Partir, c'est rester un peu

Publié le par Jerry

    Le premier jour, Dieu créa le ciel et la terre et seloger.com et "De particulier à particulier" et les agences immobilières. Alors Tom et Jerry, qui en avaient assez de naviguer entre son joli mais très, très petit appartement à elle et son grand mais très, très mal fichu appartement à lui, décidèrent de chercher un appartement pour tous les deux.

    Tous les deux. Chouette, ça, tous les deux. Rien que le mot, ça me fait sourire jusqu'aux oreilles de souris, tiens.

    Tous les deux. A Paris, évidemment, puisque c'est là qu'on bosse, au moins pour le moment. Le but n'était pas de bouger, juste de rendre les petits déjeuner au lit un peu plus pratiques. Tout de suite d'ailleurs, les amis parisiens nous avaient adressé leurs encouragements les plus chaleureux : "Han mais trois pièces à ce prix-là vous trouverez jamais nan mais faut pas rêver mais laissez tomber tout de suite quoi."

    Alors on avait regardé un peu, sur Paris. Et on avait vu, comme avec de nouveaux yeux. Le ciel bas de pollution. Les passants qui vous bousculent sans vous regarder. Les fleurs qui sentent le pot d'échappement au printemps. Le bruit, tout le temps, partout.

    Il y eut un soir, il y eut un matin. Second jour.

    Le second jour, Dieu créa les fleurs et les jardins et les pavillons en meulière et la banlieue parisienne. Et Tom et Jerry décidèrent qu'une demi-heure de RER n'avait jamais tué personne. A nous la verdure, le ciel pur et les rues désertes... Oh, bien sûr, nous savions que la vie en banlieue, c'était plus austère, que la banlieue, c'était un peu mort comme l'arrière-cour de Paris, qu'il faudrait renoncer aux sorties tard le soir, résilier les abonnements mk2, accepter de s'éloigner des amis, des musées, des cafés... Oh non, par pitié, pas la banlieue, ça fait trop peur, il fait froid, c'est loin, en plus c'est sûr qu'il y a des loups.

    Il y eut un soir, il y eut un matin. Troisième jour.

    Le troisième jour, Dieu créa les chemins de fer et la province-pas-très-loin et les villes moyennes à moins d'une heure en train de Paris. Les villes qui sont suffisamment grandes et suffisamment loin pour avoir leur vie culturelle à elle, leur identité à elle, leur charme à elle. On pleurait d'attendrissement en regardant les petites annonces, tellement tout ça semblait trop beau.

    Et puis on a vu le prix de la carte Intégrale zone 72, et on s'est dit que pour quitter Paris, il allait falloir attendre un peu, quand même.

    Alors on est retournés, pleins d'usage et raison, lire les petites annonces sur Paris et sa région.    

Publié dans Rien sur l'immobilier

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nashou 02/12/2009 11:21


superbe premier article ! original, j'adore ...

Bon je vais continuer ma lecture

@+

un banlieusard/provincial(77)/sinistré culturel