L'argent immobilier

Publié le par Tom

    Propriétaire, vous avez maîtrisé l'art de l'annonce, puis celui de la visite, et vous avez maintenant des candidats à la location. Vous voilà face à la grande et épineuse question : qui choisir, et comment ?

    Vous comprenez bien que c'est une affaire qui ne peut se régler au sentiment, à l'intuition, à la sensiblerie - toutes ces divagations propres à la gent féminine et aux tribus primitives.

    Non, ce qu'il vous faut, c'est de la rationalité, du calcul, de l'analyse. Seuls les faits doivent parler. Vous devez étudier chaque cas en profondeur, en utilisant un filtre rigoureux, une grille stricte et une calculatrice en état de marche. Nous allons vous guider tout au long de cette démarche, avec l'aide de notre équipe d'experts.

    Le premier critère, c'est la tête du client. Sa forme doit être légérement ovoïdale. Les poils doivent être bien coupés, et les cheveux entretenus courts. Ce qui est important, c'est qu'elle vous revienne. N'hésitez à à faire l'expérience. Saisissez-la par les cheveux et lancez-la d'un bras ferme. Si elle s'enfuit sans demander son reste, refermez immédiatement le dossier et passez au candidat suivant.

    Le second critère, c'est le dossier. Est-il contenu dans une couverture cartonnée, dans une pochette transparente, dans une chemise plastifiée ? De quelle couleur ? Combien y a-t-il de  feuilles ? La marge à gauche est-elle assez large ? Ce sont là les questions essentielles sur lesquelles il vous faudra vous pencher au cours de cette deuxième étape.
    L'existence d'un contenant pour le dossier est vitale. Un dossier sans contenant est le signe d'une personne négligente et ne pourra donc pas retenir votre attention. Mais la nature du contenant est source d'indices précieux quant au candidat. Une couleur vive, par exemple un cartonnage rose ou bien jaune, indique une personnalité certes chatoyante et qui saura mettre en valeur son intérieur - mais qui aura sans doute bien des problèmes à gérer ses comptes correctement. C'est une personne qui se dira facilement, devant un joli vêtement, une jolie chaussure, devant une distraction, comme une séance de cinéma : "oh tiens, ça me fait plaisir, et puis tant pis !". C'est une personne qui ne doit pas tenir son budget très sérieusement. Peut-être même a-t-elle des canards en plastique dans son bain.
    Non, une couverture noire, verte ou marron,sont les seules acceptables. Le blanc, parce qu'il est le symbole occidental de la pureté, doit vous inciter à la méfiance : il cache quelque chose, celui qui se vêt de probité candide, dit le poète, et souvenez-vous : qui veut faire l'ange fait la bête, disait le Général.

    Le troisième critère, c'est le nom. Vous savez bien. Les noms ne trompent pas. Lefranc est un nom honnête. Zermaoui ou Kachalow, non.
    En cas de doute, demandez les papiers d'identité, le numéro de sécurité sociale et envoyez-ça à la police sous n''importe quel chef de dénonciation anonyme. Si la personne est arrêtée par la police, c'est qu'elle le méritait et vous pouvez vous estimer heureux de ne pas lui avoir loué votre bien.

    Le quatrième critère, enfin, c'est la raison sociale de votre candidat. Votre candidat doit pouvoir payer le loyer. Vous avez acheté un bien immobilier avec vos sous, et ce faisant, vous êtes entré dans l'arène du capitalisme. Vous avez investi. Mais vous ne voulez pas prendre de risque pour autant. Un honnête père de famille ne prend pas de risque. Il réfléchit, il pèse, il raisonne. A celui qui sait se servir d'une calculette, la prudence est une seconde nature. Vous vous devez d'éradiquer le risque, et le risque, en location, c'est l'Impayé. Cette perspective vous est désagréable, mais vous devez y penser. Le locataire, sachez-le, y pense tout le temps. Il vit pour ça. Vous devez prendre vos précautions. Comme il n'est pas possible de le ligoter dans une cave pendant que vous reliez directement son compte bancaire au vôtre, il vous faut prendre des garanties.
    Il existe beaucoup de gens, dans cette société, qui vivent de façon différente de la vôtre. Ils n'ont pas eu la chance d'avoir la même éducation, les mêmes valeurs, ou le plus souvent ils sont tout simplement bêtes. Ils peuvent faire des choix d'existence qui parfois vous surprennent, ou peut-être même vous choquent, mais vous êtes tolérant et vous savez que la liberté des autres s'arrête là où commence la vôtre. Il est néanmoins évident que ces gens-là ne pourront signer un contrat avec vous. Imaginez : vous ne comprenez même pas ce qu'il font comme métier. Parfois, même, ils ont des idées totalement différentes de vous sur ce qu'est une bonne soirée, un bon moment, un bon repas. Non, ces gens-là, vous ne devez pas vous engager avec eux, il ne vous serait pas possible de vous entendre sur une affaire aussi personnelle qu'un bail locatif.
    Vous n'aurez donc qu'une seule exigence : le CDI. Il vous faut un CDI. Le salaire de ce CDI doit représenter trois fois le loyer, sinon le juge n'autorisera pas la saisie sur salaire. Alors un CDI, trois fois le loyer, et tout le reste, poubelle.

    L'Impayé, bordel. Vous ne devez pas laisser la moindre chance à cet enfoiré.

    Parce qu'en France, en 2002, les impayés de loyer représentaient quand même 1,29% des ménages locataires.

    Alors ne soyez pas laxiste.

Publié dans Rien sur l'immobilier

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Achimeo 29/08/2007 09:15

Un CDI, 3 fois le loyer et si le garant est fonctionnaire, c'est la fête assurée.

Tom 30/08/2007 00:06


La... la fête ? C'est un truc de locataire, ça.