Choups - pas choups

Publié le par Jerry

    L'ennui, quand on visite des appartements à Paris, c'est qu'on rencontre des gens. Si, si.

    Non en fait, l'ennui, quand on visite des appartements, c'est qu'ils sont souvent très très pourris. Oh, vous allez dire, légende urbaine, fake, multi, vieille scie, rabajoie-la-moukère, tout ça tout ça, mais c'est vrai, ils sont souvent très très pourris, et il y a des raisons logiques à ça, savoir :
    - Que les appartements très pourris, on a pas envie de rester longtemps dedans, ils sont donc reloués plus souvent
    - Que les propriétaires n'ont pas vraiment intérêt à les dé-pourrifier, vu qu'ils trouveront preneur de toutes façons
    - Que le mode de vie parisien conduit, de toutes façons, la plupart des gens à négliger le fait qu'ils vivent dans un appartement pourri, parce que pour Paris, c'est vrai, il est déjà pas si mal.

    Mais donc, passé ces évidences, l'ennui, c'est quand même qu'on va rencontrer des gens, en visitant des appartement. Soit l'agent immobilier qui s'occupe des locations, soit le propriétaire, soit le locataire actuel, si l'appart est encore occupé.

    Donc, des gens qui en pensent plein de bien, de leur appartement. Les deux premiers parce qu'ils veulent vous le louer et qu'il serait désobligeant de commencer à dire ce que vous en pensez (ça pourrait même jouer en votre défaveur au moment de l'étude de votre dossier, presque autant, c'est dire, que d'être employé en CDD ou encore intermittent du spectacle). Mais bon, ça c'est pas vraiment un problème, parce que si vous en pensez vraiment tant de mal que ça, de l'appartement, vous avez vraisemblablement déjà plus très envie de le louer. Non, c'est juste que votre bonne éducation vous retient encore de dire merde à des gens qui veulent vous en louer une. Vous retient encore pour quelques temps. Peut-être plus pour très longtemps, mais enfin, jusqu'ici, elle vous retient.

    Le vrai problème, c'est le locataire actuel. Parce que lui, l'appartement pourri, il est dedans. Même qu'il a vaguement l'air de s'être rendu compte, vu qu'il veut en partir. Ou alors il veut en partir pour une tout autre raison. Enfin de toutes façons, là, il vit dedans, c'est son chez-lui, et il y est. S'il le trouve pourri, ce serait cruel de le lui rappeler. S'il a un lien sentimental profond avec ce lieu et qu'il est tout triste de devoir le quitter, ce serait insultant d'en dire du mal.

    Et pourtant, il faut se décider vite. D'ailleurs on a apporté un dossier de garanties de 136 pages, en six exemplaires, et on a intérêt à se grouiller pour savoir si on veut le déposer ou non, parce que les deux, là, qui sont entrés après nous, ils ont bien l'air de vouloir nous le souffler.

    D'où l'importance de pouvoir s'échanger les impressions qu'on a pendant une visite, et le plus discrètement possible.

    Tom et moi, on a trouvé la parade. On a un code.

    Si on trouve les choses chouettes, on emploie des mots comme "chouette", "joli", "mignon", "charmant", etc.

    Si on trouve pas chouette, on emploie "choupinet" ou un de ses dérivés, comme "choupi" et "choups". Comme ça, ça veut dire mignon, mais en fait, ça veut dire pas mignon du tout. L'avantage étant que "choups" peut éventuellement servir de surnom, donc on peut le placer à peu près n'importe comment dans une phrase.

    Oh, bon, d'accord, évidemment, personne n'est dupe, ça se voit très bien qu'on a qu'une envie, c'est de repasser la porte dans l'autre sens. Mais tout est une question de tact et de délicatesse.

    Par exemple, quand on a visité cet appartement à Montmartre, sis, selon l'annonce, dans une "maison Montmartroise" typique, en duplex, sur une ruelle piétonne très calme. Bin elle avait pas menti d'un pouce, l'annonce.
    La ruelle, elle était tellement calme que c'était l'endroit où tous les propriétaires de chiens du quartier venaient leur faire faire leurs besoins. Un vrai catalogue, avec échantillons de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Pour accéder à la porte, c'était un peu comme jouer à la marelle, en un peu moins drôle et un peu plus risqué.
    Elle était tellement piétonne, aussi, qu'on aurait vraiment pas pu y faire passer une auto, vu comme l'immeuble en face était proche des fenêtres. Faut dire, c'est pratique de pouvoir passer le sel à ses voisins sans avoir à sortir de chez soi. Bon c'est sûr, si une voiture ne pouvait pas y passer, la lumière du jour non plus, mais faut savoir ce qu'on veut.
    Et le duplex, il était tellement en rez-de chausée que c'était un demi sous-sol, en fait. Avec cet avantage que si l'on ne voyait pas la lumière du jour à travers les soupiraux, en revanche, on avait une vue imprenable sur les chiens qui venaient lever la patte directement dessus.
    La locataire qui était là, visiblement, elle était plutôt chlorophylle que zoophile. Elle nous regardait d'un oeil inquiet en nous demandant ce qu'on en pensait.
   
    On s'est regardés un quart de seconde, Tom et moi, et puis on s'est presque coupé la parole :
   
    "T'en penses quoi, toi, Choups?"

Publié dans Rien sur l'immobilier

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wysiwyg 01/09/2007 11:37

J'adore la locataire "chlorophylle" : elle doit sortir parfois c'est sûr car je ne suis pas certain que la synthèse chlorophyllienne soit envisageable dans cette crypte. En fait j'imagine un champignon verdatre avec des yeux qui tombent. Mais, à ce propos, avez-vous pensé à la myciculture ? Jerry partirait à l'aube avec ses petits paniers de champignons blancs pour aller les vendre sur la butte pendant que Tom retrouverait son instinct de chasseur en dégommant les clebs depuis les soupiraux rase-bitume protégeant ses myriades de petits globules sur fumier.

Jerry 01/09/2007 11:58


C'est vrai qu'elle était un peu verte. Je sais pas si c'était le manque de lumière ou la déception de voir que personne ne voulait le reprendre, son
appartement.


Cinn 01/09/2007 06:34

Quelle jolie idée ce code !

Et quelle merveilleuse entente symbiotique entre Tom et Jerry qui, une fois de plus, ne pensent et ne parlent que d'une seule voix... j'en ai la larme à l'oeil tellement que c'est beau !

Jerry 01/09/2007 11:56


C'est vrai, qu'est-ce qu'on est choupinet... Pardon, mignons!


Linowen 01/09/2007 00:19

C'est vraiment un truc de dingue de chercher un logement à Paris. Vous semblez au bord de la crise de nerfs!vous trouverez bien...je sais pas...un carton, une caravane..un appartement, eventuellement? courage! ;)

Jerry 01/09/2007 11:54


En fait, on envisage de demander à la SPA.


Matt 31/08/2007 20:27

bonne méthode à retenir :)

Jerry 01/09/2007 11:54


Ah ben oui, mais si tout le monde s'y met, ça va seulement changer le sens du mot "choups", et du coup le code ne sera plus secret du tout...


angie 31/08/2007 19:49

Merci pour cette tranche de rigolade... Ca me rappelle le sketch de Timsit sur l'appartement avec la kitchenette dans le placard, les toilettes pour se laver les cheveux... Enfin bref, je suis vos recherches au quotidien, ça met de la bonne humeur dans la journée, pas vos (més)aventures en soit, mais votre écriture et votre humour... Bravo à tous les deux, merci et euuh Courage :o)

Jerry 01/09/2007 11:53


En fait, c'est déloyal. Habiter Paris, c'est déjà tellement comique en soi qu'il n'y aurait même pas besoin de faire des sketches.
A se demander pourquoi tant de parisiens font la gueule, du coup ;-)