L'appartement de nos rêves

Publié le par Jerry

    Pour tout dire, Tom et moi, jusqu'ici, on ignorait qu'il y avait, aux portes mêmes de Paris, des banlieues aussi charmantes. Celle-ci semblait bénéficier d'une géographie particulièrement favorable: le vent léger qui y soufflait chassait toute trace de pollution. Malgré une très faible pluviosité et 300 jours d'ensoleillement par an, la végétation était luxuriante et de gigantesques papillons aux couleurs flamboyantes voletaient en couronnes au-dessus de nos têtes. On se serait crus très loin, sauf qu'on était à 10 minutes du centre de Paris.

    L'appartement était situé au dernier étage d'un petit immeuble. Trois pièces spacieuses, une belle cuisine, une salle de bain fraîche et claire. Il était encore ensoleillé par les derniers rayons du soleil. Il était si bien agencé que nous allions de surprise en surprise : en visitant les pièces, nous pouvions voir nos futurs meubles se matérialiser à leur place idéale, comme si leurs fantômes nous attendaient déjà. Le paillasson rassemblait ses petits poils pour former un jovial "Welcome Tom and Jerry", le papier peint faisait de son mieux pour saisir notre nuance préférée, les fenêtres grinçaient le moins possible, ou alors tout bas, en chuchottant, et presque avec tendresse.

    Cet appartement nous réclamait de tous ses murs.

    C'était nous qu'il attendait, patiemment, langoureusement, comme un chat attend la caresse.

    Nous étions saisis d'un bien-être langoureux, comprenant pour la première fois ce que signifiait réellement "Home, sweet home". Un calme olympien doublé d'une pêche monstrueuse, tiens, un peu comme dans une pub pour une salle de fitness.

   D'ailleurs ça tombait bien, un parc immense s'étendait sous nos fenêtres, de l'autre côté d'une avenue presque piétonne tant les voitures étaient rares.

    Nous adressâmes à l'agente immobilière un sourire radieux en lui tendant notre dossier.

   Elle le feuilleta à peine et déclara que nous étions vraiment les locataires idéaux, sans même nous demander au passage de justifier d'un salaire égal à 12 fois le loyer ainsi que des cautions solidaires de nos parents, grand-parents et arrière-grand-parents, si quelqu'un est calé sur le pluriel des mots composés, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais. Puis nous chantâmes tous ensemble notre allégresse en faisant des entrechats à travers le salon en une chorégraphie aussi légère qu'audacieuse, tandis qu'au pied de l'immeuble, une foule en délire de voisins gentils nous acclamait en lançant des confettis.
   
    Et puis je me suis réveillée, évidemment.

    A côté de moi, Tom dormait encore, beau et serein comme un crépuscule de printemps.

    Alors j'ai tâtonné d'une main ensommeillée pour allumer mon ordinateur, et je suis retournée éplucher les sites de petites annonces.

Publié dans Rien sur l'immobilier

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nashou 02/12/2009 11:34


Excellent cet article !

Un classique , mais je me suis laisser berner en beauté .


Ben 11/05/2008 14:26

Superbe article, j'ai beaucoup aimé !