Mimic

Publié le par Tom

Dans Jarhead, l'un des protagonistes s'écrie, alors qu'un hélicoptère diffuse les Doors au coeur du désert irakien : "Fuck ! That's Vietnam music ! Can't we get our own music ?"

Alors à toi, mon ami qui a écrit cette réplique et qui peut-être pensait fugitivement derrière ton script ce que je pense ici, je te dédie cet article. Et à toi, personnage factice, voix anonyme prenant à son compte l'exaspération sans aucun doute réelle d'un GI inconnu et peut-être mort depuis ce temps, je vais te répondre.

Alors pourquoi fuck, ne peux-tu avoir ta propre musique, désenchanté Marines de la 1ère guerre du Golfe ?

Pourquoi ne peux-tu avoir ton son ?

Lorsque vous associez un moment particulièrement riche en émotion avec une musique qui passe à ce moment-là ou qui est la musique qui vous accompagne préférentiellement à cette saison de la vie - mais si... la chanson qu'on fait tourner deux cent fois en une semaine, et qu'on oubliera d'un coup... - vous vivez le moment, et la musique vient l'épouser. Plus tard, la musique joue le rôle de petite madeleine de Proust, c'est-à-dire le rappel symbolique de l'émotion, détachée du moment qui lui a donné naissance.
Ceci est un processus naturel.

Si, lorsque vous vivez un moment, vous cherchez la musique à lui associer, c'est que vous ne vivez pas de moment. Vous êtes en train de chercher quelque chose qui compense l'absence de moment, d'essayer de masquer un vide actuel en lui associant le symbole d'une émotion. Vous cherchez le symbole, précisément parce que l'émotion n'est pas là.
Ceci est un processus artificiel.

Si vous cherchez la musique sans avoir le moment, c'est parce que le moment est pourri. Quotidien. Banal à pleurer. Sans émotion.
Vous espérez que la musique créera quelque chose. Man, you're doin'it wrong. C'est quelque chose qui crée la musique.

Alors, mon vieux Marines... dépossédé de ton émotion par l'émotion de ton père...

La musique du Vietnam alors que tu creuses au fond du Koweit pour défendre des puits de pétrole...

C'est ton son. Ecoute-le plus attentivement. C'est comme dans le jazz.

Tout est dans le contre-temps.

Publié dans Le réel monde réel

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