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L'histoire de comment on a eu froid

Mercredi 7 juillet 2010 3 07 /07 /Juil /2010 20:06

La première chose que nous avons apprise sur monsieur Basilic, la toute toute première chose, c'était qu'il était gay. Pas comme un pinson, ou alors un pinson vraiment  spécial. On était le soir, dans la cuisine de la maison qui ne marchait pas, avec du gaz qui ne marchait pas et un chauffage qui ne marchait pas, et là il nous a dit :
- Ecoutez, je dois vous dire, il faut que je vous dise, eh ben, parce que voilà, c'est que là, mon ami est un ami, et je suis homosexuel voilà, comme ça, c'est dit, vous le savez.
- Ça a un rapport avec la chaudière ?
- Non mais il fallait que je vous le dise, parce que comme ça c'est clair, vous le savez, vous êtes au courant, je suis comme ça, au début j'étais marié et puis maintenant, je ne le suis plus et mon ami est un ami.
- D'accord, ok, super - mais pour la chaudière ?
- Ça ne vous dérange pas ?
- Absolument pas, est-ce que votre ami qui est un ami sait s'occuper des chaudières ?
- Non, pas du tout, il sait s'occuper de rien, il est infoutu de la moindre connerie pratique, c'est une vraie tanche, faut vraiment que j'ai pas le choix pour me coltiner un nullard pareil.
- Ah là là, l'amour. Mais donc, pour la chaudière ?
- Parce qu'avant j'étais avec un autre ami et...
- Pour la chaudière.
- Ah lui, il s'y connaissait en plomberie, tout ça c'était son truc. Il a fait toute la plomberie de ma maison.
- C'est super ! Appelons-le ! Pour la chaudière !
- Mais il est mort.
- Ah oui bon ben non alors. Remarquez, ça lui fait un point commun avec la chaudière.

Or monsieur Basilic fait rarement les choses avec un point de vue personnel, mais plutôt avec un should-be permanent. Un
should-be, c'est une petite bestiole invisible perchée sur votre épaule qui vous explique comme les choses doivent être, et non comment elles sont. Le should-be passe son temps à vous bramer dans les oreilles et il est très utile pour ne pas se poser de questions. Avec un bon should-be, vous pouvez traverser l'existence sans jamais vous être demandé une seule fois si vous aimez vraiment ce que vous pensez aimer, si telle opinion que vous soutenez est vraiment la vôtre, ou si vous êtes heureux. Perché sur votre épaule, le should-be gobera toutes les questions que vous vous posez et vous pourrez vous reposer dans le paisible enfer de l'auto-confirmation permanente.

Le
should-be de monsieur Basilic, qui n'est pas le plus futé qu'on ait jamais vu, lui avait soufflé qu'être homosexuel, c'est avoir un tempérament tendre et délicat, une sensibilité plus féminine, un goût pour les fleurs et les couleurs et quelques autre conneries dans le style. Sachant que monsieur Basilic a été éduqué à coup de ceinture et qu'il trouve encore que c'est une bonne méthode d'éducation, je vous laisse deviner le pourcentage de réussite du should-be et la tête du résultat, constamment tiraillé entre des aspirations irréalistes et une réalité déniée.

Un exemple assez simple, c'est la conduite. Monsieur Basilic est délicat, il aime les fleurs et les parfums, mais alors attention, il veut surtout pas conduire comme un pédé. Si vous montez avec lui en voiture, la rencontre à chaque virage de votre tête et des différentes parties de l'ameublement intérieur suffira à vous le faire comprendre.

C'est pour ça que ça a été drôle quand monsieur Basilic a acheté une nouvelle voiture. Parce qu'il avait depuis quinze ou vingt ans une R19 diesel pépère qui tenait bien la route pour les trois kilomètres qu'il faisait par mois, dont une moitié pour aller au centre commercial et l'autre pour aller chercher son ami qui est un ami à la gare. Il la conduisait comme s'il avait été Senna, mais l'avantage d'une vieille R19 diesel, c'est qu'elle est consciente qu'elle est pas sur un circuit, elle.

Et puis, le
should-be et bien d'autres choses lui ont susurré dans l'oreille que ce serait bien de changer de voiture, parce que c'était une vieille voiture. Et monsieur Basilic, il a peut-être réussi à accepter d'être homosexuel, mais alors le fait d'être vieux, ça non, il peut pas. Aussitôt dit, aussitôt fait, il a acheté une jeune voiture. Et là, il a pas pris une voiture de pédé. Il a acheté un cabriolet rouge décapotable avec un tableau de bord façon Aston Martin. Mais c'est pas une Aston Martin, c'est plutôt une Martin tout court.

(Elle coûte plus d'un an de notre loyer et elle est garée sous nos fenêtres, ça nous rassure tous les matins de voir que l'argent que nous lui versons ne sert pas à des conneries).

Le problème avec la Martin, aka Grosse Voiture, c'est qu'elle est sensiblement plus grosse que la R19, qu'elle est pas diesel, et que si elle monte pas à 300, elle est sensiblement plus nerveuse. Or pour accéder au garage, il y une étroite allée non goudronnée et défoncée d'une trentaine de mètres, qui fait un coude bizarre sous nos fenêtres. La manoeuvre est délicate, à vrai dire, en marche arrière comme en marche avant. Et évidemment, c'est après avoir acheté la Martin que monsieur Basilic s'en est aperçu. C'est pas comme s'il habitait là depuis trente ans.

La conséquence directe, c'est qu'il a rayé sa voiture le premier jour sur des piliers de briques devant chez nous, qui étaient forts jolis mais qui gênaient. Il les a donc délicatement défoncés au marteau, un dimanche, pour s'apercevoir que sous la brique, il y avait une énorme colonne de béton. Qu'à cela ne tienne, Bricodidier est venu défoncer les piliers de béton avec une machine qu'on ne sait pas ce que c'est (sans doute une chaudière kitée). Ça a été un moment plein de fleurs et de tendresse, ça n'a pas changé grand chose à la configuration des lieux, mais ça a vengé la voiture. En fait, ils se sont aperçus que ce qui gênait le plus le passage de la voiture, c'était notre maison. Bricodidier a bien offert les services de sa machine pour défoncer la maison, mais on a menacé de lâcher les chats.

Et depuis, la sortie et la rentrée de la Martin, c'est toujours un moment qui n'est pas sans rappeler un certain passage d'Austin Powers.

En général, on sort les chaises pour regarder. C'est un spectacle délicat, qui parle à notre côté féminin.

Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Dimanche 9 novembre 2008 7 09 /11 /Nov /2008 10:00
Cela fait aujourd'hui un an jour pour jour que se sont terminées les effroyables aventures de Tom et Jerry avec Sarah, la chaudière à gaz orpheline. Et puisque tout le monde aime les ragots, on s'est dit que ce serait un super cadeau de vous donner quelques nouvelles des principaux personnages.
Histoire de vérifier que les méchants ont été bien punis.

La maison va bien ; la chaudière ronronne à nouveau avec bonheur depuis quelques semaines ; contre toute attente, le tableau électrique tient bon, et tant qu'on débranche le frigo pour mettre le four en marche et le radiateur pour faire tourner le micro-ondes, tout baigne.
Il y a juste ce petit souci avec les poignées de porte, touchées ces derniers temps par une épidémie de rupture du mécanisme interne, de préférence quand elles sont fermées, et amuse-toi pour rouvrir. Jusqu'ici, c'est toujours arrivé dans des pièces du rez-de-chaussée avec fenêtre, ou quand on était du bon côté de la porte ; mais on attend avec impatience les épisodes suivants, « Jerry est coincée dans les toilettes » et « Tom s'évade par le toit ».

On a revu Bricodidier, il n'y a pas longtemps. En fait il vient régulièrement arroser monsieur Basilic avec de bonnes paroles, lui promettant chaque mois d'achever le mois prochain les derniers petits détails des travaux. Et là, il est passé chez nous mesurer un dessus de porte, histoire de bien montrer que cette fois-ci, ah oui, ça serait le mois prochain, ça c'est sûr.
On a eu du mal à le reconnaître, Bricodidier. Sans son débit de parole si particulier, il aurait fallu se fier à monsieur Basilic pour attester qu'il s'agissait du même gars, c'est dire. Amaigri, voûté, les cheveux incroyablement blanchis, le visage ridé, il avait perdu sa belle assurance, son sourire Gibbs et son torse bombé. On aurait dit qu'il avait dix centimètres de moins, vingt ans de plus. Et quand il a essayé de décoller en battant des bras comme avant et s'est mangé le sol comme un vieux canard déplumé, on lui a dit gentiment qu'il se fatigue pas, qu'on allait lui ouvrir le portail, et par-dessus son épaule il nous a lancé un regard craintif.
Ce n'était plus que l'ombre de Bricodidier. Il semble rongé par un mal mystérieux.

Quant à monsieur Basilic, il s'est mis en tête d'installer un nouveau portail là où on n'en a pas besoin. Quand ? Oh, quand Bricodidier aura fini les travaux, qu'il sera rentré dans ses frais, tout ça. Et pour ça, il est venu nous emprunter le catalogue de la CAMIF. Bon, on s'est dit, peut-être que les portails de la CAMIF sont particulièrement réputés, et puis après tout on peut très bien aussi se servir des Pages jaunes pour caler la bibliothèque, alors on lui a prêté le catalogue.
Et en fait, vous allez pas le croire, mais c'est là que la CAMIF a fait faillite.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Vendredi 14 mars 2008 5 14 /03 /Mars /2008 10:44
Parce que décidément, cette histoire était appelée à rebondir avec autant de persévérance qu'un marsupilami sous acide.

Un mois environ après la fin de tout, je veux dire, le début de tout, enfin bref, au moment où on était à peu près complètement sortis d’affaire, on commençait à perdre le réflexe de grelotter du matin au soir, et c’est là qu’on a été invités pas Titi et Grand Minet. Titi, c’est la sœur de Jerry, et Grand Minet, c’est son Tom à elle, ils sont tous les deux gentils comme tout et ils habitent, eux aussi, une jolie petite maison juste pas trop loin de Paris.

Et chez Titi et Grand Minet, c’était chouette, tout le monde était détendu et de bonne humeur, Titi avait fait une cuisine éblouissante, les cadeaux de Noël en avance étaient tous parfaits, et il faisait froid.

Non parce qu’il faut savoir, Titi et Grand Minet, ils ont un joli jardin, et c’est chouette de manger dehors. Mais pas au mois de décembre. Non, ça, personne ne le fait. A part le papa de Titi et Jerry, mais lui, il a dû louper l'entrée de son terrier un jour et se cogner la tête trop fort, bref, il est un peu spécial. Donc, au mois de décembre, chez Titi et Grand Minet, on mange pas dehors.

Et pourtant il faisait froid. Et pourtant la chaudière n’était pas en panne, les tuyaux à gaz n’étaient pas en dentelle de Calais, et les radiateurs ne jouaient pas en sourdine les grandes eaux musicales. Non, chez eux, c’est juste la maison qui est pleine de trous, et les radiateurs, comment dire, les radiateurs, c’est un peu comme s’ils avaient couru un marathon, une fois dans leur vie, et que depuis ce jour-là ils avaient décidé que non, vraiment, l’effort c’est trop fatiguant, alors plus jamais.

Mais bon, c'est pas comme s'ils avaient pas l'habitude, hein, Titi et Grand Minet. Vu que dans leur ancien appartement, y'avait des courants d'air tellement denses que c'était devenu un spot ultra réputé chez les insectes surfeurs.

Et puis c'est pas comme s'il n'y avait qu'eux, aussi, à vivre dans un endroit "de charme", "coup de coeur", "avec du caractère". Oh, oui, je pense à toi, toi qui disposes dans ta salle de bain une installation électrique de pointe avec des fils qui passent sous la douche. A toi également, qui as des jours tellement grand entre le cadre et la fenêtre que tu peux y stocker tes provisions. A vous aussi qui, habitant au-dessus d'un porche, bénéficiez d'un système thermique ingénieux, le caillage par le sol. Enfin à vous tous qui avez des murs percés, des fenêtres en papier crépon, des radiateurs à digestion lentes, des portes facétieuses, des fusibles rigolos, des égoûts farceurs.

Un peu comme si, après tout, trouver un appartement en région parisienne, c'était tellement difficile, et puis tellement cher aussi, déjà, d'avoir un toit sur la tête, qu'on allait quand même pas demander en plus un logement décent, ho, hé. ça, c'était pour la morale de l'histoire.

Mais comme Tom va encore m'accuser de démoraliser tout le monde, je conclurai sur cette bonne parole optimiste et pleine d'encouragements qu'on a fini par graver sur la porte, tellement on l'a entendue : "ah, mais ça soude les couples, ça!"
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Lundi 3 mars 2008 1 03 /03 /Mars /2008 12:07
    Maintenant que Jerry a déprimé tout le monde, qui c'est qui doit remonter le moral ? C'est bibi.
Y en a, je vous jure, ils pensent qu'à eux, jamais à bibi.

    Alors pour remonter un peu le moral, on va dire que l'histoire du gaz touche à sa fin. Pas dans cet épisode, mais dans l'autre.

    Pour monsieur Basilic, la petite anecdote du jour, c'est qu'on a échangé la chaudière qui avait besoin d'une cheminée qu'on avait pas avec une chaudière à ventouse, qui n'a pas besoin de cheminée. Mais la chaudière à cheminée, on l'a pas jetée. Monsieur Basilic, lui il a une cheminée de cinq mètres, qui tire comme un réacteur de Boeing. Et il avait une chaudière qui datait de 1919. Cette chaudière, c'est le seul remboursement que l'Armée Révolutionnaire a bien voulu lui faire sur ses emprunts russes. C'est pas par générosité, d'ailleurs. C'est juste que Lénine en pouvait plus d'entendre monsieur Basilic se plaindre, alors ils lui ont donné une chaudière (la photo est incroyablement ressemblante).

    Donc cette chaudière de 1919, monsieur Basilic l'a remplacée par celle qu'il avait fait installer à l'origine chez nous, histoire de pas tout perdre non plus. Il gagnait au change, à vrai dire. Il gagnait presque quatre vingts ans de progrès technique, sur une période plutôt avantageuse, question progrès technique.
    Assez rapidement, la nouvelle chaudière qui venait de chez nous, elle est tombée en panne, et monsieur Basilic s'est retrouvé chez lui, avec plein de progrès technique mais sans chauffage.
    Pendant plusieurs jours.

    Quand on a appris ça, nous, aussitôt, on n'a fait ni une ni deux : on lui a conseillé de mettre un Damart.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /Fév /2008 13:46
Les chauffages qui ne fuyaient plus, la chaudière qui ronronnait comme un gros chat enfermé dans un placard qui ferait le gentil pour qu'on le laisse sortir, tout ça tout ça, déjà, on se sentait mieux.

Bon, on pouvait pas encore vraiment prendre de douches, hein, ça c'est sûr, sinon la chaudière tombait en rade et nous asphyxiés. Et puis surtout, elle a pas duré longtemps, notre première période de chauffe, parce qu'au bout de 2 jours, AGCEC est venu et a emporté la chaudière. Hein? Quoi? Emporté la chaudière? Oui, mais en promettant d'en rapporter une autre le lendemain, une qui fait chauffage ET eau chaude cette fois, et sans asphyxier les habitants, alors bon, on a autorisé l'échange des otages avec des larmes dans les yeux.

C'est vrai, quoi, une chaudière Osakaï toute neuve, toute belle, toute chouette, et surtout on s'était tant de fois agenouillés devant elle pour prier saint Poilodos, patron des gens frileux, de nous accorder du chaud, on s'est dit qu'elle allait nous manquer. Et on s'est demandé si la nouvelle, une Dormeur-Duval, serait aussi bien, ou en tous cas pas pire, parce qu'après tout, à qui se fier.

Alors on s'est agenouillés devant le trou béant laissé par la chaudière absente, et on a prié saint Bozyeux, patron des quarante voleurs, pour que ça soit pas une arnaque, pour que nos Ali-Babas de quartier ne se trompent pas de porte et pour que notre future chauferette ne soit pas victime des bandits de grand chemin.

On a dû bien prier, parce que le lendemain, ils sont revenus, ils avaient pas oublié la chaudière, personne n'était malade, bref les travaux ont commencé.

Et c'est là, en refaisant les conduits d'évacuation des gazs brûlés, que les collègues de Samaritain ont mis au jour le grand secret.

Généralement, dans les feuilletons de l'été, après des mois de galère, quand les héros arrivent à peu près au bout de leurs emmerdes, ils font des travaux dans leur maison, et là, paf, ils tombent sur un trésor caché dans un conduit d'aération par le grand-père que personne n'aimait et qui du coup se trouve réhabilité au fond de sa tombe, et que même si ça arrive un peu tard puisque les ennuis sont finis, c'est toujours ça de pris.

Bon, ben faut savoir que dans les feuilletons de l'automne, c'est sensiblement différent.

Ce qu'on a trouvé, dans les conduits, c'était surtout un tas de vieilles chemises à carreaux cradingues déchirées en lambeaux. On a bien cherché voir s'il y avait un cadavre avec, histoire que ça palpite un peu, mais queud. C'était juste des vieilles loques qui servaient à colmater des trous dans le toit faits comme des cochons.

Vous me direz, c'est pas bien intéressant, comme trésor.

Et je vous répondrai, oh que si! Parce que des vieilles chemises déchirées, quand ça sert de rembourrage autour d'un tuyau d'évacuation des gazs brûlés, ça fait quoi? A terme, ça brûle, et la maison avec, et ses occupants itou, parfois.

Donc on a expiré un grand coup, on a roulé des yeux un peu fous et on a couru partout en criant, parce que y'a pas à dire, comme trésor, c'était tout pourri, mais on était drôlement contents quand même que les messieurs d'AGCEC l'aient trouvé. Parce qu'on avait envie d'avoir chaud, oui, mais pas à ce point.

Ensuite, ça a été à peu près bien. Oh, il a encore fallu mettre à l'endroit le dernier chauffage (- Mais comment ça, à l'envers? - Ben oui, à l'envers. ça veut dire que le robinet d'ouverture, il est sur la sortie, et que l'eau, au lieu de descendre dedans, elle doit monter.), et puis changer le tableau électrique aussi, qui avait tendance à jouer les cierges magiques, alors qu'évidemment, une chaudière à gaz, pour fonctionner, il lui faut aussi de l'électricité, sinon ce serait pas drôle.

Non, à part ces deux ou trois petits détails, on a commencé ce jour-là une grande histoire d'amour avec notre chaudière Dormeur-Duval, qui était gentille, modeste et travailleuse.

Et comme on allait justement célébrer les deux mois de notre emménagement, on a enlevé d'un coup tous nos pulls, et on a filé sous la douche. En sortant, on a remis un nombre raisonnable de pulls, et on s'est trouvés drôlement maigrichons d'un coup.

Epilogue

Dans les jours qui ont suivi, on a observé un changement sensible chez Tom et Jerry. Une agréable à chaleur à nouveau dans l'air, les corps se sont peu à peu découverts, les épaules crispées par le froid se sont détendues, les fronts se sont déplissés, les yeux se sont illuminés d'autres pensées.

L'air qui se réchauffe, les habits qui s'allègent et les idées qui se réjouissent, ça vous rappelle rien, si?

Ben si. Cette année-là, pour nous, le printemps est tombé à la mi-novembre.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Samedi 9 février 2008 6 09 /02 /Fév /2008 03:00
    Monsieur Basilic, il a ce que dans le jargon des publicitaires du Moyen Age, on appelle un "motto". Attention, pas une moto, ça n'a rien à voir. Avec une moto on peut aller voir ses cousins à Dijon, tandis qu'avec un motto, on peut vraiment rien faire du tout.

    Un motto, c'est une devise, un mot d'ordre, un projet de vie, une fière bannière familiale à laquelle se rattacher quand tout sombre autour de soi dans des âges de sombres désespérance où il fait très noir et que de grandes catastrophes s'abattent sur l'humanité victime de son avidité.

    Bon, bah monsieur Basilic, il a ça. Un motto.

    "Bah ça c'est sûr, hein !"

    C'est son motto. C'est un motto un peu pourri, mais c'est normal, monsieur Basilic il a confié ses travaux à Bricodidier, alors va savoir à qui il est allé acheter son motto.

    Donc, pour monsieur Basilic, le monde peut s'effondrer comme une compote de pommes pas fraîche, ce n'est pas grave, il a sa fière devise.

    Les extras-terrestres viennent de débarquer dans le jardin, ils sont équipés de lasers ultra dangereux, et ils viennent de cramer tous les bégonias en prenant un air hostile ?

    "Ils sont venus pour la kermesse. Bah ça c'est sûr, hein, sinon, je vois pas ce qu'ils viendraient faire ici."

         Roger le haricot méchant vient d'installer une rampe de lancement pour ogive nucléaire sur le toit ?

    "C'est pour décorer. Bah ça c'est sûr, hein, c'est quand même pas une rampe de lancement pour ogive nucléaire, hein !"

    La météo annonce un cyclone en conjonction avec un astéroïde, le plan urgence mortelle est déclenché sur tout le territoire et les supermarchés sont pris d'assauts par une foule affolée tandis que dans les rues résonne le glas macabre de la Grande Peste ?

    "
Bah ça c'est sûr, hein, demain vous aurez le gaz."

    Ce qui est sûr, c'est qu'au bout d'un mois et demi à moisir dans une maison à douze degrés, on a pris le large et on s'est réfugié là où il faisait chaud et qu'on voulait bien de nous. Mais c'était pas une fuite, bah ça c'est sûr, hein, c'était juste pour prendre un peu de recul.

    De là, on a télé-dirigé les opérations, histoire que monsieur Basilic découvre le plaisir de faire les choses par soi-même. Alors il disait que la chaudière, elle allait finir par marcher tout seule, mais que d'accord, pour nous faire plaisir, il allait faire venir des gens compétents au cas où - même si c'était pas à lui de s'occuper de tout ça, qu'il a cru bon de préciser.

    Autant vous le dire tout net, il a eu de la chance le Basilic. Il a eu de la chance qu'on soit à trente kilomètres et au téléphone, sinon on l'aurait étripé vivant. Parce que bon, faire réparer sa foutue installation de gaz qui marchait pas, et réparer tous les foutus trucs qui marchaient pas dans cette foutue baraque et rattraper tous ces foutus travaux mal foutus par de foutus jean-foutre - C'ÉTAIT À NOUS DE LE FAIRE, PEUT-ÊTRE ?

    Je suis même pas sûr qu'on aurait pas été acquittés directement, aux assises.

    Entre temps, ceux qui devaient changer tous les robinets et  les raccords sont revenus.
Quand ils sont repartis, il n'y avait plus qu'un seul radiateur qui marchait pas, dont on a appris qu'il était monté à l'envers, que oui, ça risquait d'entraver fortement son action calorifère si on le remontait pas à l'endroit, et que la seule fois où le plombier avait vu un cas comme ça, c'est une maison où tous les travaux avaient été confiés à un poussin en plastique jaune qui flotte dans le bain.

    Mais c'était pas grave parce que de toute façon AGCEC est passé et il a fallu changer la chaudière, vu que personne de sain aurait eu l'idée de mettre ce genre de chaudière dans ce genre de local. Parce que si les fumées s'évacuaient pas, c'est que la cheminée tirait pas. Et si elle tirait pas, c'est qu'elle existait pas, tout simplement. Donc fallait vraiment être un mongolien pour pas prévoir que ça poserait un problème et envisager un autre dispositif.

    Pour ceux qui se demandent où était Bricodidier, l'entrepreneur responsable des travaux, à ce moment-là, la réponse est : au zoo.

    Bah ça c'est sûr, hein, sinon, je vois pas où il aurait été, pendant tout ce temps.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 10:59
    C'est à peu près au même moment qu'on a reçu une gentille lettre de GDF nous informant, cordialement mais fermement, qu'on avait intérêt à accepter la visite de contrôle de notre installation de gaz qui allait être effectuée par leur sous-traitant, une société appelée Noproblemo, vu que si on acceptait pas on aurait qu'à pas se plaindre si on mourait dans d'atroces souffrances et ça serait bien fait.

    Et elle ajoutait, la lettre, que bien sûr, si Noproblemo détectait le moindre souci sur notre installation, ses techniciens se feraient un plaisir de mettre tout ou partie de notre installation de gaz hors d'usage.

    Laquelle installation de gaz avait, donc, du gaz depuis trois jours.

    Y'a pas à dire, ils savent vous souhaiter la bienvenue, ces gens-là.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /Jan /2008 12:55
    Tout nus et tout gelés dans la salle de bain avec notre chaudière à nouveau en rade, Jerry a proposé une interprétation comme quoi fallait pas la brusquer, la pauvre chérie, c'était déjà pas mal pour un début et puis après tout ce qu'elle avait vécu. Tom, cet empêcheur d'être optimiste en rond, a proposé une contre-interprétation comme quoi y'avait un gros problème et on était pas près de se laver tranquillement chez nous.

    Sur ce, on est allés se coucher, avec au moins la satisfaction d'avoir du chauffage, puisque la chaudière, en gros, tant qu'on était pas sous la douche, elle voulait bien. Y'avait quelque chose de pudique dans son comportement.

    Sur ce, on s'est réveillés, complètement gelés, parce que la chaudière s'était arrêtée pendant la nuit, rapport aux radiateurs qui fuyaient encore comme s'ils avaient eu Lucky Luke à leurs trousses et que donc ça faisait baisser la pression d'eau et la chaudière, quand elle a plus d'eau à chauffer, elle s'arrête, et là ça caille.
 
    Et puis on a réessayé la douche, pleins d'espoir car la nuit porte conseil.
  
    Pas longtemps.

    Alors là, faut préciser une chose. En fait, Tom, il a aussi des super-pouvoirs. Sauf que ses super-pouvoirs à lui, ils sont à peu près complètement l'inverse de ceux de Bricodidier. Bricodidier, en gros, quand il dit que quelque chose va marcher, ça marche, tant qu'on l'essaye pas. Tom, quand il dit que quelque chose va pas marcher, ça marche pas, dès qu'on l'essaye. On pourrait dire que c'est pas complètement inutile, comme super-pouvoir, mais c'est super-énervant.

    Alors non seulement la chaudière a arrêté de chauder encore vachement plus vite que la première fois. Un peu comme si la révolte, durant la nuit, avait enflé dans ses petits poumons et qu'elle avait décidé de bouder grave.
 
    Mais en plus on s'est retrouvés avec une sorte de malaise bizarre, des étoiles dansant devant les yeux, les murs tout d'un coup pas droits, les jambes toutes molles, le coeur en chamade, un peu comme si on avait respiré des gaz brûlés à haute dose pendant le temps de notre courte douche, un peu comme si la raison pour laquelle la chaudière tombait en rade, c'était parce que les fumées de combustion ne s'évacuaient pas à l'extérieur de la maison.

    Alors on a titubé jusqu'à la gare et on est partis très très vite passer un week-end dans la famille de Jerry, où en fait on est restés 10 jours, en se souvenant que si on s'était éloignés de Paris, c'était surtout pour la pureté de l'air.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Lundi 28 janvier 2008 1 28 /01 /Jan /2008 18:19

    Dans l'épisode précédent, Dan a annoncé à Vinnie qu'il avait eu un enfant-otarie avec la grand-mère de Belinda, la femme-poisson clown. Vinnie n'a pu le supporter, et de rage elle a vidé le bocal de Belinda.


    Ah oui. Non.
    C'est pas ça.
    Faites excuse.

    Dans l'épisode précédent, Super Mario est parti en nous laissant dans deux centimètres de flotte froide et des radiateurs qui pleuvaient.

    Ça a eu une conséquence très positive, somme toute.

    Monsieur Basilic a cessé de dire des trucs comme "bah ça va aller, maintenant, hein, c'est sûr !"

    En fait, il a même cessé de dire des trucs, tout court.

    Le seul bruit qu'il faisait encore, c'était scrouit-scrouit à cause de la flotte.

    Alors là on a été très diplomate, il faut dire. On l'a complimenté sur le fait qu'il faisait super bien scrouit-scrouit dans la flotte. Non, vraiment, jamais on avait vu un scrouit-scrouit aussi bon. Alors il a rougi, il a dit que oui, dans sa jeunesse, il aurait bien aimé faire plus scrouit-scrouit mais la vie, le travail, la famille, enfin bon. Et puis, de scrouit en scrouit, on en est venu à parler du derrière de monsieur Basilic. Et monsieur Basilic, il disait :

    - "Ah oui, mon derrière, je l'aime beaucoup, on s'est toujours bien entendu, mais c'est vrai qu'il est un peu neurasthénique, ces derniers temps.
- Oui mais c'est qu'il manque d'exercice", nous on a dit. "Il faudrait peut-être simplement qu'il se bouge un peu ?
- Vous croyez ? qu'il a demandé. De l'exercice comment ?
- Ben par exemple, il pourrait prendre un putain de bottin, un putain de téléphone et appeler un putain de plombier ! Ça, ça lui ferait vachement d'exercice d'un coup, à votre derrière !
- Oui, mais ça serait pas un peu trop justement ?" il s'est inquiété.

    Alors on l'a rassuré. Longtemps. On se relayait. L'un épongeait la flotte, l'autre rassurait monsieur Basilic sur son derrière.

    Finalement, le derrière de monsieur Basilic a appelé un plombier, deux jours plus tard. Qui est venu. Un peu surpris, parce que c'est pas tous les jours qu'on a un derrière au téléphone.
Quand il est arrivé, on lui a passé un scaphandre et il s'est promené avec nous dans la maison. Il a regardé les robinets des radiateurs. Il les a bien examinés. Il a démonté une ou deux pièces, pour mieux voir. Et puis, il a toussoté dans son scaphandre et il a dit...

/mode vérité pure on

"C'est bizarre... hum... un peu bizarre..."

Monsieur Basilic il a demandé :

- C'est quoi qui est bizarre ?

- Ben les robinets des radiateurs... les raccords, là. C'est... comment dire...

- Oui...?

- Ben... c'est de la merde complète... un peu... quoi."

/Mode vérité pure off.


    Donc, bon, il a fallu tous les changer. Donc bon, évidemment, le plombier pouvait pas faire ça là tout de suite, donc bon évidemment, il a fallu prendre un rendez-vous pour la semaine suivante.

    Et puis  il a demandé pourquoi il faisait aussi froid, ici, alors que le truc dans le placard, là, ça ressemblait vachement à une chaudière à gaz. Devant le grand silence gêné de monsieur Basilic, il s'est tourné vers nous et on lui a dit : Super Mario, il a appuyé sur tous les boutons, mais il a pas réussi à la mettre en marche.
Alors le plombier, il a regardé la chaudière. Il a appuyé sur un bouton. Il a tourné une manette.
"Ben, ça marche," il a dit.

    Alors on a foutu tout le monde dehors pour filer à notre première douche, et une demi-heure plus tard, la chaudière a dit "fuck total la société" et elle s'est arrêtée.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Mardi 22 janvier 2008 2 22 /01 /Jan /2008 11:46
7 poignées de porte de guingois, d'où

6 portes sur 7 qui ne ferment pas (celle qui ferme, c'est la porte d'entrée)

5 prises électriques avec système d'éjection instantanné du mur dès qu'on débranche quelque chose

9 interrupteurs dits "de sécurité", c'est-à-dire que pour allumer, il faut basculer la plaque de fixation entière, et pas seulement le bouton - pour le cas où on serait pas sûr de vouloir allumer

1 robinet monté à l'envers

27 nids à poussière dans les placages neufs

4 pièces sur 6 avec des murs roses

1 escalier plus pratique pour faire de la luge

1 parquet plus pratique pour faire du trampoline

2 chasses d'eau caractérielles, que si tu les touches, elles pleurent sans s'arrêter

1 plinthe amoureuse du plafond

1 grande fissure dans un mur (rose, évidemment)

12 courants d'air venus d'ailleurs

3 araignées au plafond

2 ravis qui se disent qu'on va quand même réussir à en faire quelque chose, de cette maison.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Tom et Jerry

vont refaire le monde, mais en commençant par un blog, parce que quand même, c'est fatigant.

"L'homme est né bon, mais faut pas le faire chier." (Jean-Jacques Rousseau)

"Bats ton âne pendant que tu es dessus. Si tu ne sais pas pourquoi, lui non plus." (sagesse ancestrale hindoue)

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