Discrimination capillaire

Publié le par Jerry

  Non, ce ne sera pas un article sur l'odieuse discrimination dont sont victimes les blondes en entreprise, ni sur l'infâme censure qui frappe les porteurs de dreadlocks lors des entretiens d'embauche.

    Parce qu'il y a des métiers, oui, qui sont victimes de discriminations hors cadre professionnel, et pas seulement dans le cadre de la recherche d'appartement.

    Par exemple, l'autre jour, chez le coiffeur. La coiffeuse, mignonne et gentille comme tout, avait une coiffure très chouette, juste d'assez bon goût pour être portable et juste d'assez mauvais goût pour être glamour. En plus, elle était  frisée naturellement, j'avais donc plutôt tendance à lui faire confiance, pour une fois, pour comprendre le fonctionnement de ma moutonnante tignasse. Et pour couronner le tout, il y avait, dans la vitrine, la photo d'une jeune femme qui faisait "grrr" d'un air ultra-sexy à travers les mèches d'une coupe qui ressemblait à peu près exactement à ce que je voulais, donc je me suis dit, ça va pas être trop difficile d'expliquer.

    Et faut dire qu'au début, ça commençait plutôt bien. Elle faisait un joli dégradé, à la bonne longueur, je regardais, fascinée, le mouvement des ciseaux, les cheveux tombaient les uns après les autres sans résistance, y'en avait partout, c'était la fête.

    Sauf qu'on avait dû lui apprendre qu'il fallait parler avec les gens qu'on coiffe, et là, ce fut le drame. Parce qu'elle m'a demandé ce que je faisais dans la vie. Et je sais pas pourquoi, à partir du moment où j'ai eu dit que j'étais prof, tout a commencé à partir en bigoudis, et je me suis finalement retrouvée avec une sale coupe 80's qui moumoutait toute plate sur la nuque et faisait comme des rouflaquettes sur les côtés. Comme si spontanément, ses ciseaux s'étaient adaptés à l'idée qu'elle se faisait de la fonction. Elle m'avait fait, la gentille, une coiffure de prof. La catastrophe. Je ressemblais à un artichaut. Un artichaut mignon, certes, mais quand même, un artichaut.

    La seule solution pour me faire pardonner cette tête, à la rigueur, c'était de prendre un air de petite chose kawaï, et c'est pas trop tenable sur le long terme.

    Mais berdoule, on a donc pas le droit d'être prof ET glamour? Prof ET sexy? voire même, prof ET normale? Non, quand vous êtes prof, vous êtes condamnée à vous habiller à la CAMIF et à porter des coupes d'instit au bord de la retraite. Mais enfin, je m'habille même pas à la CAMIF!

    Donc voilà.

    La prochaine fois, j'ai pas envie de ressembler à un artichaut mignon en sortant de chez une coiffeuse bien intentionnée.

    La prochaine fois, j'ai pas envie de passer deux heures à me recouper les cheveux prise en sandwich entre deux glaces en chantant "Nex York, New York" pour me donner du coeur à l'ouvrage, ni choper un torticoli et des courbatures aux bras pour un résultat sexy et glamour, certes, mais approximatif.

    La prochaine fois, je mens sur mon métier. La prochaine fois, je veux un métier qui en jette. Je sais pas, danseuse au Crazy Horse, ou dans la com', ou avocate fiscaliste, faudra que je me renseigne sur ce que c'est, le top du glamour, pour ma coiffeuse. Tiens, je vais lui demander ce qu'elle fait, dans la vie, la dame en photo dans la vitrine.
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Cactus Acide & Beurre Fondu 15/01/2008 16:36

Il fallait demander à Bricodidier, des cheveux ça peut pas tomber en panne.

Jerry 17/01/2008 00:28

Ho, t'es fou, je veux pas me retrouver avec des cheveux en dentelle de Calais.