Jeudi 6 septembre 2007 4 06 /09 /Sep /2007 16:44
   C'était une vieille histoire qui remontait à la surface de la vase où elle était longtemps restée tapie.

   Une vieille histoire qui remontait comme ça sans prévenir, comme par hasard, et qu'il allait bien falloir régler. Parce que des choses comme ça, on peut pas les garder toujours renfermées en son coeur, tu vois, petit, un jour il faut que ça sorte, un jour faut bien régler ses comptes avec le passé.

   ça s'était passé là-bas, à l'est de Paris, dans les vastes plaines envahies par la forêt, là où les hommes se battent encore contre la nature pour imposer leur présence.
Une vieille histoire d'humiliation bue. A l'époque, on n'avait rien pu faire, Tom et moi, on était restés là, impuissants, à boire notre rage, et puis après on avait gardé ça pour nous, en attendant notre heure.

    Et un jour, elle est revenue. Un court message, j'ai tout de suite su que c'était elle au frisson particulier qui m'a parcouru l'échine de là à là. De la pointe des cheveux, que j'ai doux et soyeux, à la pointe du pied, que j'ai petit et tendre. Je sais, j'ai l'échine très longue. Un frisson d'effroi, de haine et de plaisir à la fois. Enfin, je le savais, elle allait payer pour ses actes.

    Le message disait, en substance, "Rendez-vous demain à l'aube sur la plaine, si vous avez quelque chose dans le ventre, bande de chacals, de chacaux, enfin, bande de chiens de prairie à foie jaune."

    Plus exactement, en fait, le message disait "On a réexaminé votre dossier, finalement, rappelez-moi."

    Han han. La vengeance est un plat qui se mange avec les doigts, gringo. Et plein de pimiento aussi.

    Le lendemain, à l'aube, je dégainai mon téléphone. Elle tira la première :
   
    "Ah oui alors pour votre dossier, en fait si vous vous mettez comme seule locataire avec la caution de vos parents et arrière-grands-parents, ça devrait être bon, ou bien alors on peut faire le bail à un autre nom pour quelqu'un qui aurait des meilleures garantiiiies et vous sous-louez plus cher évidemment, et puis vous m'avez pas envoyé votre déclaration d'ISF d'il y a trois ans, alors on fait quoi finalement?"

    Sous ce feu nourri, je restai impassible, et levai mon arme fatale :

    "Non, en fait, on n'est plus intéressés. On a déjà trouvé. Autre chose. Ailleurs."
   
    J'aurais pu dire "on a trouvé mieux, et sans toutes ces conneries". Mais cela aurait été petit et mesquin. Alors ce fut tout.

   Troublée, elle hésita. Nous restions face à face, les yeux dans les yeux, à nous défier du regard sous un soleil de laiton (parce que faut pas déconner, un soleil de plomb, à l'est de Paris, c'est pas tout les jours non plus). Elle tenta alors de m'intimider :

    "Ah ben vous auriez pu appeler pour prévenir, au moins !"

    "Oui, dis-je. C'est vrai. On aurait pu."

    Suivit un grand silence, qu'Ennio Morricone peuplait de quelques accords d'harmonica lancinants.

    Un grand silence, et puis encore un grand silence.

    Elle tenta de garder un minimum de dignité dans la débâcle :
   
   "Mais alors votre dossier, là, j'en fais quoi?"

    J'ai été magnanime. Je n'ai rien répondu.

   Je raccrochai, et nous partîmes, Tom et moi, magnifiques dans le soleil couchant, parce qu'après tout, dans un eastern spaghetti, rien n'empêche que le soleil se couche juste après l'aube, l'important c'est que ce soit joli à l'écran, nous partîmes, magnifiques et sereins, vers notre nouveau monde.
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /Sep /2007 22:11
    L'immobilier à Paris, c'est à Paris avant d'être immobilier. Pas étonnant, dans ce cas, que certaines agences appliquent des méthodes qui rappellent les grandes heures de la drague sur les trottoirs de la capitale...

    Plantons le décor. Vous, agent immobilier, avez repéré un jeune couple ondoyant à portée de vos rets. Oh, le jeune homme a bien les moustaches un peu longues, et la jeune fille les oreilles un peu grandes, mais ils ont quand même l'air bien sous tous rapports, de la vraie chair de locataire d'eau douce, rien qu'à les voir, vous salivez déjà. Vous les avez donc appâtés avec une jolie location, comme, par exemple, une maison avec six pièces, lumineuse et charmante, une glycine devant l'entrée, un tilleul dans la cour, vue sur des jardins dans un quartier tout calme avec la forêt à côté et la Seine pas loin non plus, et tout ça pour pas ruineux.

    Ils se sont approchés, ils ont goûté, ils ont aimé. Les voilà qui taquinent l'hameçon. Ils commencent à poser des tas de questions, et c'est quoi comme chauffage, et est-ce que c'est bien isolé, et l'abonnement en eau ça marche comment, et la gare est-ce qu'elle est loin, et à votre avis on peut emménager rapidement?

    Ohlà. Ohlà. On dirait qu'ils s'y croient déjà. Ne commettez pas la même erreur. C'est justement à ce moment-là qu'il va falloir ferrer, d'un coup de poignet de maître.

    Ils posent plein de questions? Ne répondez à aucune. Ou plutôt, répondez à leurs questions par des questions. Attaquez-les sur l'épineux chapitre des garanties. Là, soyez sans pitié. Traitez-les comme de la friture. Passez-les au grill, trois minutes de chaque côté, pas plus, de façon à saisir les chairs sans les désécher. Ils vous parlent de leurs salaires? Faites une moue boudeuse. Ils apportent d'autres garanties? Minimisez-les à mort, comme si vous les trouviez douteuses. Plus la garantie proposée est solide, plus il vous faut la mettre en doute. Faites systématiquement comme s'il y avait anguille sous roche. Demandez-en toujours plus.

    Le but est qu'ils se sentent minables. Que, si jamais vous acceptez de leur louer, ils le prennent comme une faveur de votre part. Qu'ils se sentent en infériorité. Qu'ils n'imaginent pas une seconde en être dignes. Il y a cinq minutes, ils trouvaient cette maison très accessible. Faites-leur bien sentir à quel point elle est trop belle pour eux.

  Regardez-les se tordre pitoyablement sur leurs chaises comme deux poissons hors de l'eau. Ils n'attendent plus qu'un bon coup sur la tête, et ils sont à vous.

    Finalement, dans cette affaire, vous n'avez pas fait autre chose que pratiquer un neg hit, cette fameuse tactique employée par les PUA pour closer des HSE ou des H2G. Bon. Vous voilà bien avancés, ça pourrait aussi bien être du marketing ou de l'informatique. Mais c'est bien de séduction qu'il s'agit, et c'est pas un hasard si les théoriciens de la drague ont emprunté leur jargon aux commerciaux.

    Donc, un neg hit, cette fameuse tactique employée par les dragueurs professionnels pour conclure avec des filles bien dans leur peau ou qui ne se laissent pas prendre avec du vinaigre. Et qui consiste à dire à la fille quelque chose d'un peu humiliant, histoire que, soudain inquiète sur sa propre capacité à séduire, elle oublie que le dragueur ne lui plaît pas tant que ça.

    Quel rapport avec l'immobilier, me direz-vous? C'est bien simple. Vous avez un bien à louer, il n'est pas vraiment nickel, il est un peu blindé de courants d'air, la salle de bains est dans les WC plutôt que l'inverse, et les murs décrépis montrent comme qui dirait une petite remontée d'humidité à travers les plaques de plâtre qui s'écaillent. Vos candidats à la location commencent, après s'être montrés globalement satisfaits des qualités du lieu, à regarder un peu plus en détail ce qui pourrait apparaître comme des défauts cachés, et même pas si cachés que ça, et même carrément dissuasifs. C'est là que le neg
se montre particulièrement utile. En plaçant immédiatement la conversation sur le terrain des garanties, où vous avez tout pouvoir de les mettre mal à l'aise, vous leur faite oublier les fissures sous le toit et les taches de moisi dans les coins. Ils seront même trop contents de vous les louer, vos fissures, si vous daignez passer par-dessus tous les défauts que vous leur aurez inventés.

    Finalement, ce que vous avez appliqué, habile agent immobilier, ce n'est pas autre chose qu'un des artifices les plus déplaisants des dragueurs parisiens, celui qui consiste à insulter une fille pour lui dire qu'on la veut, parce que bon, ho, faudrait pas qu'elle croie que tous les mecs sont à ses pieds, non plus, et qu'elle n'a qu'à claquer des doigts. Quiconque a déjà mis les pieds dans la capitale sait bien à quel point ce genre de pratiques met l'ambiance sur le dancefloor, pardon, sur le trottoir, et rend les jeune femmes encore plus "hard to get", puisque méfiantes et fermées suite à ces agressions verbales.

    Le neg rend donc les relations pénibles, tendues et belliqueuses tant dans le domaine des relations - potentiellement - amoureuses que dans celui de l'immobilier. La différence, cependant, c'est que le dragueur a bien peu de chances de parvenir à ses fins s'il manie le neg avec un peu trop d'enthousiasme. Car tout le monde n'a pas besoin d'un homme. Alors que tout le monde a besoin d'un toit. L'agent immobilier, lui, finira donc avec le beurre, l'argent du beurre, et la friture qui va avec.

 
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Lundi 3 septembre 2007 1 03 /09 /Sep /2007 22:33
    Parfois, quand on visite des appartements, on se trompe d'adresse. Parfois, pas. Parfois, on tombe sur des panneaux annonçant des chiens méchants et on se demande s'il y en a vraiment, des chiens méchants. Parfois on tombe sur des pelouses que rien qu'à les voir t'as envie de t'interdire à toi-même de marcher dessus. Parfois y'a tellement de murs qu'on est même pas sûr qu'il y ait encore la place pour mettre un toit. Parfois on a plutôt l'impression d'entrer dans un hôpital que dans une résidence.

    Et puis parfois, on tombe sur ça :

CIMG1111.JPG

    Oh, c'est dommage que le dessin soit aussi pauvre, parce que là, y'avait matière, quand même. Oui, dommage d'avoir utilisé ces petits schémas pas réalistes du tout. Parce que finalement, ce qu'il dit, le panneau, c'est "ne laisse pas tes enfants près des portes, sinon ils risquent de se faire décapiter avec leur cervelle étalée partout sur le trottoir, ou bien couper par le milieu et vous en aurez deux pour le prix d'un, ou bien encore écraser en une bouillie tellement infâme avec les boyaux qui sortent que même leurs parents ne les trouveront plus mignons."

    Parfois, quand on visite des appartements, on a un peu l'impression d'être dans un épisodes des Happy Tree Friends. Alors on s'en va très vite, avant de se faire décapiter, déspiner ou déboyauter.

    Au point même de se demander si elle est vraiment bien utile, cette grosse et barbare porte qui n'aime pas les enfants, dans cette banlieue plus que tranquille. Au point de se demander si le passage des voitures requérait vraiment une porte dangereuse pour les enfants. Au point de se demander si, avec un écriteau aussi visible, que c'est même ce qui saute aux yeux en premier quand on arrive, avant même de voir que c'est la bonne adresse, au point de se demander si la porte n'a pas été choisie justement parce qu'elle était dangereuse pour les enfants.

    Non parce que c'est vrai, les enfants, c'est bruyant, c'est malpropre, c'est désordre et ça caresse les pelouses à rebrousse-poil. Parfois même ça fait peur aux caniches. Alors autant le dire tout de suite, si avoir un enfant est un critère de refus pour louer ici. Après tout, aux Etats-Unis c'est tout à fait accepté, et c'est un critère comme un autre de discrimination au logement.
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /Sep /2007 18:59
    Aube.
    Ougai est tapi dans les ajoncs. Son rythme cardiaque est descendu à moins de quarante battements à la minute. Immobile, inodore, indétectable. Les yeux de Ougai ne sont qu'une fente. Sa respiration, un bruissement de feuilles. Il attend depuis plusieurs heures déjà, sans avoir bougé d'un centimètre. Mais d'ici quelques instants, son attente va être récompensée. En effet, quelque chose a bougé. Là, pas loin, dans les fourrés.
    Sur le marécage, le silence se tait, dans l'attente du drame imminent.
    Vif comme le gzour-gzour moucheté, Ougai bondit, sa main fend l'air, frappe et tue selon un rituel ancestral. La lutte est brève. Le PAP se débat, mais rapidement, la reliure brisée par la prise impitoyable de Ougai, il s'effondre. Ougai l'accompagne dans la mort en dispersant autour de lui de la fumée d'encens. Il chantonne quelques mots de dialecte immobilier. Puis il saisit la carcasse et la ramène à sa grotte, où il la suspendra par les pieds.

    Les signaux de fumée envoyés ce matin par le sorcier Pointcom sont clairs : aujourd'hui, c'est pas bézef. Deux appartements en troisième semaine d'annonce. Ougai les connaît, il les a déjà pistés la semaine précédente : ce sont des logements malades, abandonnés par le troupeau. Ils constituent des cibles faciles qu'il vaut mieux laisser aux jeunes chasseurs encore inexpérimentés. Ougai ne bouge que pour le gros gibier. Ougai lève ses narines, hume profondément. Il tente de saisir les molécules d'odeur les plus fines, les plus lointaines... Mais en vain. Le vent n'apporte l'odeur d'aucun nouveau logement sur son territoire.

    Ougai sort son grand couteau, et, avec la précision d'un geste mainte et mainte fois répété, il éventre le PAP. Il le laisse se vider de ses cahiers spéciaux et de sa rubrique vente. Ougai ne mange pas le PAP. Ougai prélève seulement les locations parmi les abats et les étudie attentivement.

  Les entrailles du PAP parlent de maisons, lointaines et inaccessibles, à des prix défiant toute concurrence. Ougai les écarte sans hésiter : il ne chasse pas hors de son aire.

    Deux logements l'intriguent. Ils devraient se trouver à deux petites heures de branche-à-branche pour le plus éloigné. Ougai décide d'aller voir. Au sortir de la clairière, il s'aperçoit que pour le premier, l'information était fausse. L'annonce indiquait trois pièces, il n'y en a qu'une. Quelques étudiants des villes tournent déjà autour, lançant des regards effrayés vers le redoutable chasseur velu. De colère d'avoir été trompé, Ougai pousse un long cri sauvage qui les fait détaler.
    Mais déjà Ougai est reparti, et le silence redescend sur ses épaules comme un manteau de chez Kenneth Cole, en moins cher.

    Le second logement est en vue. Tapi dans les broussailles, Ougai jette un coup d'oeil d'ensemble. Le logement broute tranquillement les garanties qui fleurissent à ses pieds. Il est gros, en bonne santé. Il est seul. Il est de taille adulte, mais encore très jeune, il ne sait sans doute pas très bien se défendre.

    Ougai n'hésite pas une seule seconde. Il s'élance à travers la prairie, courant vivement mais discrètement, prenant garde à rester constamment dans l'angle mort du logement.
    Mais les choses ne tournent pas comme prévu.

    Là-bas, sur la droite, encore assez loin mais se déplaçant avec une vitesse surprenante pour sa petite taille, quelque chose vient de sortir du bois. Ougai continue de courir vers le logement, mais cette chose bizarre qui court vers lui à travers la prairie le déconcentre. Rapidement, Ougai comprend que la créature se déplace à une vitesse et suivant une trajectoire telles qu'elle se trouvera immanquablement sur sa route, d'ici quelques instants.

    Ce n'est que lorsqu'elle n'est plus qu'à une dizaine de mètre que Ougai l'identifie. Dans un frisson d'horreur du plus pur jurassique inférieur, il bande ses muscles et se prépare à l'inévitable affrontement.

    Car la créature n'est autre que son principal ennemi, son concurrent darwinien sur la niche écologique. L'agent immobilier des sous-bois. Une créature sournoise et dentue.

    Le combat s'engage dès le contact, dans l'indifférence du logement... C'est un drame de la nature qui se joue sous nos yeux terrifiés... Ougai aura-t-il le dessus ?

    Ougai a à peine le temps de sortir ses feuilles de salaire, que l'agent immobilier se lance à sa tête, tous crocs dehors. Seul un CDI pourrait le protéger, mais il n'en a pas - dans le choc, Ougai perd toutes ses feuilles. Il roule à terre - rotationne du bassin, plonge, se redresse.
    Il lance, avec l'agilité d'un animal qui se bat pour sa survie, des contrats et des engagements de mission qui touchent l'agent immobilier. Mais les blessures sont superficielles, les attestations manquent le coeur, et en quelques secondes, Ougai a déjà perdu beaucoup de terrain. Repoussé vers la forêt, ses chances d'emporter le logement s'amenuisent d'instant en instant.
    Dans une dernière tentative, il abat sur l'agent immobilier la photo dédicacée de son dernier employeur. Le coup porte brutalement, et l'agent vacille. Ougai se jette sur lui, cherche à le maîtriser. Mais un autre vient à sa rescousse à travers la prairie. Ougai, blessé, doit battre en retraite au plus vite. Le second agent immobilier s'arrête auprès de son congénère, le renifle, puis parade quelques instants, afin d'assumer la propriété du territoire pour sa meute, qui le suit d'une centaine de mètres.

    Vaincu, Ougai doit abandonner.

    Là-bas, le logement continue de paître des références, indifférent ou inconscient de la terrible bataille qui vient de se livrer pour lui.

    Pour Ougai, chasseur du jurassique inférieur, c'est une journée de merde.
 
Par Tom - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Vendredi 31 août 2007 5 31 /08 /Août /2007 16:13
    L'ennui, quand on visite des appartements à Paris, c'est qu'on rencontre des gens. Si, si.

    Non en fait, l'ennui, quand on visite des appartements, c'est qu'ils sont souvent très très pourris. Oh, vous allez dire, légende urbaine, fake, multi, vieille scie, rabajoie-la-moukère, tout ça tout ça, mais c'est vrai, ils sont souvent très très pourris, et il y a des raisons logiques à ça, savoir :
    - Que les appartements très pourris, on a pas envie de rester longtemps dedans, ils sont donc reloués plus souvent
    - Que les propriétaires n'ont pas vraiment intérêt à les dé-pourrifier, vu qu'ils trouveront preneur de toutes façons
    - Que le mode de vie parisien conduit, de toutes façons, la plupart des gens à négliger le fait qu'ils vivent dans un appartement pourri, parce que pour Paris, c'est vrai, il est déjà pas si mal.

    Mais donc, passé ces évidences, l'ennui, c'est quand même qu'on va rencontrer des gens, en visitant des appartement. Soit l'agent immobilier qui s'occupe des locations, soit le propriétaire, soit le locataire actuel, si l'appart est encore occupé.

    Donc, des gens qui en pensent plein de bien, de leur appartement. Les deux premiers parce qu'ils veulent vous le louer et qu'il serait désobligeant de commencer à dire ce que vous en pensez (ça pourrait même jouer en votre défaveur au moment de l'étude de votre dossier, presque autant, c'est dire, que d'être employé en CDD ou encore intermittent du spectacle). Mais bon, ça c'est pas vraiment un problème, parce que si vous en pensez vraiment tant de mal que ça, de l'appartement, vous avez vraisemblablement déjà plus très envie de le louer. Non, c'est juste que votre bonne éducation vous retient encore de dire merde à des gens qui veulent vous en louer une. Vous retient encore pour quelques temps. Peut-être plus pour très longtemps, mais enfin, jusqu'ici, elle vous retient.

    Le vrai problème, c'est le locataire actuel. Parce que lui, l'appartement pourri, il est dedans. Même qu'il a vaguement l'air de s'être rendu compte, vu qu'il veut en partir. Ou alors il veut en partir pour une tout autre raison. Enfin de toutes façons, là, il vit dedans, c'est son chez-lui, et il y est. S'il le trouve pourri, ce serait cruel de le lui rappeler. S'il a un lien sentimental profond avec ce lieu et qu'il est tout triste de devoir le quitter, ce serait insultant d'en dire du mal.

    Et pourtant, il faut se décider vite. D'ailleurs on a apporté un dossier de garanties de 136 pages, en six exemplaires, et on a intérêt à se grouiller pour savoir si on veut le déposer ou non, parce que les deux, là, qui sont entrés après nous, ils ont bien l'air de vouloir nous le souffler.

    D'où l'importance de pouvoir s'échanger les impressions qu'on a pendant une visite, et le plus discrètement possible.

    Tom et moi, on a trouvé la parade. On a un code.

    Si on trouve les choses chouettes, on emploie des mots comme "chouette", "joli", "mignon", "charmant", etc.

    Si on trouve pas chouette, on emploie "choupinet" ou un de ses dérivés, comme "choupi" et "choups". Comme ça, ça veut dire mignon, mais en fait, ça veut dire pas mignon du tout. L'avantage étant que "choups" peut éventuellement servir de surnom, donc on peut le placer à peu près n'importe comment dans une phrase.

    Oh, bon, d'accord, évidemment, personne n'est dupe, ça se voit très bien qu'on a qu'une envie, c'est de repasser la porte dans l'autre sens. Mais tout est une question de tact et de délicatesse.

    Par exemple, quand on a visité cet appartement à Montmartre, sis, selon l'annonce, dans une "maison Montmartroise" typique, en duplex, sur une ruelle piétonne très calme. Bin elle avait pas menti d'un pouce, l'annonce.
    La ruelle, elle était tellement calme que c'était l'endroit où tous les propriétaires de chiens du quartier venaient leur faire faire leurs besoins. Un vrai catalogue, avec échantillons de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Pour accéder à la porte, c'était un peu comme jouer à la marelle, en un peu moins drôle et un peu plus risqué.
    Elle était tellement piétonne, aussi, qu'on aurait vraiment pas pu y faire passer une auto, vu comme l'immeuble en face était proche des fenêtres. Faut dire, c'est pratique de pouvoir passer le sel à ses voisins sans avoir à sortir de chez soi. Bon c'est sûr, si une voiture ne pouvait pas y passer, la lumière du jour non plus, mais faut savoir ce qu'on veut.
    Et le duplex, il était tellement en rez-de chausée que c'était un demi sous-sol, en fait. Avec cet avantage que si l'on ne voyait pas la lumière du jour à travers les soupiraux, en revanche, on avait une vue imprenable sur les chiens qui venaient lever la patte directement dessus.
    La locataire qui était là, visiblement, elle était plutôt chlorophylle que zoophile. Elle nous regardait d'un oeil inquiet en nous demandant ce qu'on en pensait.
   
    On s'est regardés un quart de seconde, Tom et moi, et puis on s'est presque coupé la parole :
   
    "T'en penses quoi, toi, Choups?"
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Mercredi 29 août 2007 3 29 /08 /Août /2007 23:15
    Aujourd'hui, à l'aube, avant dissipation des brumes matinales, un bruit strident à travers la chambre, chassant le sommeil à grand coups de sifflets.

    Téléphone.

    Ou plus exactement, sitôt décroché, faux numéro.

    Mais pas n'importe quel faux numéro, non.

    Ce qu'il demandait, le monsieur au bout du fil, c'était pas un simple particulier. Il voulait parler à une Mme Machinou, de l'agence Immobilia, qu'il croyait trouver en appelant ici, entre mes draps.

    Oh bien sûr, il s'est excusé platement - ce qui est bien.


    Mais je vous jure, se faire prendre pour une agente immobilière si tôt le matin, ça fiche un coup.

Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Mardi 28 août 2007 2 28 /08 /Août /2007 13:27
    Propriétaire, vous avez maîtrisé l'art de l'annonce, puis celui de la visite, et vous avez maintenant des candidats à la location. Vous voilà face à la grande et épineuse question : qui choisir, et comment ?

    Vous comprenez bien que c'est une affaire qui ne peut se régler au sentiment, à l'intuition, à la sensiblerie - toutes ces divagations propres à la gent féminine et aux tribus primitives.

    Non, ce qu'il vous faut, c'est de la rationalité, du calcul, de l'analyse. Seuls les faits doivent parler. Vous devez étudier chaque cas en profondeur, en utilisant un filtre rigoureux, une grille stricte et une calculatrice en état de marche. Nous allons vous guider tout au long de cette démarche, avec l'aide de notre équipe d'experts.

    Le premier critère, c'est la tête du client. Sa forme doit être légérement ovoïdale. Les poils doivent être bien coupés, et les cheveux entretenus courts. Ce qui est important, c'est qu'elle vous revienne. N'hésitez à à faire l'expérience. Saisissez-la par les cheveux et lancez-la d'un bras ferme. Si elle s'enfuit sans demander son reste, refermez immédiatement le dossier et passez au candidat suivant.

    Le second critère, c'est le dossier. Est-il contenu dans une couverture cartonnée, dans une pochette transparente, dans une chemise plastifiée ? De quelle couleur ? Combien y a-t-il de  feuilles ? La marge à gauche est-elle assez large ? Ce sont là les questions essentielles sur lesquelles il vous faudra vous pencher au cours de cette deuxième étape.
    L'existence d'un contenant pour le dossier est vitale. Un dossier sans contenant est le signe d'une personne négligente et ne pourra donc pas retenir votre attention. Mais la nature du contenant est source d'indices précieux quant au candidat. Une couleur vive, par exemple un cartonnage rose ou bien jaune, indique une personnalité certes chatoyante et qui saura mettre en valeur son intérieur - mais qui aura sans doute bien des problèmes à gérer ses comptes correctement. C'est une personne qui se dira facilement, devant un joli vêtement, une jolie chaussure, devant une distraction, comme une séance de cinéma : "oh tiens, ça me fait plaisir, et puis tant pis !". C'est une personne qui ne doit pas tenir son budget très sérieusement. Peut-être même a-t-elle des canards en plastique dans son bain.
    Non, une couverture noire, verte ou marron,sont les seules acceptables. Le blanc, parce qu'il est le symbole occidental de la pureté, doit vous inciter à la méfiance : il cache quelque chose, celui qui se vêt de probité candide, dit le poète, et souvenez-vous : qui veut faire l'ange fait la bête, disait le Général.

    Le troisième critère, c'est le nom. Vous savez bien. Les noms ne trompent pas. Lefranc est un nom honnête. Zermaoui ou Kachalow, non.
    En cas de doute, demandez les papiers d'identité, le numéro de sécurité sociale et envoyez-ça à la police sous n''importe quel chef de dénonciation anonyme. Si la personne est arrêtée par la police, c'est qu'elle le méritait et vous pouvez vous estimer heureux de ne pas lui avoir loué votre bien.

    Le quatrième critère, enfin, c'est la raison sociale de votre candidat. Votre candidat doit pouvoir payer le loyer. Vous avez acheté un bien immobilier avec vos sous, et ce faisant, vous êtes entré dans l'arène du capitalisme. Vous avez investi. Mais vous ne voulez pas prendre de risque pour autant. Un honnête père de famille ne prend pas de risque. Il réfléchit, il pèse, il raisonne. A celui qui sait se servir d'une calculette, la prudence est une seconde nature. Vous vous devez d'éradiquer le risque, et le risque, en location, c'est l'Impayé. Cette perspective vous est désagréable, mais vous devez y penser. Le locataire, sachez-le, y pense tout le temps. Il vit pour ça. Vous devez prendre vos précautions. Comme il n'est pas possible de le ligoter dans une cave pendant que vous reliez directement son compte bancaire au vôtre, il vous faut prendre des garanties.
    Il existe beaucoup de gens, dans cette société, qui vivent de façon différente de la vôtre. Ils n'ont pas eu la chance d'avoir la même éducation, les mêmes valeurs, ou le plus souvent ils sont tout simplement bêtes. Ils peuvent faire des choix d'existence qui parfois vous surprennent, ou peut-être même vous choquent, mais vous êtes tolérant et vous savez que la liberté des autres s'arrête là où commence la vôtre. Il est néanmoins évident que ces gens-là ne pourront signer un contrat avec vous. Imaginez : vous ne comprenez même pas ce qu'il font comme métier. Parfois, même, ils ont des idées totalement différentes de vous sur ce qu'est une bonne soirée, un bon moment, un bon repas. Non, ces gens-là, vous ne devez pas vous engager avec eux, il ne vous serait pas possible de vous entendre sur une affaire aussi personnelle qu'un bail locatif.
    Vous n'aurez donc qu'une seule exigence : le CDI. Il vous faut un CDI. Le salaire de ce CDI doit représenter trois fois le loyer, sinon le juge n'autorisera pas la saisie sur salaire. Alors un CDI, trois fois le loyer, et tout le reste, poubelle.

    L'Impayé, bordel. Vous ne devez pas laisser la moindre chance à cet enfoiré.

    Parce qu'en France, en 2002, les impayés de loyer représentaient quand même 1,29% des ménages locataires.

    Alors ne soyez pas laxiste.
Par Tom - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Lundi 27 août 2007 1 27 /08 /Août /2007 23:06
    Le beau temps revient. C'est un vrai plaisir de visiter des appartements, des maisons, des cages à lapin, des appentis, des cabanes de jardin même, par ce temps-là.

    Le beau temps revient. Méfions-nous.

    Parce que sans rire, c'est drôlement plus agréable de visiter un logis avec un rayon de soleil que par un jour de pluie. En plus, et ça c'est vrai aussi, on a drôlement plus de chance de le trouver chouette, le logis, avec un rayon de soleil ! Et c'est là que ça devient fourbe.

    Parce qu'un jour comme avant-hier, par exemple, ou comme hier aussi... Oui, d'accord, vous avez tous rattrappé un degré de bronzage sur les douze degrés de blafardisation accumulés ces dernières semaines. Nous aussi. Même des coups de soleil, tellement qu'on en a bien profité, du week-end. Parce que les visites, ça vaut une bonne rando, sauf qu'on s'équipe pas pareil parce que personne ne voudrait louer un appartement à deux trolls en shorts et groles de rando, de la boue jusqu'aux genoux, casquette vissée sur le visage illuminé de poussière et de sueur. Et donc, à force de s'habiller comme pour aller au bureau, on en oublie la crème solaire, et on bronze comme une huître à la casserole. Si vous n'avez jamais vu une huïtre passer à la casserole, faites un petit effort d'imagination, bon sang, c'est pas si compliqué. C'est un peu comme un homard, mais en plus blanc et moins sexy. Fin de la parenthèse. Oui, d'accord, disais-je, le soleil en août c'est quand même bien le moins.

    Mais pour nous, c'est un vrai piège.

    Parce qu'avec un soleil pareil, forcément, même une grotte aurait l'air lumineuse, alors un étage soupenté avec une pauvre petite lucarne orientée nord dans un coin, je vous raconte pas, c'est presque éblouissant!

    Parce qu'avec une telle chaleur, même une cave aurait l'air sèche, alors forcément, l'humidité dans les murs, pfiiiou, rien du tout, et puis les odeurs de moisi vous vous doutez bien qu'elles tiennent pas, par ce temps, elles s'enfuient comme vampires au lever du jour, craignant la lueur de l'astre qui les fera disparaître!

    Parce qu'avec un temps comme ça, les courants d'air, on risque pas de s'en apercevoir non plus, vu qu'ils sont tous partis en RTT tardives, les titulaires habituels ne rentreront pas avant la mi-septembre, comme c'est parti, juste quand on aura fini de déballer les cartons, quoi, si les dieux sont cléments.

    C'est bien simple, tout est envahi par les fleurs et les oiseaux, pas moyen de se rendre compte. Et la quatre-voies, là-bas? Oh, on l'entend à peine, vous voyez? Ah oui, c'est vrai qu'on l'entend à peine, y'a les abeilles qui bourdonnent tellement fort, on dirait juste une toute petite chute du Niagara en bruit de fond. Et la ligne à haute-tension, un peu plus à gauche? Oh, comme c'est joli, tous ces petits pilônes qui scintillent dans la lumière de midi, on dirait des bijoux miniatures dites donc! Et oooh, de l'autre côté, c'est une zone industrielle? Vraiment? Ah, tous ces bâtiments éclatants de blancheur sous le soleil, on dirait Alger, c'est tellement romantique!

    Non, vraiment, un bon petit rayon de soleil, c'est la meilleure publicité mensongère qui soit. Même le quartier le plus glauque semble riant, quand l'été fait son boulot correctement.

    J'irai pas jusqu'à dire qu'on préférait qu'il pleuve, non, parce que faire les visites avec des bottes en caoutchouc n'incite pas à la bienveillance ni à l'optimisme. Mais on se méfie.

    Toi qui cherches un logis au mois d'août, n'oublie pas, n'oublie pas ce que sera novembre.
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Samedi 25 août 2007 6 25 /08 /Août /2007 15:13
    Pour louer un appartement, parfois, on vous demande votre numéro de sécurité sociale.
    Par contre, il est inutile de vous munir de vos bulletins de salaire des douze derniers mois pour acheter du Synthol.


Ce bulletin d'information vous était offert par l'Union Française pour la Santé Gingivo-Immobilière.
Par Tom - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Mercredi 22 août 2007 3 22 /08 /Août /2007 17:18
    "- Très bien , merci monsieur, à demain pour la visite, alors !

    - Oui, vous pouvez me rappeler votre nom? Madame ?

    - Ah oui, j'oubliais : mademoiselle Jerry XXX !

    - Aaah ! C'est un nom bien français, ça !"

       
     (soupir...)
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Tom et Jerry

vont refaire le monde, mais en commençant par un blog, parce que sinon ça fait beaucoup.

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"Bats ton âne pendant que tu es dessus. Si tu ne sais pas pourquoi, lui non plus." (sagesse ancestrale hindoue)

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