Ougai, chasseur de logement au jurassique inférieur

Publié le par Tom

    Aube.
    Ougai est tapi dans les ajoncs. Son rythme cardiaque est descendu à moins de quarante battements à la minute. Immobile, inodore, indétectable. Les yeux de Ougai ne sont qu'une fente. Sa respiration, un bruissement de feuilles. Il attend depuis plusieurs heures déjà, sans avoir bougé d'un centimètre. Mais d'ici quelques instants, son attente va être récompensée. En effet, quelque chose a bougé. Là, pas loin, dans les fourrés.
    Sur le marécage, le silence se tait, dans l'attente du drame imminent.
    Vif comme le gzour-gzour moucheté, Ougai bondit, sa main fend l'air, frappe et tue selon un rituel ancestral. La lutte est brève. Le PAP se débat, mais rapidement, la reliure brisée par la prise impitoyable de Ougai, il s'effondre. Ougai l'accompagne dans la mort en dispersant autour de lui de la fumée d'encens. Il chantonne quelques mots de dialecte immobilier. Puis il saisit la carcasse et la ramène à sa grotte, où il la suspendra par les pieds.

    Les signaux de fumée envoyés ce matin par le sorcier Pointcom sont clairs : aujourd'hui, c'est pas bézef. Deux appartements en troisième semaine d'annonce. Ougai les connaît, il les a déjà pistés la semaine précédente : ce sont des logements malades, abandonnés par le troupeau. Ils constituent des cibles faciles qu'il vaut mieux laisser aux jeunes chasseurs encore inexpérimentés. Ougai ne bouge que pour le gros gibier. Ougai lève ses narines, hume profondément. Il tente de saisir les molécules d'odeur les plus fines, les plus lointaines... Mais en vain. Le vent n'apporte l'odeur d'aucun nouveau logement sur son territoire.

    Ougai sort son grand couteau, et, avec la précision d'un geste mainte et mainte fois répété, il éventre le PAP. Il le laisse se vider de ses cahiers spéciaux et de sa rubrique vente. Ougai ne mange pas le PAP. Ougai prélève seulement les locations parmi les abats et les étudie attentivement.

  Les entrailles du PAP parlent de maisons, lointaines et inaccessibles, à des prix défiant toute concurrence. Ougai les écarte sans hésiter : il ne chasse pas hors de son aire.

    Deux logements l'intriguent. Ils devraient se trouver à deux petites heures de branche-à-branche pour le plus éloigné. Ougai décide d'aller voir. Au sortir de la clairière, il s'aperçoit que pour le premier, l'information était fausse. L'annonce indiquait trois pièces, il n'y en a qu'une. Quelques étudiants des villes tournent déjà autour, lançant des regards effrayés vers le redoutable chasseur velu. De colère d'avoir été trompé, Ougai pousse un long cri sauvage qui les fait détaler.
    Mais déjà Ougai est reparti, et le silence redescend sur ses épaules comme un manteau de chez Kenneth Cole, en moins cher.

    Le second logement est en vue. Tapi dans les broussailles, Ougai jette un coup d'oeil d'ensemble. Le logement broute tranquillement les garanties qui fleurissent à ses pieds. Il est gros, en bonne santé. Il est seul. Il est de taille adulte, mais encore très jeune, il ne sait sans doute pas très bien se défendre.

    Ougai n'hésite pas une seule seconde. Il s'élance à travers la prairie, courant vivement mais discrètement, prenant garde à rester constamment dans l'angle mort du logement.
    Mais les choses ne tournent pas comme prévu.

    Là-bas, sur la droite, encore assez loin mais se déplaçant avec une vitesse surprenante pour sa petite taille, quelque chose vient de sortir du bois. Ougai continue de courir vers le logement, mais cette chose bizarre qui court vers lui à travers la prairie le déconcentre. Rapidement, Ougai comprend que la créature se déplace à une vitesse et suivant une trajectoire telles qu'elle se trouvera immanquablement sur sa route, d'ici quelques instants.

    Ce n'est que lorsqu'elle n'est plus qu'à une dizaine de mètre que Ougai l'identifie. Dans un frisson d'horreur du plus pur jurassique inférieur, il bande ses muscles et se prépare à l'inévitable affrontement.

    Car la créature n'est autre que son principal ennemi, son concurrent darwinien sur la niche écologique. L'agent immobilier des sous-bois. Une créature sournoise et dentue.

    Le combat s'engage dès le contact, dans l'indifférence du logement... C'est un drame de la nature qui se joue sous nos yeux terrifiés... Ougai aura-t-il le dessus ?

    Ougai a à peine le temps de sortir ses feuilles de salaire, que l'agent immobilier se lance à sa tête, tous crocs dehors. Seul un CDI pourrait le protéger, mais il n'en a pas - dans le choc, Ougai perd toutes ses feuilles. Il roule à terre - rotationne du bassin, plonge, se redresse.
    Il lance, avec l'agilité d'un animal qui se bat pour sa survie, des contrats et des engagements de mission qui touchent l'agent immobilier. Mais les blessures sont superficielles, les attestations manquent le coeur, et en quelques secondes, Ougai a déjà perdu beaucoup de terrain. Repoussé vers la forêt, ses chances d'emporter le logement s'amenuisent d'instant en instant.
    Dans une dernière tentative, il abat sur l'agent immobilier la photo dédicacée de son dernier employeur. Le coup porte brutalement, et l'agent vacille. Ougai se jette sur lui, cherche à le maîtriser. Mais un autre vient à sa rescousse à travers la prairie. Ougai, blessé, doit battre en retraite au plus vite. Le second agent immobilier s'arrête auprès de son congénère, le renifle, puis parade quelques instants, afin d'assumer la propriété du territoire pour sa meute, qui le suit d'une centaine de mètres.

    Vaincu, Ougai doit abandonner.

    Là-bas, le logement continue de paître des références, indifférent ou inconscient de la terrible bataille qui vient de se livrer pour lui.

    Pour Ougai, chasseur du jurassique inférieur, c'est une journée de merde.
 

Publié dans Rien sur l'immobilier

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nashou 02/12/2009 15:56


belle article,plaisant à lire !!

Cela me rappelle l'époque où je lisais mes rahans durant mes gouter fait de tartines grillérecouvert de beurre fondu et de chacolat froid !!

Miam miam


Hobbes sans Calvin 03/09/2007 19:48

J'ai toujours su que le Grand Tout était contenu dans les reportages animaliers.
Quel talent, cher Tom : pour un peu je comparerais l'émotion que j'ai ressenti en vous lisant à celle que procure mes toiles. Mais je ne voudrais pas que vous me croyiez servilement mielleux à votre égard, camarade artiste !
Je profite toutefois de l'occasion pour vous poser une question qui me turlupine : votre comparse Jerry serait-elle une souris... blonde ?

Tom 04/09/2007 01:31


Je ne peux laisser l'immortel créateur de "Guerrier Masai contre panthères noires dans une mine de charbon" dans un tel turlupinement.

Voici la photo qui résoudra tout :
http://www.kamikazcomics.com/shop/images/SourisJerry.jpg


wysiwyg 02/09/2007 10:38

Je voulais aussi écrire deux pages de commentaires intéressés sur l'immobilier (cf les deux logorrhées précédentes) et puis finalement puisque l'essentiel ;-) est dit, je me contenterai d'applaudir la maestria avec laquelle Tom nous emporte dans ces âges farouches où la recherche d'appartement était une quête initiatique à laquelle peu survivaient. Mais du coup je n'ai crainte pour l'obtention de la "niche écologique" car Ougai est un spécimen dont les reproductrices potentielles doivent s'arracher les faveurs. Il atteindra l'âge du CDI et sa progéniture se lancera tous crocs dehors...dans l'immobilier.

Tom 04/09/2007 01:26


Ougai est une belle bête, je confirme, parfaitement équipée pour le jurassique inférieur. Néanmoins, pour nos habitudes modernes, l'insuffisance de développement de
son cortex préfrontal peut poser quelques problèmes relationnels.


référencement immobilier 01/09/2007 21:14

J'y pense : vous recherchez un appartement à LOUER. Or, en ouvrant vos prospections à l'ACHAT, cela vous permettrait peut-être d'avoir des nouvelles perspectives ?

Alors certes, l'achat fait peur du fait de son engagement. De plus, on pense à tous les ennuis que l'on peut avoir pour revendre l'appartement ou la maison lorsqu'on le quitte et que l'on se sent obligé de revendre. Mais... pourquoi donc VENDRE ? Certains considèrent par ailleurs que l'on ne peut acheter un logement lorsqu'on n'a pas d'argent, lorsqu'on se sent "pauvre", alors que l'on considère que l'on peut louer le même appartement. Or, l'acheter coûte moins cher que de le louer, crédit y compris, sauf fluctuations du marché, bien entendu.

Une manière de considérer l'achat d'un logement peut-être de le voir comme un investissement ou une épargne. En achetant de l'argent à un taux de 5 % par an (assurance comprise, compte tenu du marché de l'emprunt bancaire, vous devriez pouvoir trouver un crédit en dessous de ce taux pour un endettement sur 20 à 25 ans), on peut tout à fait envisager un tel investissement qui rapporte, en location, un montant équivalent. C'est sur la fluctuation du marché, compte tenu des tarifs parisiens rendant la location non rentable en soi, que les investisseurs professionnels ou semi-professionnels comptent. Mais dans une situation où tout ce que l'on veut, c'est de trouver un toit au dessus de la tête et d'y être tranquille, l'achat peut être tout à fait justifié malgré un rendement nul ou quasiment nul. Cela étant, alors que les locataires (ces salauds de pauvres ?) n'ont aucun avantage fiscal, les acheteurs, eux (ces salauds de riches ?), ont de nombreux avantages et abattements fiscaux, et cela d'autant plus qu'ils payent d'impôts, rendant l'acquisition plus intéressante.

Et si jamais le couple se sépare ou bien s'il décide de déménager ailleurs ? Cela n'empêche pas pour autant de louer l'appartement, ou bien encore de le vendre, enfin tant que le couple de propriétaires s'entend correctement.

Une manière de "virtualiser" cet investissement, voire de faire entrer d'autres contributeurs dans cette affaire, répartissant ainsi les frais et réduisant les risques financiers de chacun, n'est pas d'acheter en nom propre, mais de constituer une Société Civile Immobilière (SCI). Ainsi, les associés de la SCI constituent un capital (quitte à ce que son origine soit un emprunt bancaire, la banque étudie ce type d'emprunt d'investissement dans sa globalité, ne s'arrêtant pas à un simple CDD pour accorder ou refuser un prêt, dans le cas contraire, il faut démarcher une autre banque qui a davantage l'habitude de travailler avec des sociétés en général et avec les SCI en particulier), et avec ce capital, la SCI devient propriétaire du logement. Eventuellement, il peut être négocié avec la banque que le capital apporté par les associés ne couvre pas l'achat initial, mais juste une partie. Le reste peut être couvert, suite à une étude approfondie de la rentabilité de la SCI, par un emprunt de la SCI à la banque. La banque exigera cependant sans nul doute aux associés de garantir l'emprunt en leur nom propre en cas de défaillance (peu probable ?) de la SCI. Ce montage financier a l'avantage d'éviter une éventuelle situation de surendettement purement apparent des associés.

Dans cette situation, vous deux, vos parents, vos amis et j'en passe peuvent devenir associés de la SCI et voir cela comme un investissement qui rapporte d'une part via l'encaissement d'un loyer (qui alors doit respecter les standards du marché, gare aux abus que l'on pourrait faire vis-à-vis des autres associés), et qui soit aussi un investissement spéculatif dans l'espoir d'une plus value lors d'une hypothétique vente. Pour ce qui est de la gestion d'une SCI, elle nécessite certainement un temps non nul. Néanmoins, on peut faire sous-traiter l'essentiel de ce travail de gestion à une agence immobilière, une régie immobilière ou tout autre organisme ou individu spécialisé qui le feront contre rémunération. La souscription d'une assurance locative permettant de rémunérer le propriétaire (la SCI) en cas de logement vide (généralement, au-delà de trois mois d'inoccupation), permet de réduire les risques financiers, même si cela a un coût non négligeable (qui reste à évaluer).

Bref, l'achat d'un logement au travers de la constitution d'une SCI avec un capital réparti entre plusieurs associés peut être une solution qui peut certes paraître complexe au premier abord, mais qui peut aussi devenir une solution tout à fait viable et rentable à terme.

Tom 04/09/2007 01:23


Ougai, pas SCI. Une fois SCI fâchée, elle manger amis Ougai. Ougai, pas SCI.


référencement immobilier 01/09/2007 20:45

En l'absence de CDI en particulier, il existe diverses astuces pour séduire l'agent immobilier qui défend les pauvres logements inoccupés, et lui extirper ainsi le bien qu'il défend griffes et ongles : la caution.

La caution des parents est toujours la bienvenue, surtout lorsque, pour un couple, chaque couple de parents se porte caution. Cette caution peut être limitée à un montant particulier, par exemple la moitié du montant du loyer, ainsi que limitée dans le temps, par exemple la durée habituelle du bail, à savoir trois ans.

Notons aussi qu'outre les parents, des amis peuvent eux aussi se porter caution. Attention cependant : je ne parle pas de caution morale, qui, en réalité, ne permet pas de bluffer l'agent immobilier, et encore moins le propriétaire qui doit assurer la rentabilité de son bien. J'entends une caution solidiare, même si elle peut être limitée dans le montant et dans le temps, de sorte que le propriétaire puisse réclamer le loyer, tout ou partie, au cautionnaire sans avoir au préalable besoin de poursuivre le locataire indélicat devant les tribunaux pour le déposséder de ses autres biens.

Si le locataire est un couple non pacsé et non marié, chaque co-locataire peut devenir caution de l'autre.

Evidemment, il faut que la caution présente elle-même des gages de sérieux : le propriétaire n'a pas envie de perdre son temps à étudier trente-six cautions fantaisistes, de RMIstes ou autres pauvres en tous genres. Penser aux hauts fonctionnaires (et on n'hésitera pas à expliquer au propriétaire que dans cette situation, le cautionnaire ne peut se permettre un scandale et paiera sans boncher), ou bien encore mieux, à des cadres dirrigeants de grosses sociétés (qui eux aussi voudront éviter tout scandale). A défaut, on se rabattra sur des amis plus faciles à approcher : les "propriétaires" de fiches de payes récentes avec une magnifique mention "CDI" en entête, et dont le salaire excédera quatre fois le montant du loyer qu'ils devront cautionner.

Tom 04/09/2007 01:22


Oui... Il y a plus d'une façon d'apporter des garanties réelles et solides, lorsque l'on veut louer un logement. Le problème, c'est ce blocage de pas mal d'agences
comme de particuliers stressés - pour autre chose qu'un CDI. Parfois, c'est un peu blessant.