Belle époque

Publié le par Jerry

    D'abord, c'était une rousse, et elle avait le charme typique de toutes celles de sa sorte. Oui, vous savez, ces maisons rousses, de la meulière, ça s'appelle, on en voit beaucoup en Ile-de-France. La meulière, c'est un genre de pierre du coin qui est très très jolie, ça ressemble un peu à une éponge bouffée par la rouille, mais en fait si ça a cette tête-là c'est parce que c'est de la pierre pourrie.

    Et donc c'était une maison en meulière typique des années 1900, avec de jolis émaux bleus sur la façade, sans vis-à-vis, dans un coin vraiment calme, avec jardin, grande cuisine, parquet, moulures, cheminées, tout ça tout ça. Et là, faut dire qu'elle avait vraiment la classe, cette maison.

    D'abord, en entrant, ce qu'on voyait, c'était cette superbe lumière qui passait à travers la porte du perron, éclairant un magnifique et spacieux couloir. Vraiment spacieux, le couloir. On aurait pu y loger, tiens, au moins une ou deux banquettes pour faire salle d'attente, si on avait voulu une salle d'attente. La lumière, elle venait par l'ancienne porte d'entrée, qui était plein sud, alors forcément, à travers les carreaux dépolis et le fer forgé, ça faisait une ambiance d'enfer. Mais enfin, dans le couloir.

    D'ailleurs il était particulièrement soigné, ce couloir. Faut dire, quand on a un grand couloir comme ça, on le bichonne: pas moins de cinq interrupteurs, dans tous les coins, et avec un va-et-viens pour pouvoir allumer et éteindre la lumière avec n'importe lequel des cinq, pas besoin de faire deux mètres de plus! ça alors, c'est bien pratique.

    Ensuite, bon, je ne peux pas passer sous silence la cuisine. Pareil: monumentale. J'hésite même à l'écrire tout en majuscules et avec des tirets, pour bien montrer comment elle était monumentale. Avec des carreaux d'époque, blancs et turquoise, aux murs, que c'était super luxueux, et une porte en vitrail jaune qui faisait une lumière formidable, là aussi. C'était frais et glamour à la fois, propre et vintage en même temps. Dans la cuisine, quoi.

    Et alors la pièce d'à côté, c'était un véritable feu d'artifice. Là, on voyait que la décoration avait été particulièrement soignée. C'était un délicat camaïeu de tons rouges, blancs et noirs, moquette au mur, radiateurs design, plafond noir en vinyle brillant comme un miroir. ça en jettait vraiment. C'est bien simple, on aurait pu tourner The Shining dans cette pièce. Jamais vu des toilettes aussi luxueuses.

    A côté, la salle de bains, avec ses doubles lavabos, douche pour deux, baignoire à bulles, faisait presque mesquine. Non vraiment. Les toilettes qui vous feraient regretter de ne pas habiter dans les toilettes.

    Parce que bon, c'est dommage que les deux chambres et le salon aient été aussi sombres, étroits et défraîchis, du coup.

    Alors on fait quoi? On retourne lire les petites annonces.

Publié dans Rien sur l'immobilier

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ralphy 14/08/2007 23:20

Tiens, je me souviens d'un appartement similaire, visité à une époque. Séjour magnifique, cuisine grandiose, enfin bon, je ne me souviens plus des toilettes ou de la salle de bains, mais plutôt de la terrasse sur laquelle on pouvait aisément manger l'été entre amis, voire même préparer un barbecue si les voisins étaient invités. Le hic ? C'étaient les chambres, en effet. Il y en avait trois là où deux auraient largement suffi. Un bureau long et étroit, et deux chambres minuscules, avec un vis-à-vis à quatre mètre en face. Suivant...

Jerry 15/08/2007 13:41

Le plus drôle, c'est que le monsieur a bien précisé que l'appartement était très flatteur en terme de représentation sociale: "si vous invitez votre boss, vous n'avez pas honte de lui faire monter le perron, là, hein!"Oui mais enfin si on loue un appart c'est pas pour habiter sur le perron...