fait pour pouvoir vendre plus après 2002. Ils ont utilisé trois tactiques, qui sont les tactiques de base d'une certaine pratique du commerce : le progrès simulé, le packaging mystère, et la contrainte old school.

    Depuis les Trente Glorieuses, l'amélioration technologique, que l'on confond souvent avec le progrès, est le moteur économique de nos sociétés. Il est le mythe fondateur de la consommation, c'est-à-dire de la croissance. Certes, que chaque foyer dispose d'un frigo avait un sens à une certaine époque. Mais quand chaque foyer a effectivement un frigo, soit on change son fusil d'épaule, soit on reste à tout prix sur le même modèle et on remplace les frigos par des écrans plasma sans se poser de question.

    Le progrès technologique recèle la première technique fatale de vente forcée. Pour désaturer un marché, on le rend obsolète.

    En guise d'amélioration technologique  du produit, le portable n'offrait pas beaucoup de potentiel. Un téléphone reste un téléphone. Partant de son concept, on peut faire deux choses : améliorer la captation du réseau, améliorer la qualité du son. Rajouter des conneries comme un répertoire, un éditeur de texto et trois blagues du même tonneau. Enfin bon, depuis cent ans qu'on fait des téléphones, c'est pas comme si c'était vraiment un sujet neuf.
    Améliorer le réseau, c'est très cher, puisque que ça vient en l'occurence de la couverture satellite, et que les lancements ne sont pas fréquents. Améliorer le son, ça se fait, mais il faut remarquer que tout le monde s'en fout, vu comme on vit dans un monde de sourds.
    La seule solution, c'est donc le progrès simulé : l'ajout de gadgets inutiles, qui n'ont rien à voir avec la ratatouille, non pas pour améliorer l'objet, mais pour transformer sa fonction : la caméra embarquée, l'appareil photo, la lecture de videos, les jeux pouraves, la diffusion par haut-parleurs, etc. Toutes choses qui ont définitivement rendu ce monde meilleur.

    Le packaging mystère, c'est la base du marketing : same product, different name. Les opérateurs ont changé régulièrement le design des téléphones, donnant l'impression que ça correspondait à une évolution technologique, alors que rien du tout, peanuts. La même puce, le même micro, le même réseau.
    C'est comme si vous aviez un président qui est toujours en costard, et d'un coup, paf, il y en a un, il met un short pour aller courir ! On a envie de dire que c'est nouveau ! Alors forcément on a de la curiosité, on a envie de voir comment c'est, de vivre avec un président qui fait du jogging ! Mais on s'aperçoit qu'en fait c'est toujours le même type, et d'ailleurs il arrête super vite de porter des shorts, il arrête super vite de courir tous les matin, il remet des costumes et il recommence à faire la gueule. Et là, vous vous demandez comment vous avez pu vous faire avoir, vu que Jimmy Carter avait déjà utilisé exactement la même tactique il y a trente ans. Ah ça, mais qui se souvient de Jimmy Carter ?

    La contrainte old school, c'est bien sûr ce qui marche le mieux. De toute façon, c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes. Le principe est simple : si le consommateur ne veut pas aller à la montagne et racheter un nouveau téléphone, alors vous le fouettez jusqu'à ce qu'il aille à la montagne, bordel. Vous le forcez par tous les moyens possibles à se débarrasser de son vieux cellulaire et à en racheter un neuf, vous le forcez à lâcher son forfait super avantageux que vous lui aviez fait à l'époque où les portables, tout le monde trouvait ça un peu ridicule, vous lui prenez les billets dans le portefeuille, et s'il rechigne, vous le tapez. Inspirez-vous de tous ces films de gangsters, ils contiennent un enseignement méthodologique incontestable.
    Les possiblilités sont innombrables : l'entente illégale sur la concurrence, les refus de vente masqués, les engagements contractuels foireux, la désinformation systématique des détaillants autonomes, les bi-bandes qui ne marchent pas aux USA, le matraquage publicitaire, la manipulation etc. J'ai même vu des vendeurs Orange proposer un avantageux contrat qui n'existait plus pour en faire signer en douce un autre qui n'avait rien à voir, l'air de rien et le sourire aux lèvres.

Le pire, c'est que je suis à peu près sûr que je n'ai absolument rien appris à personne dans cet article.
Par Tom - Publié dans : Bananience
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /2008 13:00

Ce clown triste d'Eric Zemmour fait un peu parler de lui en ce moment.
Non, pardon, pas celui-ci, celui-. Celui qui est journaliste et dont le fond de commerce est grosso modo de dénoncer le cauchemar de la dénonciation du racisme - cauchemar qu'il n'hésite pas, le brave homme, à qualifier de totalitaire.

Le Zemmour est un animal intéressant, qui trouve sa pitance dans des biotopes peu engageants.

Les Zemmour vivent du terreau pas très fertile de l'identitaire - longtemps chasse gardée du Front National - et qui revient pourtant, marronnier des temps modernes, sur le devant de la scène médiatique avec la régularité d'un has-been chez Michel Drucker.

Ce que les Zemmour aiment par dessus tout, à l'instar de Jean-Marie Le Pen en son temps, ce sont les faux débats. Ils aiment se faire passer pour celui qui sent le soufre, celui qui dit la vérité qu'on veut taire, celui à qui nos mamans nous ont interdit de parler. Ils aiment se donner l'image du seul contre tous, alors qu'ils sont, par exemple, éditorialistes au Figaro, ce qui, en terme de marginalité, est largement comparable à un dissident communiste menacé par le goulag et pourchassé par le Guépéou.

Les Zemmour aiment les faux débats, parce que c'est l'occasion de réduire les gens qui trouvent que les Zemmour disent des conneries à des incultes, des hypocrites ou des enfants immatures.

Les Zemmour aiment se poser comme ceux qui voient plus loin, mieux, plus large. Ceux qui pensent outside the box. Ce sont des visionnaires-nés.

Comme le Troll Internet, les Zemmour sont des animaux domestiques. Ils croissent parce qu'on les nourrit. Ils ne peuvent pas se nourrir seuls.
La raison de nourrir un Zemmour, c'est par exemple son amour du faux débat.
Les Zemmour vont racler dans les marécages putrides de l'inconscient collectif, non pas pour le purger, mais pour inviter tout le monde à se vautrer dedans, "décomplexé".

Les Zemmour habitent les pensées malsaines des sociétés qui ont la fièvre.

Le faux débat permet de détourner l'attention du vrai débat. Les Zemmour ont une capacité innée à faire diversion. Quel que soit le sujet, ils parviendront à le détourner pour revenir sur leurs marottes.

Les Zemmour ne sont pas des gens avec qui il est dangereux de débattre. Ce sont des gens avec qui il est sans intérêt de débattre. Ils enfilent énormités sur énormités, avec une agressivité qui ne sert souvent qu'à masquer la confusion de leur discours. Les Zemmour ont déjà leurs conclusions toutes faites, et tout ce qu'ils diront ne servira qu'à définir ou redéfinir constamment le débat dans les termes qui leur permettent d'arriver aux conclusions qu'ils soutiennent, et qui ne sont rien d'autres que des pétitions de principe - par ailleurs assez moches, au strict point de vue humain.

Si les Zemmour sont si forts dans les faux débats, c'est que les Zemmour ne disent jamais ce qu'ils pensent. Ils le sous-entendent. Le Zemmour laisse ses interlocuteurs s'empêtrer dans ce qu'il a sous-entendu mais qu'il n'a jamais dit -
tout en les regardant de l'air patient du Zemmour au-dessus de la mêlée, en avance sur son temps.

Quand les Zemmour sortent de leur terrier
, ce n'est pas pour dire des choses ou apporter une contribution concrète. Ils sont avant tout les commensaux d'une bête qui ne veut pas être vue.

Les Zemmour sont là pour faire semblant de débattre d'un problème qui n'existe pas, pendant que les vrais problèmes ne sont pas résolus par des gens qui ne veulent surtout pas en débattre.

C'est pourquoi le temps des Zemmour est le temps du silence, des télévisions qu'on éteint avec lassitude et des chats qu'on fait ronronner sur les canapés.

C'est le temps de se dire : Ok. What, now ?
Par Tom - Publié dans : Bananience
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /2008 07:04
A Parkingsurcourville, il y a un nouveau supermarché. Joie et bonheur. Bon, en fait, c'est juste un qui existait déjà, et qui a changé de couleur, et qui reste donc à peu près exactement pareil qu'avant, c'est-à-dire un peu trop loin de chez nous, vu qu'on est un parking sur cour, certes, mais sans voiture.

Comme pas mal d'animaux, les supermarchés, quand ils changent de carapace, sèment des peaux. Mais les responsables du marketing se sont vite rendu compte que les exuvies étaient peu attirantes, avec leurs airs de pâles fantômes, alors à la place, ils sèment des petits papiers dans les boîtes aux lettres.

Le petit papier en question, plutôt grand pour un petit papier, plutôt luxueux, avec des polices de caractère sympathiques et des photos couleur, nous explique à quel point notre nouveau Simplet Market se fera une joie de nous rendre super heureux dans notre vie quotidienne qui était si tellement toute grise et si tellement déprimante avant. Suffira juste de nous rendre dans la zone d'activités sur la rocade, de l'autre côté de l'autoroute, à droite de la station service, pour trouver le vrai bonheur. Simplet comme bonjour, non ?

Et le grand petit papier détaille les multiples façons qu'aura Simplet Market de se mettre en quatre pour notre bonheur. Tiens, par exemple, Simplet Market nous propose des "bons plans". Chaque semaine. Avec ce slogan formidable, même s'il ne rime pas : "Chaque semaine / abusez du bon plan".

Le "bon plan", on ne va pas en "profiter", ce qui sous-entendrait une jouissance saine et heureuse. On n'en "profite" pas, on en "abuse". Comme des gros porcs. On va s'en baffrer, du "bon plan". Comme quatre. Chaque semaine. Jusqu'à en plus pouvoir, jusqu'à s'en rendre malades. Ah, c'est pas comme l'alcool, les cigarettes ou le gras, le salé, le sucré, non. Là, grâce à Simplet Market, on va pouvoir abuser tant qu'on veut, ça va être l'éclate.

Le premier "bon plan" promis à nos abus, il est en photo juste en-dessous.

Il s'agit d'un appareil à raclettes.

On nous propose d'abuser d'un appareil à raclettes.

Sans même nous préciser s'il est majeur et consentant.
Par Jerry - Publié dans : Bananience
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Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /2008 10:00
Comme en ce moment, tout ce qu'on dit est polémique et que la polémique me fatigue comme toute chose stérile, je vais faire un ensemble de précisions qu'on appellera liminaires parce que c'est joli.

1) Je ne conduis pas. Je suis un observateur neutre.
2) Je connais des gens très bien sous tous rapports, gentils et bien élevés, qui ont tué des gens avec une voiture, parfois même des amis qui étaient assis à côté d'eux avant la sortie de route. C'est facile, ça va vite et il n'y a pas de replay.
3) Faire la morale routière dans l'absolu n'a rigoureusement aucun intérêt. J'ai déjà vécu une sortie de route en retour de boîte, avec tout ce que ça implique d'imagerie populaire, et l'imagerie populaire était fausse.

Ce qui m'a frappé le long de toutes ces années passées sur la place du mort, c'est l'agressivité générale de la route. La voiture met les gens à distance les uns des autres, tout en réduisant au strict minimum leurs moyens de communication, alors ça donne un effet "internet chez les babouins", qui ne communiqueraient qu'à coup de deux ou trois smileys. Pour tout vous dire, en dix ans d'attention sur les routes, je n'ai vu que récemment et pour la première fois une personne s'excuser pour avoir allumé ses pleins phares dans le rétroviseur.

L'autre aspect qui m'a frappé, c'est le problème des règles de conduite que personne ne respecte. Notamment, la question des limites de vitesse.
Oh si, je vais en parler.

Ladies et gentlemen, j'aimerais vous introduire ce site dans le navigateur. Ce site présente des statistiques sur la sécurité routière. Que dis-je, présente. Il en est farci jusqu'aux tréfonds de son âme internet. Ce site est l'âme de la statistique routière. Il joue un peu à cache-cache avec ses sources, mais peu importe, je ne l'ai pas choisi parce qu'il dit des choses justes, mais bien parce qu'il dit beaucoup de conneries sur l'air du "c'est scientifiquement prouvé".
Concernant la statistique, la science qui nous enterrera tous, Disraeli disait : "there is three kinds of lies : lies, damned lies, and statistics".
Ce site va même jusqu'à recenser le taux d'accident suivant la marque et le modèle d'auto. Je ne sais pas d'où vient le chiffre, mais disons que la conclusion - il est plus mortel d'être en Panda à faible vitesse qu'en BMW à grande vitesse - prête à sourire. C'est un peu comme de dire : dans la rencontre du lion et de l'antilope dans la savane, pour survivre, il vaut mieux être du côté du lion. No kidding.

J'aime aussi beaucoup leur passage sur l'alcool au volant, qui, statistiques toujours à l'appui, tout en commençant par déplorer la fatalité du phénomène, finit tout de même par dire que le vrai danger vient
a) des contrôles d'alcoolémie sur la route parce qu'on essaie des les éviter
b) des gens sobres qui roulent sur plusieurs voies en même temps que c'est super dur de les éviter.

Je plaisante un petit peu, mais en lisant ce site, j'ai entendu l'écho de raisonnement bidons déversés dans mes oreilles un nombre incalculable de fois par des imbéciles variés, et dont je constate régulièrement l'application en situation réelle.

Ce site utilise le concept de VMC, c'est-à-dire la vitesse moyenne du trafic constatée. Il en fait tout un barouf pour expliquer quelque chose que j'ai donc déjà maintes et maintes fois entendu, à savoir que les gens qui roulent vite sont moins dangereux que ceux qui roulent lentement, parce que on est obligé de dépasser ces derniers, d'où manoeuvre, d'où danger. Il vaut donc mieux s'aligner sur la vitesse de toute le monde, même si elle est largement supérieure aux vitesses légales, plutôt que de gêner le trafic. Il faut être dans le flux.
Le meilleur, c'est quand le site explique avec un graphique génial qu'on est aussi dangereux en roulant 15km/h en dessous de la limite que 35 km/h au-dessus.

Bordel. Comme si le danger était une affaire de graphe et d'hyperbole. Comme si on pouvait formuler shit happens en équation.

Ok, le petit vieux qui roule à 60 sur une route droite à l'infini limitée à 90, ok, il est chiant. Ok. Pas de souci. Mais il a droit à l'existence. Il a le droit d'être là. Il a le droit de rouler lentement. Il a le droit de rouler comme il veut. Il est chiant. Mais il est aussi dangereux qu'un chihuahua. Le vrai danger, c'est le type qui veut rouler à 90 à tout prix. J'ai bien dit : à tout prix.

Je déteste cette mauvaise foi qui essaie de démontrer qu'un truc qui nous fait simplement chier est objectivement un danger, un mal, une guerre mondiale nazie.

J'aimerais bien qu'un jour les tenants de la conduite avec des couilles assument que tous ceux qui ne font pas comme eux les énervent et qu'ils voudraient les voir tous disparaître, purement et simplement. Dites-le, au lieu de vous cacher derrière des putains de site de statistique et de VMC et de flux routier, pour essayer de légitimer un point de vue qui n'est rien de plus qu'un point de vue, et pas des plus fins.

Dites simplement que vous emmerdez les autres et que c'est comme ça.

Mais n'essayez pas de faire croire que vous avez raison. N'essayez pas de dire que ce sont les autres qui sont des tapettes de la route et des soumis et des mauvais conducteurs. N'essayez pas de dire que votre façon de faire est scientifiquement légitimée et que seuls les cons ne comprennent pas.
Arrêtez de vous dédouaner sur les autres pour ne pas assumer le mauvais usage que vous faites de votre liberté. Et que je ne vous entende surtout pas dire que jusqu'ici vous n'avez jamais eu d'accident - c'est puéril.

Le but de la voiture n'est pas la téléportation. C'est de voyager sans effort. Et je vais dire une chose. En tant que passager, quelqu'un qui conduit bien, c'est pas quelqu'un qui conduit vite  ou qui force le passage.

C'est quelqu'un dont on sent à peine les variations de régime ou d'axe. J'idolâtre les gens qui maîtrisent leur changement de vitesse, ou qui savent exactement comment aborder avec fluidité virage, lacets et situations délicates. Et oui, toi qui pense à Ayrton Senna dès que tu as le volant en main, toi qui me projette contre la portière à chaque tournant et qui fait danser tes passagers comme des sardines en boîte dans les mains d'un Parkinson - toi, en vérité je te le dis, tu conduis comme un gros pied.

Mais le truc qui me tue par dessus tout, en voiture, c'est ça :

c'est quand même dingue qu'à peine débarrassés des chevaux, des carrioles et des diligences, alors qu'on explose au quotidien et sans effort tous les records de vitesse depuis cent mille ans, ça mette autant de gens de mauvaise humeur.
Par Tom - Publié dans : Bananience
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Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /2008 09:00
Tom et moi, vu qu'on vit dans une grotte, on n'a pas souvent l'occasion d'écouter des radios à musique. A vrai dire, ça ne nous arrive pas plus d'une fois par semaine, quand on va faire la cueillette des graines et des racines qui constituent notre humble ordinaire au supermarché du coin.

C'est vrai, dès qu'on y entre, la radio, tout de suite, ça met de l'ambiance. Je veux dire, ça met une ambiance. Différente. La minute d'avant, on était dehors, il faisait encore beau pour la saison, on se marrait à propos d'un truc ou d’un autre, et là tout de suite, à peine le portillon passé, c'est comme une chape de béton humide et froide qui vous tombe sur les épaules : 40% nostalgie à voix molle des amours périssables, 30% r'n'b d'ascenseur, 30% stars académiques de synthèse.

Mais bon, ça nous donne l'occasion de découvrir les tendances du moment. C'est ça qui nous a permis, par exemple, d'entendre enfin le dernier hymne à la gloire du Président par notre Eva Peròn nationale.

Et puis un jour, il y a eu le jingle.

Parce qu'on pourrait croire comme ça que dans tous les supermarchés, la radio est toujours branchée directement sur le même gros tuyau à soupe tiède. Mais non. C'est des vraies radios qu'on entend. Et donc, de temps en temps, un jingle qui vante un peu la radio qu'on entend déjà, des fois qu'on aurait eu envie d'en changer.

Là, le jingle, il disait d’une voix solennelle : « Partout où il y a de la vie, il y a une radio du groupe Lagardère. »

Les néons vacillèrent quelques instants vers une lumière encore plus lugubre sur le carrelage beigeasse.

Le jour où on découvrira qu'il y a de la vie sur Mars, oh, pauvres Martiens.
Par Jerry - Publié dans : Bananience
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Jeudi 4 septembre 2008 4 04 /09 /2008 23:00

Les gauchistes, c'est pas des gens bien raisonnables. Non, vraiment, Pierre Manent a bien raison de dire que le seul système politique vraiment cohérent à l'heure actuelle, c'est le libéralisme.

Non parce que c'est pas pour dire, mais les gauchistes, question cohérence, c'est de la gnognotte. Tiens, par exemple. Les gauchiste, ils sont contre la spéculation boursière. On est d'accord, ils sont contre ? Bon, ben ils sont aussi contre la pollution de l'environnement. Oui, tous. Vérifiez. Et ça, faut le dire, être à la fois contre la spéculation et contre la pollution, c'est pas cohérent. Du tout.

Mais si, regardez : la spéculation financière, qu'est-ce que que c'est? C'est l'art de créer plus de richesses avec moins de matériel. Votre action qui représente une part, disons, dans une usine qui fabrique du jambon sans phosphates, elle peut valoir tant, et puis tout d'un coup elle peut valoir dix fois plus, sans que l'usine ait pour autant fabriqué plus de jambon ou moins de phosphates. C'est la magie de la spéculation. Donc, évidemment, si vous suivez bien, la spéculation protège l'environnement : si on peut, en se débrouillant bien, gagner dix fois plus en produisant pas plus, du coup on a moins besoin de produire, donc on pollue moins. CQFD. Entrer en bourse, y'a pas mieux pour protéger la nature. Et la haute finance, c'est la vraie décroissance.

Alors bien sûr, vous allez me dire, parfois, si les actions montent, c'est qu'elles se réjouissent d'une déréglementation du taux de rejet de polypropylène expansé dans la fabrication du jambon sans phosphates. Ainsi la bourse se gargariserait de décisions pas vraiment bonnes pour l'environnement. Voire même, elle ferait son beurre de politiques ni très propres, ni très morales, ni, au fond, vraiment gentilles.

Vous allez me dire aussi qu'en fait, la spéculation ne fait quand même pas baisser la production, parce que si on peut gagner dix fois plus en produisant pareil, alors pourquoi pas gagner vingt fois plus en produisant le double ? Genre, comme si les actionnaires étaient des gens gourmands.

Mais ça, pardonnez-moi, c'est des raisonnements de gauchistes, pas bien cohérents ni bien informés. Parce que si on regarde les choses au fond, tout le problème, le vrai problème, c'est qu'il n'y a pas encore assez de spéculation. Il faudrait plus de spéculation. Ou plutôt, mieux de spéculation. Une spéculation qui soit encore plus de la spéculation.

Tout ce qu'on lui reproche, finalement, à la spéculation, c'est d'être quand même un peu en partie liée avec le monde matériel. Que certaines (mauvaises) décisions dans le monde matériel soient prises pour des raisons de spéculation boursière, ou que, réciproquement, les jeux de la bourse aient des répercussions (fâcheuses) sur l'environnement ou les travailleurs.

Alors que la spéculation, son but, son essence, sa définition, on l'a vu plus haut : c'est faire plus de richesse avec pas plus de biens matériels. Par conséquent, son but ultime, son essence la plus digne, sa définition la plus haute, ne serait-ce pas de créer plus de richesse à partir de rien du tout ? Oui, en réclamant toujours plus de profits, actionnaires et boursiers s'acheminent en fait vers la spéculation parfaite : celle qui se fondera sur rien. Coter le néant en bourse, et en tirer profit, là est la mission la plus noble du spéculateur de génie.

Si spéculer, c'est gagner plus de sous avec autant de biens matériels, alors super-spéculer, ce serait gagner plus de sous avec pas de biens matériels du tout. Supprimer complètement les "choses" sur lesquelles se fonde la spéculation, puisque de toutes façons, ces "choses", la bourse leur donne la valeur qu'elle veut. Supprimer les choses, ou en tous cas, les laisser en-dehors de tout ça. Et faire sa spéculation, du coup, tranquille dans son coin. Non, croyez-moi, la destinée ultime de la haute finance, c'est de se séparer à jamais de la réalité concrète, de devenir, finalement, purement spéculative, rejoindre le monde des idées dont on l'a à tort expulsée, se mouvoir enfin dans un paradis idéel de chiffres et de signes parfaits, lumineusement intellectuels, merveilleusement abstraits, et ainsi ne plus jamais toucher à quoi que ce soit de notre quotidien.

Oh, oui, que la finance devienne ce qu'elle devrait être : angélique. Et la réalité bassement matérielle, on se la garde.

Boursiers de tous les pays, unissez-vous pour une spéculation vraiment spéculative !

Par Jerry - Publié dans : Bananience
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Jeudi 17 juillet 2008 4 17 /07 /2008 00:02
Le truc, c'est que toute la pelouse était déjà noire de monde quand on est arrivés. Faut croire que même dans un tout petit bled comme le nôtre, ça rigole pas avec le feu d'artifice du 14 juillet. Bon, on a quand même réussi à trouver une place à peu près correcte où on voyait un bout de camion des pompiers entre deux gros arbres, pas l'idéal pour profiter des grands plumeaux dorés mais on aurait un bout du spectacle quand même.

L'autre truc, c'est qu'un feu d'artifice, c'est pas seulement des plumeaux lumineux diversement colorés. Y a aussi l'odeur. Celui-là, clairement, de feu d'artifice, il sentait la poudre, et il sentait aussi un peu le souffre. Et puis y a le bruit.

Le bruit, ça a commencé par un petit discours d'un monsieur, on sait pas trop qui, mais enfin c'est lui qui avait le micro à ce moment-là et clairement son boulot, c'était de touiller la fibre patriotique. Parce que le bal des pompiers, la fête populaire, tout ça c'est bien joli, mais faudrait pas oublier la fibre patriotique. Donc le monsieur, il était là pour convertir l'émotion du spectacle en vibration patriotique. En commençant par nous rappeler les noms de tous les élus de l'Union pour un Mouvement Perpétuel grâce à qui on avait un si beau feu d'artifice, à quel point ils étaient dévoués et comme on devrait drôlement les remercier pour tout ça.

Là, sur la pelouse noire de monde, il s'est passé : rien.

Alors le monsieur a sorti une plus grande cuillère à touiller la fibre patriotique, qui était sans doute encore un peu grumeleuse.

Il nous a parlé du Président.

Non, pas celui du conseil général. Le Président. Oui, Lui. Qui était si gentil de nous autoriser tout spécialement à faire péter notre feu d'artifice dans notre joli parc, et on sentait qu'il s'attendait, le monsieur, à une vague d'applaudissements ondulant sur la pelouse pour remercier notre si généreux Président, voire même une discrète ovation.

Là, sur la pelouse, on a entendu : un moustique voler.

Ça commençait à poser comme un problème, avec la fibre patriotique, parce que si elle continuait à pas bouger comme ça elle allait finir par attacher et tout cramer au fond. Alors le monsieur qui parlait dans le micro a sorti sa plus grande touillette à fibre patriotique, il a annoncé que cette année, le feu d'artifice serait un hommage à la police nationale, à son dévouement, à son combat quotidien pour notre Sécurité. Et ça tombait bien parce que la police nationale, on venait de la voir, justement, en train de s'amuser à remonter en sens interdit la rue Pétain qui était fermée à la circulation pour la sécurité du feu d'artifice.

Là, juste à côté de nous au bord de la pelouse, un homme a dit à sa femme : viens, c'est nul, on s'en va, et ils ont pris leurs enfants dans leurs bras et ils sont partis.

Alors a commencé le feu d'artifice sur une bande-son spéciale fibre patriotique, où tout le monde, de Bourvil à Sardou, s'égosillait sous les bombes pour chanter notre belle police. Bien sûr, les fusées et la musique n'avaient pas été synchronisées, pour symboliser la répartition des compétences entre Police et Gendarmerie.

C'est bizarre, on se sentait quand même moyennement émus. Mais c'est là qu'est arrivé le bouquet.

Et au moment du bouquet, comment dire, les programmateurs avaient sorti la grosse artillerie.

I will survive.

L'hymne de la coupe du monde de football de 98. La vraie, la seule qui vaille la peine qu'on s'en souvienne. Notre dernier haut fait d'armes. Il y a dix ans. Parce que ça, même si tout avait raté, l'amour pour notre bon maire, la vénération pour notre glorieux président, le respect pour notre brillante police nationale, ça, il pouvait être sûr, le monsieur au micro, que ça allait faire bouger un petit quelque chose au fond du coeur de pas mal de gens sur cette foutue pelouse, même si plus personne n'était d'humeur, à ce moment de la soirée, à reprendre en choeur les "Laaalalaalaalaaa".

Là, en quittant la pelouse aussi vite que le permettaient nos jambes, on s'est promis, avec Tom, que le prochain feu d'artifice, on le regarderait de notre fenêtre, là-haut, loin, sous le toit. D'où on voit les grands plumeaux dorés, et on entend pas le son. Parce que franchement, si on en est à ressortir une vieille victoire d'il y a dix ans pour se rappeler ce qu'on fout ensemble sur cette pelouse, autant rester chez soi.
Par Jerry - Publié dans : Bananience
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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /2008 17:11
Wololo, comment il casse, Max.


Par Tom et Jerry - Publié dans : Bananience
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Tom et Jerry

vont refaire le monde, mais en commençant par un blog, parce que quand même, c'est fatigant.

"L'homme est né bon, mais faut pas le faire chier." (Jean-Jacques Rousseau)

"Bats ton âne pendant que tu es dessus. Si tu ne sais pas pourquoi, lui non plus." (sagesse ancestrale hindoue)

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