Tout sur l'immobilier en région parisienne

Mardi 18 décembre 2007
    Hier, on a reçu des voeux dans la boîte aux lettres.

    Oh oui, c'était chouette, on a reçu des voeux. Déjà. Y'a des gens qui s'y prennent drôlement tôt, par chez nous.

    Ceux-là, qui étaient si empressés de nous souhaiter tout plein de bonnes choses pour Noël et la nouvelle année, c'étaient d'honnêtes commerçants du coin, des gens bien, quoi, une brave agence immobilière qui s'appelle Sanstutmarres 21, ou quelque chose comme ça.

    Et ces gens-là, vrai, ils viennent vous faire Noël directement chez vous. Avec une belle carte de voeux pleine de dessins rouges et verts qui sentent le sapin, pardon, qui sentent la joie des fêtes de fin d'année, et tout plein de cadeaux formidables, que votre grand-mère qui sait jamais quoi vous offrir devrait y penser sérieusement : "estimation gratuite", "promotion de votre bien", ça sonne déjà les carillons rien qu'à le lire, tu sens vraiment les gens prêts à se mettre en quatre pour te faire plaisir. Tiens, c'est marrant, la dernière fois qu'on avait eu affaire à eux, ils nous avaient plutôt fait comprendre qu'il fallait pas croire au père Noël, chez Sanstutmarres 21.

    Oh et puis tiens, ils proposent des "visites ciblées", aussi. Genre on fera pas visiter votre maison à des sales crevards, ah, ça non. Oh ben oui, faudrait quand même pas que les gens s'imaginent, quand ils voient une annonce en vitrine, qu'ils vont pouvoir visiter comme ça! Ce doit être pour ça qu'elles étaient toujours déjà louées, les annonces affichées, la dernière fois qu'on est allés chez Sanstutmarres 21.

    Et avec leurs voeux très aimables, ils nous filent même un téléphone pour fixer un rendez-vous "à notre convenance", si jamais ça nous prenait l'envie, comme ça, on se fait une bouffe et on discute, ça serait sympa. Non, non, pas un rendez-vous "démerde-toi pour y être en même temps que 112 autres", un rendez-vous "à notre convenance". Ben ça alors, on avait pas été habitués à ce genre de courtoisie, de la part de Sanstutmarres 21, la dernière fois qu'on avait été en contact avec eux.

    Oui, on reçoit de drôles de choses dans sa boîte aux lettres, parfois, quand on vit dans un quartier de propriétaires.
Par Jerry
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Vendredi 23 novembre 2007
    Un des grands bonheurs d'emménager dans une nouvelle maison, c'est qu'on prend des abonnements un peu partout, par exemple chez EDF.

    Et chez EDF, ils se moquent pas de leurs clients.

    Non parce que c'est vrai, maintenant qu'on est des clients, chez EDF, eh ben on est rois, pour de vrai, sans rire.

    Par exemple, au courrier de ce matin, EDF nous a envoyé un Guide de bienvenue. Qui explique des tas de choses sur comment être au chaud pour pas cher, et ce sur une dizaine de royales pages. Bon, chez nous le chauffage est (censé être) au gaz, mais c'est pas grave, on remercie quand même EDF.

    Et surtout pour la lettre qui accompagnait le Guide de bienvenue, en fait.

    Parce qu'elle précisait, cette lettre, à propos du guide:

        "Vous pouvez le consulter aussi souvent que vous le voulez."

    Et ça, je dois dire, c'est vraiment chic de leur part. Non, parce que notre FAI, par exemple, il nous fait payer un abonnement pour l'accès à Internet illimité.

    Alors que chez EDF, l'accès au Guide de bienvenue sur papier est illimité, comme ça, cadeau.

    Royal, non ?
nti_bug_fck
Par Jerry
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Lundi 10 septembre 2007
    Des fois, dans la voiture qui vous emmène hardiment vers des destinations lointaines avec des noms qui font rêver comme Grigny ou Les Mureaux, on a les yeux qui se perdent dans le vague, les paupières se ferment, et on se prend à rêvasser.

    Il nous vient des images bizarres et un peu folles. ça serait une petite ville, à une demi-heure en train de Paris. Les trains, y'en aurait plein, et puis pour tous les goûts, des trains pour les lève-tôt et aussi pour les couche-tard. La ville serait jolie, agréable pour s'y ballader, sauf que pour se ballader, y'aurait encore bien mieux. Un château, par exemple, parce que les châteaux, dans une ville, c'est toujours sympa. Un parc, aussi, avec des arbres aux branches tombant jusqu'au sol qui dessinent de longues ombres en fin d'après-midi. Et puis une forêt, carrément, pendant qu'on y est, ce serait génial. ça serait comme rester en ville, mais à la campagne, quoi. Oh, il y en a quelques unes, des villes comme ça, en Ile-de-France, mais curieusement, pour y habiter, c'est toujours dans tes rêves. Et donc, dans nos rêveries de visiteurs solitaires, on aurait rendez-vous pour visiter une maison.

    Déjà, en arrivant devant, on se demanderait si on s'est pas trompés d'adresse, parce que là, elle aurait juste l'air super trop jolie, la maison, le genre de maison à laquelle on en demandait pas tant tellement elle a déjà l'air de vous faire des clins d'oeil depuis le fond de l'allée. Alors on se dirait, ça doit pas être celle-là, ça doit être une moins jolie qui est cachée derrière, mais en fait, comme c'est en rêve, ben c'est quand même bien celle-là qu'il nous fait visiter, le propriétaire. Et puis tant qu'à faire, le propriétaire, justement, il aurait l'air gentil et tranquille.

    L'endroit serait super calme, et puis super joli. Oh, la visite se passerait tellement bien qu'il y aurait des grands blancs, genre les blancs où on regarde la maison, et on se sent bien. On parlerait pas beaucoup, parce qu'on serait occupés déjà à l'habiter, la maison, tellement ses murs donneraient envie de faire des tas de choses à l'intérieur, et on se regarderait avec des yeux qui sourient et on émettrait pas un seul choups. A travers les fenêtres, on verrait un jardin tellement beau qu'il y en a forcément qu'en rêve, des jardins comme ça, et encore, seulement les jours où on rêve grand luxe. Et puis comme les rêves c'est super pratique, on se retrouverait tout d'un coup transportés dans le jardin, et ça serait comme un vrai paradis, avec des arbres fruitiers, des cascades, des fleurs exotiques, y'aurait même un chat, une tortue, des poissons rouges, il ne manquerait rien, on dirait le Sud, d'ailleurs la maison, c'est là qu'elle regarderait, vers le sud, et ça la rendrait vachement lumineuse.

    Et puis au moment où quand même, on se dirait qu'il va falloir commencer à parler de choses sérieuses, on s'attendrait à ce que le monsieur commence à vouloir voir notre fameux dossier, parce que bon, même en rêve, on pense aux choses sérieuses, surtout quand on en a fait tant de cauchemars récemment, et là, on se dirait qu'on aimerait bien se réveiller avant qu'il tourne au cauchemar, ce rêve-là, parce que juste, il était drôlement bien.

    Sauf qu'il nous le demanderait pas, notre dossier, le monsieur. Parce qu'un rêve, quand c'est beau, ça fait pas semblant. Il nous poserait même pas de questions, en fait. Non, au lieu de ça, il nous dirait qu'il aimerait vraiment que ce soit nous, les locataires, parce qu'il nous trouve chouettes. Il nous demanderait ça comme si on pouvait pas lui faire plus plaisir. Parce qu'il y aurait d'autres gens intéressés, mais quand même, il préférerait que ce soit nous, alors si on disait oui en premier, ça serait tellement plus chouette. Nous on s'en irait et on rigolerait, parce que c'est un rêve rigolo, le rêve où on se fait pas jeter comme des malpropres, et puis on se poserait dans le parc, la journée serait paradisiaque, il ferait trop beau, et on rappellerait le monsieur et on dirait oui et on reviendrait le voir pour signer, bien sûr, faut pas déconner non plus, dans les rêves, on signe tout de suite, et autour d'un verre, encore.

    Et le monsieur dirait des trucs super bizarres pour un propriétaire, comme "vous savez, j'suis pas croyant, mais j'ai prié pour que vous disiez oui!" ou encore "pour la rénovation, j'ai fait aussi bien que pour chez moi, je pouvais pas faire moins."

    Ensuite on s'en irait en réprimant un fou-rire parce que même dans les rêves, parfois, on se rend compte que tout ça est juste trop beau pour être vrai, et tout le monde serait très heureux, on aurait cette drôle de sensation qu'on a parfois en rêve, celle de flotter un peu au-dessus du sol. Et en discutant on s'aperçevrait que le monsieur, il nous aurait même pas vraiment demandé ce qu'on faisait dans la vie - juste, il nous aurait fait confiance, parce qu'il habiterait à côté, et aussi parce que c'est vrai que Jerry et moi, on a pas l'air méchants.

    Drôle de chose, la confiance. La confiance crée la confiance.

   Sauf qu'en fait, c'est exactement comme ça que ça s'est passé. Il faut rendre hommage à la vie : l'hallucinant, elle en fait en mal comme en bien.

    Parking sur cour, c'est la fin.

    Merci à tous ceux qui nous ont suivis, une couche supplémentaire de merci à l'ange aux yeux bleus (qui n'avait qu'à avoir un blog s'il voulait choisir son pseudo), Cactus Acide et Monsieur F qui nous ont vachement aidés hier pour le déménagement, et on espère un jour vous y voir en vrai, dans cette baraque... enfin, ceux qui sont pas trop allergiques à la chlorophylle. Et puis ceux qu'ont un CDI uniquement, hein.
Par Tom et Jerry
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Vendredi 7 septembre 2007
    Ainsi,  il faut partir...

    Laisser son quartier, ses habitudes, ses chemins tracés...

    Partir, vers l'inconnu, vers un nouveau monde, quasi,partir dans l'automne naissant, et sans se retourner.

    Mais avant ça, évidemment, il faut contacter son agence pour l'état des lieux, et puis pour trouver un nouveau locataire.

    ça tombe bien, d'ailleurs, j'en ai un à proposer, de locataire. Un locataire de bonne race, l'oeil luisant, le poil vif, qui fera très bien dans le salon, si, si, je vous assure. D'ailleurs c'est un ami à moi, enfin, un copain, enfin, une connaissance, enfin, je l'ai vu deux ou trois fois, alors vous pensez bien, en tous cas, c'est quelqu'un de fiable, forcément.

    A quoi l'agente me répondit que très bien, très bien, il lui faudrait donc les pièces habituelles, pièce d'identité, avis d'imposition, certificat de baptême, bulletins de salaire, trois fois le montant du loyer, le salaire, bien entendu, et puis la même chose pour le garant.

    Ah bon, un garant? Même s'il gagne plus de trois fois le montant du loyer?

    Oui, oui, m'assure-t-elle, il faut un garant dans tous les cas.

    Et là, je me dis, une fois de plus, ils abusent drôlement, avec les garanties.

   Enfin, j'ai quand même transmis le message au wanabe locataire.

    Le croiriez-vous? Tout ça tout ça, et une lettre de recommandation du pape en plus, eh bien, il les avait. Il lui aura donc fallu moins de 24h pour trouver un appartement à Paris. Un bien, en plus. Le mien. C'est dire. Moi je dis, y'en a qui sont pistonnés, quand même.

    C'est vraiment trop injuste.
nti_bug_fck
Par Jerry
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Jeudi 6 septembre 2007
   C'était une vieille histoire qui remontait à la surface de la vase où elle était longtemps restée tapie.

   Une vieille histoire qui remontait comme ça sans prévenir, comme par hasard, et qu'il allait bien falloir régler. Parce que des choses comme ça, on peut pas les garder toujours renfermées en son coeur, tu vois, petit, un jour il faut que ça sorte, un jour faut bien régler ses comptes avec le passé.

   ça s'était passé là-bas, à l'est de Paris, dans les vastes plaines envahies par la forêt, là où les hommes se battent encore contre la nature pour imposer leur présence.
Une vieille histoire d'humiliation bue. A l'époque, on n'avait rien pu faire, Tom et moi, on était restés là, impuissants, à boire notre rage, et puis après on avait gardé ça pour nous, en attendant notre heure.

    Et un jour, elle est revenue. Un court message, j'ai tout de suite su que c'était elle au frisson particulier qui m'a parcouru l'échine de là à là. De la pointe des cheveux, que j'ai doux et soyeux, à la pointe du pied, que j'ai petit et tendre. Je sais, j'ai l'échine très longue. Un frisson d'effroi, de haine et de plaisir à la fois. Enfin, je le savais, elle allait payer pour ses actes.

    Le message disait, en substance, "Rendez-vous demain à l'aube sur la plaine, si vous avez quelque chose dans le ventre, bande de chacals, de chacaux, enfin, bande de chiens de prairie à foie jaune."

    Plus exactement, en fait, le message disait "On a réexaminé votre dossier, finalement, rappelez-moi."

    Han han. La vengeance est un plat qui se mange avec les doigts, gringo. Et plein de pimiento aussi.

    Le lendemain, à l'aube, je dégainai mon téléphone. Elle tira la première :
   
    "Ah oui alors pour votre dossier, en fait si vous vous mettez comme seule locataire avec la caution de vos parents et arrière-grands-parents, ça devrait être bon, ou bien alors on peut faire le bail à un autre nom pour quelqu'un qui aurait des meilleures garantiiiies et vous sous-louez plus cher évidemment, et puis vous m'avez pas envoyé votre déclaration d'ISF d'il y a trois ans, alors on fait quoi finalement?"

    Sous ce feu nourri, je restai impassible, et levai mon arme fatale :

    "Non, en fait, on n'est plus intéressés. On a déjà trouvé. Autre chose. Ailleurs."
   
    J'aurais pu dire "on a trouvé mieux, et sans toutes ces conneries". Mais cela aurait été petit et mesquin. Alors ce fut tout.

   Troublée, elle hésita. Nous restions face à face, les yeux dans les yeux, à nous défier du regard sous un soleil de laiton (parce que faut pas déconner, un soleil de plomb, à l'est de Paris, c'est pas tout les jours non plus). Elle tenta alors de m'intimider :

    "Ah ben vous auriez pu appeler pour prévenir, au moins !"

    "Oui, dis-je. C'est vrai. On aurait pu."

    Suivit un grand silence, qu'Ennio Morricone peuplait de quelques accords d'harmonica lancinants.

    Un grand silence, et puis encore un grand silence.

    Elle tenta de garder un minimum de dignité dans la débâcle :
   
   "Mais alors votre dossier, là, j'en fais quoi?"

    J'ai été magnanime. Je n'ai rien répondu.

   Je raccrochai, et nous partîmes, Tom et moi, magnifiques dans le soleil couchant, parce qu'après tout, dans un eastern spaghetti, rien n'empêche que le soleil se couche juste après l'aube, l'important c'est que ce soit joli à l'écran, nous partîmes, magnifiques et sereins, vers notre nouveau monde.
Par Jerry
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Mercredi 5 septembre 2007
    L'immobilier à Paris, c'est à Paris avant d'être immobilier. Pas étonnant, dans ce cas, que certaines agences appliquent des méthodes qui rappellent les grandes heures de la drague sur les trottoirs de la capitale...

    Plantons le décor. Vous, agent immobilier, avez repéré un jeune couple ondoyant à portée de vos rets. Oh, le jeune homme a bien les moustaches un peu longues, et la jeune fille les oreilles un peu grandes, mais ils ont quand même l'air bien sous tous rapports, de la vraie chair de locataire d'eau douce, rien qu'à les voir, vous salivez déjà. Vous les avez donc appâtés avec une jolie location, comme, par exemple, une maison avec six pièces, lumineuse et charmante, une glycine devant l'entrée, un tilleul dans la cour, vue sur des jardins dans un quartier tout calme avec la forêt à côté et la Seine pas loin non plus, et tout ça pour pas ruineux.

    Ils se sont approchés, ils ont goûté, ils ont aimé. Les voilà qui taquinent l'hameçon. Ils commencent à poser des tas de questions, et c'est quoi comme chauffage, et est-ce que c'est bien isolé, et l'abonnement en eau ça marche comment, et la gare est-ce qu'elle est loin, et à votre avis on peut emménager rapidement?

    Ohlà. Ohlà. On dirait qu'ils s'y croient déjà. Ne commettez pas la même erreur. C'est justement à ce moment-là qu'il va falloir ferrer, d'un coup de poignet de maître.

    Ils posent plein de questions? Ne répondez à aucune. Ou plutôt, répondez à leurs questions par des questions. Attaquez-les sur l'épineux chapitre des garanties. Là, soyez sans pitié. Traitez-les comme de la friture. Passez-les au grill, trois minutes de chaque côté, pas plus, de façon à saisir les chairs sans les désécher. Ils vous parlent de leurs salaires? Faites une moue boudeuse. Ils apportent d'autres garanties? Minimisez-les à mort, comme si vous les trouviez douteuses. Plus la garantie proposée est solide, plus il vous faut la mettre en doute. Faites systématiquement comme s'il y avait anguille sous roche. Demandez-en toujours plus.

    Le but est qu'ils se sentent minables. Que, si jamais vous acceptez de leur louer, ils le prennent comme une faveur de votre part. Qu'ils se sentent en infériorité. Qu'ils n'imaginent pas une seconde en être dignes. Il y a cinq minutes, ils trouvaient cette maison très accessible. Faites-leur bien sentir à quel point elle est trop belle pour eux.

  Regardez-les se tordre pitoyablement sur leurs chaises comme deux poissons hors de l'eau. Ils n'attendent plus qu'un bon coup sur la tête, et ils sont à vous.

    Finalement, dans cette affaire, vous n'avez pas fait autre chose que pratiquer un neg hit, cette fameuse tactique employée par les PUA pour closer des HSE ou des H2G. Bon. Vous voilà bien avancés, ça pourrait aussi bien être du marketing ou de l'informatique. Mais c'est bien de séduction qu'il s'agit, et c'est pas un hasard si les théoriciens de la drague ont emprunté leur jargon aux commerciaux.

    Donc, un neg hit, cette fameuse tactique employée par les dragueurs professionnels pour conclure avec des filles bien dans leur peau ou qui ne se laissent pas prendre avec du vinaigre. Et qui consiste à dire à la fille quelque chose d'un peu humiliant, histoire que, soudain inquiète sur sa propre capacité à séduire, elle oublie que le dragueur ne lui plaît pas tant que ça.

    Quel rapport avec l'immobilier, me direz-vous? C'est bien simple. Vous avez un bien à louer, il n'est pas vraiment nickel, il est un peu blindé de courants d'air, la salle de bains est dans les WC plutôt que l'inverse, et les murs décrépis montrent comme qui dirait une petite remontée d'humidité à travers les plaques de plâtre qui s'écaillent. Vos candidats à la location commencent, après s'être montrés globalement satisfaits des qualités du lieu, à regarder un peu plus en détail ce qui pourrait apparaître comme des défauts cachés, et même pas si cachés que ça, et même carrément dissuasifs. C'est là que le neg
se montre particulièrement utile. En plaçant immédiatement la conversation sur le terrain des garanties, où vous avez tout pouvoir de les mettre mal à l'aise, vous leur faite oublier les fissures sous le toit et les taches de moisi dans les coins. Ils seront même trop contents de vous les louer, vos fissures, si vous daignez passer par-dessus tous les défauts que vous leur aurez inventés.

    Finalement, ce que vous avez appliqué, habile agent immobilier, ce n'est pas autre chose qu'un des artifices les plus déplaisants des dragueurs parisiens, celui qui consiste à insulter une fille pour lui dire qu'on la veut, parce que bon, ho, faudrait pas qu'elle croie que tous les mecs sont à ses pieds, non plus, et qu'elle n'a qu'à claquer des doigts. Quiconque a déjà mis les pieds dans la capitale sait bien à quel point ce genre de pratiques met l'ambiance sur le dancefloor, pardon, sur le trottoir, et rend les jeune femmes encore plus "hard to get", puisque méfiantes et fermées suite à ces agressions verbales.

    Le neg rend donc les relations pénibles, tendues et belliqueuses tant dans le domaine des relations - potentiellement - amoureuses que dans celui de l'immobilier. La différence, cependant, c'est que le dragueur a bien peu de chances de parvenir à ses fins s'il manie le neg avec un peu trop d'enthousiasme. Car tout le monde n'a pas besoin d'un homme. Alors que tout le monde a besoin d'un toit. L'agent immobilier, lui, finira donc avec le beurre, l'argent du beurre, et la friture qui va avec.

 
Par Jerry
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Lundi 3 septembre 2007
    Parfois, quand on visite des appartements, on se trompe d'adresse. Parfois, pas. Parfois, on tombe sur des panneaux annonçant des chiens méchants et on se demande s'il y en a vraiment, des chiens méchants. Parfois on tombe sur des pelouses que rien qu'à les voir t'as envie de t'interdire à toi-même de marcher dessus. Parfois y'a tellement de murs qu'on est même pas sûr qu'il y ait encore la place pour mettre un toit. Parfois on a plutôt l'impression d'entrer dans un hôpital que dans une résidence.

    Et puis parfois, on tombe sur ça :

CIMG1111.JPG

    Oh, c'est dommage que le dessin soit aussi pauvre, parce que là, y'avait matière, quand même. Oui, dommage d'avoir utilisé ces petits schémas pas réalistes du tout. Parce que finalement, ce qu'il dit, le panneau, c'est "ne laisse pas tes enfants près des portes, sinon ils risquent de se faire décapiter avec leur cervelle étalée partout sur le trottoir, ou bien couper par le milieu et vous en aurez deux pour le prix d'un, ou bien encore écraser en une bouillie tellement infâme avec les boyaux qui sortent que même leurs parents ne les trouveront plus mignons."

    Parfois, quand on visite des appartements, on a un peu l'impression d'être dans un épisodes des Happy Tree Friends. Alors on s'en va très vite, avant de se faire décapiter, déspiner ou déboyauter.

    Au point même de se demander si elle est vraiment bien utile, cette grosse et barbare porte qui n'aime pas les enfants, dans cette banlieue plus que tranquille. Au point de se demander si le passage des voitures requérait vraiment une porte dangereuse pour les enfants. Au point de se demander si, avec un écriteau aussi visible, que c'est même ce qui saute aux yeux en premier quand on arrive, avant même de voir que c'est la bonne adresse, au point de se demander si la porte n'a pas été choisie justement parce qu'elle était dangereuse pour les enfants.

    Non parce que c'est vrai, les enfants, c'est bruyant, c'est malpropre, c'est désordre et ça caresse les pelouses à rebrousse-poil. Parfois même ça fait peur aux caniches. Alors autant le dire tout de suite, si avoir un enfant est un critère de refus pour louer ici. Après tout, aux Etats-Unis c'est tout à fait accepté, et c'est un critère comme un autre de discrimination au logement.
Par Jerry
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Samedi 1 septembre 2007
    Aube.
    Ougai est tapi dans les ajoncs. Son rythme cardiaque est descendu à moins de quarante battements à la minute. Immobile, inodore, indétectable. Les yeux de Ougai ne sont qu'une fente. Sa respiration, un bruissement de feuilles. Il attend depuis plusieurs heures déjà, sans avoir bougé d'un centimètre. Mais d'ici quelques instants, son attente va être récompensée. En effet, quelque chose a bougé. Là, pas loin, dans les fourrés.
    Sur le marécage, le silence se tait, dans l'attente du drame imminent.
    Vif comme le gzour-gzour moucheté, Ougai bondit, sa main fend l'air, frappe et tue selon un rituel ancestral. La lutte est brève. Le PAP se débat, mais rapidement, la reliure brisée par la prise impitoyable de Ougai, il s'effondre. Ougai l'accompagne dans la mort en dispersant autour de lui de la fumée d'encens. Il chantonne quelques mots de dialecte immobilier. Puis il saisit la carcasse et la ramène à sa grotte, où il la suspendra par les pieds.

    Les signaux de fumée envoyés ce matin par le sorcier Pointcom sont clairs : aujourd'hui, c'est pas bézef. Deux appartements en troisième semaine d'annonce. Ougai les connaît, il les a déjà pistés la semaine précédente : ce sont des logements malades, abandonnés par le troupeau. Ils constituent des cibles faciles qu'il vaut mieux laisser aux jeunes chasseurs encore inexpérimentés. Ougai ne bouge que pour le gros gibier. Ougai lève ses narines, hume profondément. Il tente de saisir les molécules d'odeur les plus fines, les plus lointaines... Mais en vain. Le vent n'apporte l'odeur d'aucun nouveau logement sur son territoire.

    Ougai sort son grand couteau, et, avec la précision d'un geste mainte et mainte fois répété, il éventre le PAP. Il le laisse se vider de ses cahiers spéciaux et de sa rubrique vente. Ougai ne mange pas le PAP. Ougai prélève seulement les locations parmi les abats et les étudie attentivement.

  Les entrailles du PAP parlent de maisons, lointaines et inaccessibles, à des prix défiant toute concurrence. Ougai les écarte sans hésiter : il ne chasse pas hors de son aire.

    Deux logements l'intriguent. Ils devraient se trouver à deux petites heures de branche-à-branche pour le plus éloigné. Ougai décide d'aller voir. Au sortir de la clairière, il s'aperçoit que pour le premier, l'information était fausse. L'annonce indiquait trois pièces, il n'y en a qu'une. Quelques étudiants des villes tournent déjà autour, lançant des regards effrayés vers le redoutable chasseur velu. De colère d'avoir été trompé, Ougai pousse un long cri sauvage qui les fait détaler.
    Mais déjà Ougai est reparti, et le silence redescend sur ses épaules comme un manteau de chez Kenneth Cole, en moins cher.

    Le second logement est en vue. Tapi dans les broussailles, Ougai jette un coup d'oeil d'ensemble. Le logement broute tranquillement les garanties qui fleurissent à ses pieds. Il est gros, en bonne santé. Il est seul. Il est de taille adulte, mais encore très jeune, il ne sait sans doute pas très bien se défendre.

    Ougai n'hésite pas une seule seconde. Il s'élance à travers la prairie, courant vivement mais discrètement, prenant garde à rester constamment dans l'angle mort du logement.
    Mais les choses ne tournent pas comme prévu.

    Là-bas, sur la droite, encore assez loin mais se déplaçant avec une vitesse surprenante pour sa petite taille, quelque chose vient de sortir du bois. Ougai continue de courir vers le logement, mais cette chose bizarre qui court vers lui à travers la prairie le déconcentre. Rapidement, Ougai comprend que la créature se déplace à une vitesse et suivant une trajectoire telles qu'elle se trouvera immanquablement sur sa route, d'ici quelques instants.

    Ce n'est que lorsqu'elle n'est plus qu'à une dizaine de mètre que Ougai l'identifie. Dans un frisson d'horreur du plus pur jurassique inférieur, il bande ses muscles et se prépare à l'inévitable affrontement.

    Car la créature n'est autre que son principal ennemi, son concurrent darwinien sur la niche écologique. L'agent immobilier des sous-bois. Une créature sournoise et dentue.

    Le combat s'engage dès le contact, dans l'indifférence du logement... C'est un drame de la nature qui se joue sous nos yeux terrifiés... Ougai aura-t-il le dessus ?

    Ougai a à peine le temps de sortir ses feuilles de salaire, que l'agent immobilier se lance à sa tête, tous crocs dehors. Seul un CDI pourrait le protéger, mais il n'en a pas - dans le choc, Ougai perd toutes ses feuilles. Il roule à terre - rotationne du bassin, plonge, se redresse.
    Il lance, avec l'agilité d'un animal qui se bat pour sa survie, des contrats et des engagements de mission qui touchent l'agent immobilier. Mais les blessures sont superficielles, les attestations manquent le coeur, et en quelques secondes, Ougai a déjà perdu beaucoup de terrain. Repoussé vers la forêt, ses chances d'emporter le logement s'amenuisent d'instant en instant.
    Dans une dernière tentative, il abat sur l'agent immobilier la photo dédicacée de son dernier employeur. Le coup porte brutalement, et l'agent vacille. Ougai se jette sur lui, cherche à le maîtriser. Mais un autre vient à sa rescousse à travers la prairie. Ougai, blessé, doit battre en retraite au plus vite. Le second agent immobilier s'arrête auprès de son congénère, le renifle, puis parade quelques instants, afin d'assumer la propriété du territoire pour sa meute, qui le suit d'une centaine de mètres.

    Vaincu, Ougai doit abandonner.

    Là-bas, le logement continue de paître des références, indifférent ou inconscient de la terrible bataille qui vient de se livrer pour lui.

    Pour Ougai, chasseur du jurassique inférieur, c'est une journée de merde.
 
Par Tom
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Vendredi 31 août 2007
    L'ennui, quand on visite des appartements à Paris, c'est qu'on rencontre des gens. Si, si.

    Non en fait, l'ennui, quand on visite des appartements, c'est qu'ils sont souvent très très pourris. Oh, vous allez dire, légende urbaine, fake, multi, vieille scie, rabajoie-la-moukère, tout ça tout ça, mais c'est vrai, ils sont souvent très très pourris, et il y a des raisons logiques à ça, savoir :
    - Que les appartements très pourris, on a pas envie de rester longtemps dedans, ils sont donc reloués plus souvent
    - Que les propriétaires n'ont pas vraiment intérêt à les dé-pourrifier, vu qu'ils trouveront preneur de toutes façons
    - Que le mode de vie parisien conduit, de toutes façons, la plupart des gens à négliger le fait qu'ils vivent dans un appartement pourri, parce que pour Paris, c'est vrai, il est déjà pas si mal.

    Mais donc, passé ces évidences, l'ennui, c'est quand même qu'on va rencontrer des gens, en visitant des appartement. Soit l'agent immobilier qui s'occupe des locations, soit le propriétaire, soit le locataire actuel, si l'appart est encore occupé.

    Donc, des gens qui en pensent plein de bien, de leur appartement. Les deux premiers parce qu'ils veulent vous le louer et qu'il serait désobligeant de commencer à dire ce que vous en pensez (ça pourrait même jouer en votre défaveur au moment de l'étude de votre dossier, presque autant, c'est dire, que d'être employé en CDD ou encore intermittent du spectacle). Mais bon, ça c'est pas vraiment un problème, parce que si vous en pensez vraiment tant de mal que ça, de l'appartement, vous avez vraisemblablement déjà plus très envie de le louer. Non, c'est juste que votre bonne éducation vous retient encore de dire merde à des gens qui veulent vous en louer une. Vous retient encore pour quelques temps. Peut-être plus pour très longtemps, mais enfin, jusqu'ici, elle vous retient.

    Le vrai problème, c'est le locataire actuel. Parce que lui, l'appartement pourri, il est dedans. Même qu'il a vaguement l'air de s'être rendu compte, vu qu'il veut en partir. Ou alors il veut en partir pour une tout autre raison. Enfin de toutes façons, là, il vit dedans, c'est son chez-lui, et il y est. S'il le trouve pourri, ce serait cruel de le lui rappeler. S'il a un lien sentimental profond avec ce lieu et qu'il est tout triste de devoir le quitter, ce serait insultant d'en dire du mal.

    Et pourtant, il faut se décider vite. D'ailleurs on a apporté un dossier de garanties de 136 pages, en six exemplaires, et on a intérêt à se grouiller pour savoir si on veut le déposer ou non, parce que les deux, là, qui sont entrés après nous, ils ont bien l'air de vouloir nous le souffler.

    D'où l'importance de pouvoir s'échanger les impressions qu'on a pendant une visite, et le plus discrètement possible.

    Tom et moi, on a trouvé la parade. On a un code.

    Si on trouve les choses chouettes, on emploie des mots comme "chouette", "joli", "mignon", "charmant", etc.

    Si on trouve pas chouette, on emploie "choupinet" ou un de ses dérivés, comme "choupi" et "choups". Comme ça, ça veut dire mignon, mais en fait, ça veut dire pas mignon du tout. L'avantage étant que "choups" peut éventuellement servir de surnom, donc on peut le placer à peu près n'importe comment dans une phrase.

    Oh, bon, d'accord, évidemment, personne n'est dupe, ça se voit très bien qu'on a qu'une envie, c'est de repasser la porte dans l'autre sens. Mais tout est une question de tact et de délicatesse.

    Par exemple, quand on a visité cet appartement à Montmartre, sis, selon l'annonce, dans une "maison Montmartroise" typique, en duplex, sur une ruelle piétonne très calme. Bin elle avait pas menti d'un pouce, l'annonce.
    La ruelle, elle était tellement calme que c'était l'endroit où tous les propriétaires de chiens du quartier venaient leur faire faire leurs besoins. Un vrai catalogue, avec échantillons de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Pour accéder à la porte, c'était un peu comme jouer à la marelle, en un peu moins drôle et un peu plus risqué.
    Elle était tellement piétonne, aussi, qu'on aurait vraiment pas pu y faire passer une auto, vu comme l'immeuble en face était proche des fenêtres. Faut dire, c'est pratique de pouvoir passer le sel à ses voisins sans avoir à sortir de chez soi. Bon c'est sûr, si une voiture ne pouvait pas y passer, la lumière du jour non plus, mais faut savoir ce qu'on veut.
    Et le duplex, il était tellement en rez-de chausée que c'était un demi sous-sol, en fait. Avec cet avantage que si l'on ne voyait pas la lumière du jour à travers les soupiraux, en revanche, on avait une vue imprenable sur les chiens qui venaient lever la patte directement dessus.
    La locataire qui était là, visiblement, elle était plutôt chlorophylle que zoophile. Elle nous regardait d'un oeil inquiet en nous demandant ce qu'on en pensait.
   
    On s'est regardés un quart de seconde, Tom et moi, et puis on s'est presque coupé la parole :
   
    "T'en penses quoi, toi, Choups?"
Par Jerry
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Mercredi 29 août 2007
    Aujourd'hui, à l'aube, avant dissipation des brumes matinales, un bruit strident à travers la chambre, chassant le sommeil à grand coups de sifflets.

    Téléphone.

    Ou plus exactement, sitôt décroché, faux numéro.

    Mais pas n'importe quel faux numéro, non.

    Ce qu'il demandait, le monsieur au bout du fil, c'était pas un simple particulier. Il voulait parler à une Mme Machinou, de l'agence Immobilia, qu'il croyait trouver en appelant ici, entre mes draps.

    Oh bien sûr, il s'est excusé platement - ce qui est bien.


    Mais je vous jure, se faire prendre pour une agente immobilière si tôt le matin, ça fiche un coup.

Par Jerry
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Tom et Jerry

vont refaire le monde, mais en commençant par un blog, parce que quand même, c'est fatigant.

"L'homme est né bon, mais faut pas le faire chier." (Jean-Jacques Rousseau)

"Bats ton âne pendant que tu es dessus. Si tu ne sais pas pourquoi, lui non plus." (sagesse ancestrale hindoue)

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