Heaven on earth

Publié le par Tom

    L'annonce était super honnête. Ça se voyait rien qu'à sa tête, de toute façon. Elle dégageait une impression de franchise, de rectitude, de sincérité.

    Pour dire vrai, on lui aurait donné le bon dieu sans confession, à cette annonce, avec un bon loyer tous les mois pour qu'elle nous garde au chaud.
    "Le paradis sur Terre et pour pas cher", qu'elle disait grosso modo, l'annonce, pour résumer dans les grandes lignes.

    Pour vous situer, c'était près d'une rivière. Sur un petit bras tranquille, où pioupioutent les oiseaux. Pile en face d'une île, occupée pour moitié par un immense parc. La maison, elle était sur l'eau. Et entre la maison et l'eau, il y avait une barge. Je précise, parce que j'entends dans le fond qu'il y en a qui se posent la question. Et puis elle était "cachée de verdure". C'était marqué en toute lettres. Et tout ça pour pas cher, parce que le Paradis, ça se reconnaît à ce que ça coûte pas la peau des fesses.

    Au téléphone, la dame de la maison sur l'eau, elle demandait si ça serait pas trop pénible pour nous, le loyer. Un peu comme si elle se souciait de nous, plutôt que de son loyer. Non vraiment, le Paradis.

    Et puis elle a voulu nous prévenir d'un détail. Et alors après, ça a été un peu comme si, dans un grand concert à la salle Pleyel devant tous les présidents du monde, le plus célèbre pianiste de la galaxie, il s'apercevait au milieu du morceau qu'il avait oublié sa canette de coca dans le piano à queue.

    Le début du détail, c'était qu'il fallait attendre un peu pour visiter, et la suite du détail, c'était que le précédent locataire, il était rentré un soir où il avait un peu bu, et pis il était tombé à l'eau que la maison était dessus, et pis il s'était noyé. C'était un détail, évidemment, parce qu'au Paradis, on meurt pas vraiment - ah, ah, la vie, c'est fun comme un poisson rouge, dans ma maison sur l'eau. Enfin donc voilà, il fallait prévoir un petit délai pour tout ce qui concernait la visite, mais la dame nous rappelerait dans la semaine pour prendre rendez-vous, n'est-ce-pas.

    On sait pas pourquoi on a décidé d'aller y jeter un oeil en avance, histoire de s'assurer  que des "détails", il y en avait pas trop non plus.

    Et là, question détail, on a été gâtés. Il y en avait plein, des détails. Un peu comme si on était tombé sur un élevage. Et qu'au milieu de l'élevage, il y avait deux énormes détails, le papa et la maman de tous les détails.
    Le papa, c'était l'échangeur d'autoroute, qui centralisait un peu tout le trafic du coin et servait de sas entre Paris et la banlieue.
    Ça tombait mal, quelque part, vu que le Paradis, si genre on nous avait demandé quelle idée on s'en faisait, "Un peu le contraire d'un échangeur d'autoroute", qu'on aurait dit, au pif, comme ça, si on nous avait demandé de le définir pour voir.

    Alors après l'échangeur, c'est vrai que c'était joli. On aurait dit le sud, dans les Etats Unis, la Louisiane, Savannah, le Mississipi. Il faisait beau, les herbes sifflotaient le long de l'eau paresseuse, il manquait plus qu'un ou deux accord de blues pour que les saules se mettent à chanter des "Oh Lord, I'm so fucked up since my dog died".

    Mais d'un autre côté, il aurait fallu qu'il soit joué vachement fort, l'accord de blues, genre ambiance sono de Bercy, pour qu'il ait une chance d'être entendu. Parce que la voie sur berge Georges Pompidou, à trois mètres cinquante au-dessus du Paradis, elle était peut-être "cachée de verdure" mais alors elle faisait un ramdam d'enfer, et elle était pas cachée des narines non plus, question gaz d'échappement. Genre, même sourd, t'avais un indice nasal persistant pour suspecter que derrière le saule pleureur, y avait pas Babar et sa famille en train de faire cuire des beignets.

    La dame elle nous a pas rappelé, et pis nous non plus, en fait. Faut croire qu'elle était pas Saint-Pierre et qu'on est pas des anges.

Publié dans Rien sur l'immobilier

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nashou 02/12/2009 11:37


Vous rendez pas compte de la chance de trouver une réserve naturelle (un Bayou) au coeur d'un échangeur d'autoroute !!!

C'est comme la fleur de pissenlit qui essaye de survivre sur un trottoir !


ralphy 14/08/2007 23:28

Note, Tom, qu'avec la vue aérienne, voire parfois des photos des facades des immeubles que tu trouves sur PagesJaunes.fr, ou bien encore les photos aériennes de Google Maps, il n'est même pas utile de se déplacer pour repérer les coins de verdure cachés par les échangeurs d'autoroutes... ;-)

Tom 15/08/2007 20:06

Dis-moi, Ralphy... juste par curiosité... tu fais combien au test du geek ?...;-)