Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /2009 15:00

Si le tigre vous dit que l'ours est mauvais chasseur, demandez-vous d'abord si l'ours chasse.



    On oppose traditionnellement, depuis le début du XXe siècle, deux grands systèmes d'organisation sociale, l'un connu sous le nom générique de communisme, l'autre de capitalisme. Le communisme historiquement construit sur la révolution russe de 17 ayant fait faillite, il est usuel de convenir que le communisme n'est pas viable. Il est fréquent de rencontrer une justification de cet échec communiste par le constat de ce que le capitalisme bénéficie d'un ordre naturel - personne ne l'ayant inventé - là où le communisme serait un projet, une volonté humaine de construire une société de synthèse, par opposition à une société qui, laissée à sa spontanéité, aurait justement donné le capitalisme.
    C'est l'argumentaire sous-jacent de toute la politique libérale contemporaine, et toute la faiblesse de l'opposition sociale vient de ce qu'elle est incapable de répondre simplement à quelque chose qui se présente comme un fait.
    C'est aussi la raison pour laquelle il est aujourd'hui fermement découragé par les autorités de chercher une alternative. Car il n'y a pas d'alternative possible, puisque la seule, la vraie, était le communisme, et ça a foiré. Donc laissez tomber, espèce de passéiste conservateur et immobiliste. Il faut aller de l'avant.

    Tout ça n'est qu'une façon déguisée de dire que le capitalisme est voulu par Dieu - ou la sélection naturelle - et que donc, il est oiseux d'en discuter, surtout en temps de crise, enfin, monsieur, vous n'avez pas des choses plus sérieuses à faire ? Ayez au moins un peu de pudeur, pour les gens qui souffrent.

    C'est une manipulation rhétorique, puisque par définition, toute organisation sociale est un choix, que Dieu est un concept, et que la sélection naturelle est une théorie descriptive des processus biologiques et non une théorie normative des sociétés humaines.

    Maintenant, j'avoue qu'en réalité le communisme et le capitalisme ne me semblent pas si fondamentalement différent. Ils me semblent même au contraire très proches l'un de l'autre, et je crois qu'entre la Russie et les Etats-Unis, entre le Pop Art et le réalisme socialiste, entre l'invasion de l'Afghanistan de 1978 et celle de 2001, entre la pornographie dissidente russe des années Brejnev et la pornographie contestataire des seventies, il y a bien des parallèles intrigants.

    Mais indépendamment de ça, le point commun entre le capitalisme et le communisme, c'est qu'ils fondent tous deux la structure sociale sur le capital et sa propriété. L'un pense que le capital doit être privé, l'autre public. Mais tous deux pensent que tout découle de la propriété du capital.
    En d'autres termes, ce sont deux systèmes qui fondent la société sur son économie.

    Les choses arrivent toujours pour un ensemble de raisons. Se braquer sur un aspect en se mettant la pression parce qu'on pense que tout vient de là, c'est le meilleur moyen de se planter.

    L'économie n'est pas la clé de voûte du système social, mais un aspect parmi d'autres d'une problématique incroyablement complexe qui est la transformation des liens spécifiques entre les gens qui se connaissent, en un lien abstrait entre les gens qui ne se connaissent pas.

    Le communisme historique a montré qu'une économie où le capital est exclusivement public n'est pas viable.
    Le capitalisme contemporain est en train de nous montrer qu'une économie où le capital est exclusivement privé n'est pas viable non plus.
    Mais la chute du second ne se fait pas sur le modèle du premier. En réalité, le capitalisme ne s'effondre pas : il s'affaisse.
    Depuis la fin du XIXe siècle, il s'affaisse doucement, gagnant des sursis à coup de guerre : guerres coloniales, guerres mondiales, guerres froides.
    Toutes ces guerres sont lisibles comme d'énièmes dérivations d'une crise fondamentale que le capitalisme ne cherche surtout pas à affronter face à face, et pour cause : il s'en nourrit. La crise, le capitalisme, c'est ce qui lui donne la pêche, c'est son Twix à lui, sa barre de Nuts. Le problème, c'est que ça ne marche que sur un mode autoritaire et le mode autoritaire, comme toute contrainte, finit toujours par créer une réaction. En 1914, la bourgeoisie a réussi à dévier la menace prolétarienne - parce que sinon, des "1917", il n'y en aurait pas eu qu'en Russie  - par une belle boucherie patriotique. Ça a calmé temporairement les humeurs, comme une saignée moyen-âgeuse.

    C'est donc naturellement que le capitalisme, suivant son cours, s'affaisse en féodalisme financier dans lequel nous vivons aujourd'hui, et dans lequel vivait déjà la France de la Belle Epoque.

    Oui, mais alors comment se préoccuper d'autre chose que d'économie ? Elle est partout. Personne ne peut y échapper.

    Eh bien, revenons à la fameuse opposition capital privé, capital public. Le PS aurait tendance à se poser comme des supporters d'une forme mixte, forme composée : une partie du capital doit être privée, une partie, publique. Et c'est la quadrature du cercle, ils n'y arrivent pas, ça foire tout le temps, on ne comprend rien, et puis de toute façon, le privé gagne toujours.

    Concevons plutôt cette opposition sur un plan symbolique comme l'opposition du cercle et du rectangle. On peut juxtaposer un cercle et un rectangle, ou les surimposer, mais faire que leurs formes s'accordent fondamentalement, ça paraît impossible.

    Pour résoudre le problème comme pour faire une révolution, il faut changer de point de vue.
Le seul moyen de réunir un cercle et un rectangle, c'est de faire un pas de côté, de passer en 3D et de définir le cylindre. Vu par le bout, c'est un cercle, vu par le côté, c'est un rectangle. Mais indubitablement, c'est un cylindre.

    Le seul moyen de résoudre la question de la propriété du capital, c'est de chercher le cylindre dont le privé et le public sont les facettes.
    Le seul moyen d'échapper à l'économie, c'est de chercher le cylindre social dont elle fait partie

    Ce cylindre a été trouvé par de nombreuses sociétés, très diverses, au cours des âges. Il a pris bien des formes, et il a duré de bien des façons. Nous mêmes l'avons trouvé, à différents moments de notre histoire. A d'autres moments, nous avons sévèrement tatané la gueule de sociétés qui l'avaient trouvé alors que nous l'avions perdu.
    Ce cylindre n'est pas une formule de mathématique : c'est un équilibre qui se crée, à certaines époques, entre certaines personnes qui partagent certaines conditions de vie. La vérité, c'est qu'il s'invente à chaque fois.

    La seule certitude, c'est qu'on ne l'invente pas si on ne le cherche pas.
    Mais si j'osais, je dirais que les deux premiers pas pour le chercher aujourd'hui sont assez simples.

    Le premier,  ce serait de comprendre que nous ne pouvons pas faire mieux que vivre - comme individu et comme civilisation.
    Le second, ce serait de se demander si nous avons vraiment compris ce que les peuples qui ont élaboré les monnaies-coquillages avaient en tête.
Par Tom - Publié dans : Le réel monde réel
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Tom et Jerry

vont refaire le monde, mais en commençant par un blog, parce que quand même, c'est fatigant.

"L'homme est né bon, mais faut pas le faire chier." (Jean-Jacques Rousseau)

"Bats ton âne pendant que tu es dessus. Si tu ne sais pas pourquoi, lui non plus." (sagesse ancestrale hindoue)

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés