Les gauchistes sont nuls

Publié le par Jerry

Les gauchistes, c'est pas des gens bien raisonnables. Non, vraiment, Pierre Manent a bien raison de dire que le seul système politique vraiment cohérent à l'heure actuelle, c'est le libéralisme.

Non parce que c'est pas pour dire, mais les gauchistes, question cohérence, c'est de la gnognotte. Tiens, par exemple. Les gauchiste, ils sont contre la spéculation boursière. On est d'accord, ils sont contre ? Bon, ben ils sont aussi contre la pollution de l'environnement. Oui, tous. Vérifiez. Et ça, faut le dire, être à la fois contre la spéculation et contre la pollution, c'est pas cohérent. Du tout.

Mais si, regardez : la spéculation financière, qu'est-ce que que c'est? C'est l'art de créer plus de richesses avec moins de matériel. Votre action qui représente une part, disons, dans une usine qui fabrique du jambon sans phosphates, elle peut valoir tant, et puis tout d'un coup elle peut valoir dix fois plus, sans que l'usine ait pour autant fabriqué plus de jambon ou moins de phosphates. C'est la magie de la spéculation. Donc, évidemment, si vous suivez bien, la spéculation protège l'environnement : si on peut, en se débrouillant bien, gagner dix fois plus en produisant pas plus, du coup on a moins besoin de produire, donc on pollue moins. CQFD. Entrer en bourse, y'a pas mieux pour protéger la nature. Et la haute finance, c'est la vraie décroissance.

Alors bien sûr, vous allez me dire, parfois, si les actions montent, c'est qu'elles se réjouissent d'une déréglementation du taux de rejet de polypropylène expansé dans la fabrication du jambon sans phosphates. Ainsi la bourse se gargariserait de décisions pas vraiment bonnes pour l'environnement. Voire même, elle ferait son beurre de politiques ni très propres, ni très morales, ni, au fond, vraiment gentilles.

Vous allez me dire aussi qu'en fait, la spéculation ne fait quand même pas baisser la production, parce que si on peut gagner dix fois plus en produisant pareil, alors pourquoi pas gagner vingt fois plus en produisant le double ? Genre, comme si les actionnaires étaient des gens gourmands.

Mais ça, pardonnez-moi, c'est des raisonnements de gauchistes, pas bien cohérents ni bien informés. Parce que si on regarde les choses au fond, tout le problème, le vrai problème, c'est qu'il n'y a pas encore assez de spéculation. Il faudrait plus de spéculation. Ou plutôt, mieux de spéculation. Une spéculation qui soit encore plus de la spéculation.

Tout ce qu'on lui reproche, finalement, à la spéculation, c'est d'être quand même un peu en partie liée avec le monde matériel. Que certaines (mauvaises) décisions dans le monde matériel soient prises pour des raisons de spéculation boursière, ou que, réciproquement, les jeux de la bourse aient des répercussions (fâcheuses) sur l'environnement ou les travailleurs.

Alors que la spéculation, son but, son essence, sa définition, on l'a vu plus haut : c'est faire plus de richesse avec pas plus de biens matériels. Par conséquent, son but ultime, son essence la plus digne, sa définition la plus haute, ne serait-ce pas de créer plus de richesse à partir de rien du tout ? Oui, en réclamant toujours plus de profits, actionnaires et boursiers s'acheminent en fait vers la spéculation parfaite : celle qui se fondera sur rien. Coter le néant en bourse, et en tirer profit, là est la mission la plus noble du spéculateur de génie.

Si spéculer, c'est gagner plus de sous avec autant de biens matériels, alors super-spéculer, ce serait gagner plus de sous avec pas de biens matériels du tout. Supprimer complètement les "choses" sur lesquelles se fonde la spéculation, puisque de toutes façons, ces "choses", la bourse leur donne la valeur qu'elle veut. Supprimer les choses, ou en tous cas, les laisser en-dehors de tout ça. Et faire sa spéculation, du coup, tranquille dans son coin. Non, croyez-moi, la destinée ultime de la haute finance, c'est de se séparer à jamais de la réalité concrète, de devenir, finalement, purement spéculative, rejoindre le monde des idées dont on l'a à tort expulsée, se mouvoir enfin dans un paradis idéel de chiffres et de signes parfaits, lumineusement intellectuels, merveilleusement abstraits, et ainsi ne plus jamais toucher à quoi que ce soit de notre quotidien.

Oh, oui, que la finance devienne ce qu'elle devrait être : angélique. Et la réalité bassement matérielle, on se la garde.

Boursiers de tous les pays, unissez-vous pour une spéculation vraiment spéculative !

Publié dans Bananience

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Tony 26/09/2008 23:49

La spéculation est une activité humaine consistant à imaginer, à anticiper les réactions et activités d'autrui, comme si nous étions à sa place, et à porter un regard sur notre propre activité, comme si nous étions un autre. C'est donc la mise en miroir (speculus).

Presque toutes les activités humaines sont spéculatives :

* la décision d'entreprendre certaines études (parce qu'on en espère pour le reste de sa vie une satisfaction ou un revenu),
* la décision de produire (parce qu'on espère pouvoir vendre),
* la décision de stocker (parce qu'on pense qu'on aura plus de mal à se procurer le bien),
* celle d'acquérir un actif financier ou immobilier dont on craint (ou espère) qu'il vaudra plus cher plus tard,
* le choix d'une tenue pour un rendez-vous important (parce qu'on en espère certaines réactions),
* le choix d'un argumentaire (parce qu'on espère toucher l'auditoire),
* la réflexion (spéculation intellectuelle, pensée spéculative),
* etc.

D'après divers auteurs comme Richard Dawkins, Geoffrey Miller, Ian Stewart et Jack Cohen, la possibilité d'arriver à se mettre à la place d'autrui était vitale pour survivre et se reproduire dans les temps préhistoriques, et auraient survécu le mieux et laissé une descendance nombreuse ceux qui y parvenaient le plus correctement.

(Wikipédia)

Eh oui, Jerry : vous descendez d'une longue lignée de spéculateurs !
Vos critiques les auraient sans doute beaucoup déçus

Cyrius 05/09/2008 10:26

... serait ce alors qu'on nous prend pour des jambons ?

Coter le néant, on ne peut pas nier que ça a un côté fichtrement poétique.

Gauchiste charcutière qui vous remercie pour ce message.

Jerry 07/09/2008 17:39


Ouaip, on nous prend pour des jambons.
Raison de plus pour manger du tofu bio et des graines de quinoa du commerce équitable.


Martin 04/09/2008 23:59

Oh, mais la spéculation spécule déjà sur des choses non matérielles : elle spécule sur la montée du prix d'une valeur mobilière. Le prix est indiqué dans une monnaie, dont la valeur elle-même varie par rapport à d'autres monnaies. La valeur mobilière en elle-même représente une part de l'entreprise, et non une brique que l'on peut palper de celle-ci.

Pire, certaines entreprises côtées en bourse ne produisent aucun produit, mais uniquement des services ! Par exemple, une plateforme de blogs telle qu'Over Blog ne produit pas de produit. Or, 35 % des parts de l'entreprise qui publie ce service appartiennent à TF1, une entreprise cotée en bourse qui vend, comme chacun le sait, du temps de cerveau de ses téléspectateurs à Coca Cola. Heureusement, aucun gauchistes n'aurait l'idée d'y venir ouvrir un blog ! :-P
Sur quoi les spéculateurs achetant des actions de TF1 spéculent-ils ? Sur l'idée que TF1 saura toucher plus de cerveaux, plus longtemps, et si ce n'est pas à la télévision, qui perd des clients annonceurs, sur le web, qui, lui, en gagne. Par ailleurs, on spécule aussi sur le prix de vente des espaces publicitaires. Ceux de la télévision sont en baisse, ceux de la presse écrite se cassent la figure, ceux du web augmentent.

Oh, mais tiens, un moteur de recherche tel que Google, il vend des clics. Des clics ! Google vend des clics aux annonceurs, des centaines, des milliers de milliards de clics chaque année. Ca en fait, du vend, tous ces clics mis bout à bout ! Toutes ces souris sous pression constante, permanente, sur lesquelles on tape du doigt ! Et là, si des spéculateurs n'avaient pas mis, vers 1997-98 dans l'espoir qu'un jour, on sache que faire de Google, entreprise lancée alors sans aucun modèle économique, il n'y aurait pas de clics à vendre, depuis 2001, date à laquelle Google a commencé à vendre des clics aux enchères (spéculer sur le prix d'achat des clics des restaurants concurrents, voilà comment fait un restaurant parisien pour gagner des places dans les résultats sponsorisés de Google sur la requête "restaurant paris" de ses visiteurs). Bon, s'il n'y avait pas eu Google, cela aurait été go.to, racheté et devenu plus tard Yahoo! Search Marketing, à qui Google a piqué le principe des clics vendus aux enchères, mais beaucoup plus largement démocratisé.

Bref, grâce aux spéculateurs de première heure de Californie qui ont cru dans une entreprise sans modèle économique aucun, ce week-end, les tables d'un restaurant parisien seront toutes réservées.

Et les gauchistes ? Ils ont le droit d'aller manifester dans la rue. Oh, mais ce ne sont pas les gauchistes, au parlement européen, qui ont voté contre une étude sur la faisabilité de la mise en place de la taxe Tobin ? Mince alors ! Sont-ils vraiment si cohérents que cela, ces gauchistes de l'ex-LCR ?

Jerry 07/09/2008 17:38


Tiens, tu me donnes encore plus de raisons d'aimer le web 2.0, sais-tu... TF1 actionnaire d'OB, c'est la rédemption des marchands de cerveau...
Cela dit, tu me donnes une autre idée d'article, qui ne va pas non plus te plaire ;-)