Le temps des Zemmour

Publié le par Tom


Ce clown triste d'Eric Zemmour fait un peu parler de lui en ce moment.
Non, pardon, pas celui-ci, celui-. Celui qui est journaliste et dont le fond de commerce est grosso modo de dénoncer le cauchemar de la dénonciation du racisme - cauchemar qu'il n'hésite pas, le brave homme, à qualifier de totalitaire.

Le Zemmour est un animal intéressant, qui trouve sa pitance dans des biotopes peu engageants.

Les Zemmour vivent du terreau pas très fertile de l'identitaire - longtemps chasse gardée du Front National - et qui revient pourtant, marronnier des temps modernes, sur le devant de la scène médiatique avec la régularité d'un has-been chez Michel Drucker.

Ce que les Zemmour aiment par dessus tout, à l'instar de Jean-Marie Le Pen en son temps, ce sont les faux débats. Ils aiment se faire passer pour celui qui sent le soufre, celui qui dit la vérité qu'on veut taire, celui à qui nos mamans nous ont interdit de parler. Ils aiment se donner l'image du seul contre tous, alors qu'ils sont, par exemple, éditorialistes au Figaro, ce qui, en terme de marginalité, est largement comparable à un dissident communiste menacé par le goulag et pourchassé par le Guépéou.

Les Zemmour aiment les faux débats, parce que c'est l'occasion de réduire les gens qui trouvent que les Zemmour disent des conneries à des incultes, des hypocrites ou des enfants immatures.

Les Zemmour aiment se poser comme ceux qui voient plus loin, mieux, plus large. Ceux qui pensent outside the box. Ce sont des visionnaires-nés.

Comme le Troll Internet, les Zemmour sont des animaux domestiques. Ils croissent parce qu'on les nourrit. Ils ne peuvent pas se nourrir seuls.
La raison de nourrir un Zemmour, c'est par exemple son amour du faux débat.
Les Zemmour vont racler dans les marécages putrides de l'inconscient collectif, non pas pour le purger, mais pour inviter tout le monde à se vautrer dedans, "décomplexé".

Les Zemmour habitent les pensées malsaines des sociétés qui ont la fièvre.

Le faux débat permet de détourner l'attention du vrai débat. Les Zemmour ont une capacité innée à faire diversion. Quel que soit le sujet, ils parviendront à le détourner pour revenir sur leurs marottes.

Les Zemmour ne sont pas des gens avec qui il est dangereux de débattre. Ce sont des gens avec qui il est sans intérêt de débattre. Ils enfilent énormités sur énormités, avec une agressivité qui ne sert souvent qu'à masquer la confusion de leur discours. Les Zemmour ont déjà leurs conclusions toutes faites, et tout ce qu'ils diront ne servira qu'à définir ou redéfinir constamment le débat dans les termes qui leur permettent d'arriver aux conclusions qu'ils soutiennent, et qui ne sont rien d'autres que des pétitions de principe - par ailleurs assez moches, au strict point de vue humain.

Si les Zemmour sont si forts dans les faux débats, c'est que les Zemmour ne disent jamais ce qu'ils pensent. Ils le sous-entendent. Le Zemmour laisse ses interlocuteurs s'empêtrer dans ce qu'il a sous-entendu mais qu'il n'a jamais dit -
tout en les regardant de l'air patient du Zemmour au-dessus de la mêlée, en avance sur son temps.

Quand les Zemmour sortent de leur terrier
, ce n'est pas pour dire des choses ou apporter une contribution concrète. Ils sont avant tout les commensaux d'une bête qui ne veut pas être vue.

Les Zemmour sont là pour faire semblant de débattre d'un problème qui n'existe pas, pendant que les vrais problèmes ne sont pas résolus par des gens qui ne veulent surtout pas en débattre.

C'est pourquoi le temps des Zemmour est le temps du silence, des télévisions qu'on éteint avec lassitude et des chats qu'on fait ronronner sur les canapés.

C'est le temps de se dire : Ok. What, now ?

Publié dans Bananience

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Le Graphopathe 02/12/2008 18:19

Et si je ne m'abuse, il commet aussi des choses chez les éditeurs.
La façon même dont il en parle m'a d'ailleurs ôté toute envie de prendre connaissance du quatrième de couverture.
Mais là n'était pas la question. J'aime qu'on me conforte dans l'idée que ne pas avoir la télé me donne presque un avantage évolutif sur mes contemporains.

Tom 05/12/2008 08:26



Ah, la télévision... vecteur de culture, ou instrument de torture ?