Septembre, en attendant

Publié le par Jerry

    Le beau temps revient. C'est un vrai plaisir de visiter des appartements, des maisons, des cages à lapin, des appentis, des cabanes de jardin même, par ce temps-là.

    Le beau temps revient. Méfions-nous.

    Parce que sans rire, c'est drôlement plus agréable de visiter un logis avec un rayon de soleil que par un jour de pluie. En plus, et ça c'est vrai aussi, on a drôlement plus de chance de le trouver chouette, le logis, avec un rayon de soleil ! Et c'est là que ça devient fourbe.

    Parce qu'un jour comme avant-hier, par exemple, ou comme hier aussi... Oui, d'accord, vous avez tous rattrappé un degré de bronzage sur les douze degrés de blafardisation accumulés ces dernières semaines. Nous aussi. Même des coups de soleil, tellement qu'on en a bien profité, du week-end. Parce que les visites, ça vaut une bonne rando, sauf qu'on s'équipe pas pareil parce que personne ne voudrait louer un appartement à deux trolls en shorts et groles de rando, de la boue jusqu'aux genoux, casquette vissée sur le visage illuminé de poussière et de sueur. Et donc, à force de s'habiller comme pour aller au bureau, on en oublie la crème solaire, et on bronze comme une huître à la casserole. Si vous n'avez jamais vu une huïtre passer à la casserole, faites un petit effort d'imagination, bon sang, c'est pas si compliqué. C'est un peu comme un homard, mais en plus blanc et moins sexy. Fin de la parenthèse. Oui, d'accord, disais-je, le soleil en août c'est quand même bien le moins.

    Mais pour nous, c'est un vrai piège.

    Parce qu'avec un soleil pareil, forcément, même une grotte aurait l'air lumineuse, alors un étage soupenté avec une pauvre petite lucarne orientée nord dans un coin, je vous raconte pas, c'est presque éblouissant!

    Parce qu'avec une telle chaleur, même une cave aurait l'air sèche, alors forcément, l'humidité dans les murs, pfiiiou, rien du tout, et puis les odeurs de moisi vous vous doutez bien qu'elles tiennent pas, par ce temps, elles s'enfuient comme vampires au lever du jour, craignant la lueur de l'astre qui les fera disparaître!

    Parce qu'avec un temps comme ça, les courants d'air, on risque pas de s'en apercevoir non plus, vu qu'ils sont tous partis en RTT tardives, les titulaires habituels ne rentreront pas avant la mi-septembre, comme c'est parti, juste quand on aura fini de déballer les cartons, quoi, si les dieux sont cléments.

    C'est bien simple, tout est envahi par les fleurs et les oiseaux, pas moyen de se rendre compte. Et la quatre-voies, là-bas? Oh, on l'entend à peine, vous voyez? Ah oui, c'est vrai qu'on l'entend à peine, y'a les abeilles qui bourdonnent tellement fort, on dirait juste une toute petite chute du Niagara en bruit de fond. Et la ligne à haute-tension, un peu plus à gauche? Oh, comme c'est joli, tous ces petits pilônes qui scintillent dans la lumière de midi, on dirait des bijoux miniatures dites donc! Et oooh, de l'autre côté, c'est une zone industrielle? Vraiment? Ah, tous ces bâtiments éclatants de blancheur sous le soleil, on dirait Alger, c'est tellement romantique!

    Non, vraiment, un bon petit rayon de soleil, c'est la meilleure publicité mensongère qui soit. Même le quartier le plus glauque semble riant, quand l'été fait son boulot correctement.

    J'irai pas jusqu'à dire qu'on préférait qu'il pleuve, non, parce que faire les visites avec des bottes en caoutchouc n'incite pas à la bienveillance ni à l'optimisme. Mais on se méfie.

    Toi qui cherches un logis au mois d'août, n'oublie pas, n'oublie pas ce que sera novembre.

Publié dans Rien sur l'immobilier

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