Trois petits cochons

Publié le par Jerry

    C'était pourtant bien parti. Les participants, contactés par téléphone, sembaient enjoués et promettaient de mettre du coeur à l'ouvrage. Les performances annoncées étaient plus qu'avantageuses, avec ce petit piment nouveau qu'ajoute l'inconnu. C'est donc pleins d'envie que Tom et Jerry allaient à la rencontre de trois nouveaux partenaires.

    Néanmoins, prudents pour cette première expérience, ils avaient décidé d'y aller doucement. Pas tous les trois en même temps. Cela aurait d'ailleurs été impossible, les trois appartements à visiter n'étant même pas dans la même commune. Ils avaient donc prévu un premier rendez-vous le matin, et deux autres pour ce chaud après-midi de recherche immobilière dans la banlieue sud de Paris.

   Au téléphone, la dame qui faisait visiter le premier appartement avait été très dissuasive : "Ah bon? Vous n'êtes pas véhiculés? Non parce que c'est très loin du RER! Et puis y'a aucun rangement! Et c'est en travaux! Ah, c'est pas très grand, c'est sûr!" Elle avait une manière bien à elle de prononcer "immeuble des années SOIXante", un peu comme on dit "klacson".

    En fait, c'est effectivement très loin du RER, mais le quartier est joli, plein de verdure, il fait beau, les oiseaux chantent. Sauf que là, soudain, ils se taisent. Ah oui, ce doit être la bonne adresse.

    Bon, en fait, je passerai sur le premier appartement, vu que c'était loin d'être le pire de la journée. Si, si. Même en rez-de-chaussée avec vue sur le parking de l'immeuble, même petit et sombre et oppressant et dépressogène, même glauque à vous transformer une journée d'août ensoleillé en crépuscule de novembre, c'était même le plus chouette, alors on ne va pas médire.

    La seconde visite eut lieu dans le noir. Ben oui, parce que l'électricité a été coupée, alors on ne peut pas ouvrir les volets roulants. C'est dommage, parce que sinon on pourrait voir les... Si, si, les parkings, là aussi. C'est donc à la lumière du téléphone portable de l'agent immobilier que nous avons découvert un bien joli appartement. Grand, beaux volumes, bien agencé, tout ça tout ça. L'ennui, c'est ce fichu dégât des eaux. Parce qu'on sent bien comme un coup de froid humide, là, un peu comme si on entrait dans une cave ; mais c'est après seulement qu'on voit les couleurs. Oh, plein de couleurs. C'est sûr, ça égaie les murs. Y'a de la variété, en plus. Dans la chambre, les moisissures sont bleu-noir. Dans le couloir, plutôt marron-jaunes, et puis à un autre endroit le papier peint fait des bulles, comme ça, tout seul, ça donne un petit côté vivant assez sympathique. Bon d'accord, on veut bien attendre l'expertise du plombier, pour savoir si c'est grave. Depuis février qu'il doit venir, le plombier, mais il va certainement pas tarder.

    Mais bon, c'est dommage que les volets n'aient pas été fermés à l'arrière aussi. Sinon, on aurait peut-être pas vu les lignes du RER, là, à 10 mètres. Juste de l'autre côté de l'"impasse calme".

   Pour le troisième rendez-vous, j'ai rappelé l'agence pour être bien certaine que j'avais noté la bonne adresse. Parce que déjà devant l'immeuble, on avait envie de s'être trompés d'adresse. Mais non, c'était bien ça, le merveilleux trois pièces avec double exposition sur jardinet privatif. Ce qui donnait, en traduction, un rez-de-chaussée étroit et mal fichu, un peu si l'appartement n'était qu'un couloir, en forme d'escargot, avec vue d'un côté sur un feu rouge dans une avenue très passante, de l'autre côté sur le parking de l'immeuble, au hasard, et un buisson devant une fenêtre.

    L'un des avantages de bosser à domicile, c'est... Oh, je ne m'attarderai pas, c'est plein d'avantages. L'un des inconvénients, c'est qu'il faut un chez-soi un minimum avenant si l'on ne veut pas sombrer très vite. Et comme Tom et moi on bosse essentiellement à domicile, à partir d'aujourd'hui, on range le mot "rez-de-chaussée" à côté des mots porte-poisse dans notre vocabulaire.

    Et on retourne éplucher les petites annonces.

Publié dans Rien sur l'immobilier

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Gorgonzolla 07/08/2007 00:14

Ah les visites d'appartement... Quand on n'a pas connu, on croit toujours que les autres exagérent...
Merci pour ces articles et ces tranches de vie.. J'aime bien le style, je reviendrai!

Jerry 07/08/2007 09:33

Alors que c'est bien connu, les souris n'exagèrent jamais. Jamais.