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Vendredi 11 janvier 5 11 /01 /Jan 18:52
    Pour aller prendre notre douche quotidienne chez monsieur Basilic, il y avait une série d'étapes précises à respecter. D'autant plus que monsieur Basilic n'était régulièrement pas là, et que chez lui, quand il est pas là, c'est Alcatraz à l'envers.
    Donc, ce qu'il fallait faire en premier, c'était prendre le double des clés de sa maison, qu'il nous avait donné.
    Ensuite rassembler toutes les affaires de bain : trousse de toilette, serviettes, vêtements de rechange.
    Mettre les chaussures.
    Sortir de la maison, fermer la maison. Traverser le jardin.
    S'arrêter devant la porte de la maison de Monsieur Basilic et dire : "Merde, l'alarme."
   Revenir sur ses pas, jusqu'à la cabane à outils, et aller fouiller dans un recoin obscur derrière la volière pour y trouver la télécommande cachée.
    Revenir à la porte de la maison de monsieur Basilic avec la télécommande à quatre boutons.
    Dire : "raah, c'est quel bouton, déjà ?" Appuyer sur celui qui semble le moins dangereux et attendre le faible biiiip qui confirme que l'alarme s'est désactivée.
    Sur le trousseau de douze clés, chercher la première clé, qui ouvre la serrure du milieu. C'est facile, c'est celle qui est différente de toute les autres.
   
Sur le trousseau de douze clés, chercher la deuxième clé, qui ouvre la serrure du bas. C'est facile, c'est celle qui ressemble à toutes les autres sauf la première.
    Essayer toutes les clés sur la serrure du bas, avant de trouver la bonne.
       Chercher la troisième clé.
    Dire : "ah non, je suis bête, la serrure du haut, il la laisse toujours ouverte".
    Dire : "ah non, je suis bête, c'est la serrure du bas, qu'il laisse toujours ouverte."
    Dire : "ok, donc je viens de la fermer. C'était laquelle, déjà ?"
    Réessayer toutes les clés sur la serrure du bas.
    Dire : " Ta *tut* en *tut* de *tut* de *tut* de clés."
    Réessayer toutes les clés sur la serrure du haut.
    Dire : "On avait pas dit qu'on mettrait un scotch sur la bonne, la prochaine fois ?"
    Tourner le bouton de la poignée et se manger la porte qui n'a pas bougé d'un iota.
    Dire : "ah oui mais nan, c'est l'autre sens, sa *tûuuuuut* de *tûuuuuut* de poignée".
    Entrer.
    Aller vérifier que la chaudière est toujours allumée et que monsieur Basilic l'a pas éteinte, sinon, on est bon pour revenir dans une heure.
    Entendre shwouff-svrip -clap-clap.
C'est le gros chat qui s'est pris un jour une poêle à frire en pleine face, que ça l'a laissé bizarre et le visage tout écrasé qu'on pourrait laver les vitres avec. Hideux et légendaire, il faudra d'abord l'affronter à mains nues.
    Dire : " Monstre tutélaire de ces lieux, mon coeur est pur et ta tête ressemble à un fond de ketchup, je te défie !"
    Dire : "Ah, tu fuis par la chatière, lâche !"
    Dire : "Non mais ça avait l'air solide, pourtant, ce truc".
    Ensuite, magie de l'eau chaude.
    Puis tout refaire en sens inverse : fermer les douze clés, replanquer le bitoniau de l'alarme, revenir chez soi.
    Tout ceci impliquait évidemment que monsieur Basilic, à chaque fois qu'il allait dormir en ville, pense à planquer le bitoniau de l'alarme au fond de la cage à oiseau, derrière la grotte.

    Maintenant, petite devinette. Quel jour a choisi monsieur Basilic pour oublier de laisser la télécommande dans sa cache habituelle et l'emporter avec lui ?

    Oui, c'est bien le jour où il est parti pour une semaine en Espagne à 1700 kilomètres de là, avec son portable qui capte pas.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Mercredi 9 janvier 3 09 /01 /Jan 01:33
    Il y eut encore un sacré paquet de jours, puis un sacré paquet de nuits glaciales, et enfin le 18 octobre vint. C'était un jeudi beau comme l'aube sur le Mékong au printemps1875, et ça faisait un mois et six jours qu'on avait été parachutés dans le jardin de monsieur Basilic.

    Le 18 octobre, jour de la Réparation.
    Pour tout dire, Jerry et moi, on a fixé ça comme début de notre nouveau calendrier.

    On avait un timing que dans n'importe quel film avec Georges Clooney et Brad Pitt tout le monde aurait été jaloux.
Step one : Les Samaritains venaient réparer le jeudi.
Step two : Le vendredi en fin de matinée, monsieur Qualigaz re-re-re-revenait et nous délivrait enfin une certification d'installation.
Step three : Le vendredi en fin d'après-midi, GDF passait et mettait le gaz au singulier à défaut de l'avoir mis au pluriel jusque là.

    Tous ces rendez-vous étaient pris depuis deux semaines, et comme dans un film, la seule raison susceptible de faire capoter l'affaire, c'est que le héros a annoncé au début qu'il n'y a aucune raison que ça rate.

    Il faut cependant savoir qu'à GDF, ils sous-traitent. A GDF, quand on prend un rendez-vous pour mettre le gaz, c'est pas eux qui viennent, c'est d'autres gens. Alors GDF prend note qu'on aimerait que GDF mette le gaz, et GDF répond que bien sûr, ils vont demander à d'autres gens, qui nous rappelleront dans la semaine pour fixer rendez-vous. En fait, c'était la quatrième fois qu'on faisait ça, mais à GDF, ils ont l'amour du client, ils aiment bien expliquer tous les détails de la procédure dans le téléphone surtaxé avec quoi qu'on les appelle.
    Trois fois, qu'ils nous avaient rappelés ensuite, les autres gens qui mettent le gaz, pour prendre rendez-vous. Et trois fois qu'on avait annulé en ouhaouhant à l'aube.

    Mais la quatrième fois, ils avaient pas rappelé dans les délais, les autres gens. Ça nous semblait bizarre, mais ils nous restait encore une dizaine de jour avant la Réparation, on se disait : "ça va venir".
    Quatre jours avant la Réparation, ça n'était toujours pas venu. Mais GDF nous rassura par surtaxe sans fil : s'ils n'avaient pas appelé, les autres gens, ils allaient le faire. Tout était conforme dans l'ordinateur.
    Mais peut-être, avons-nous dit, peut-être ça vaudrait le coup de leur passer un coup de fil, histoire de leur rappeler qu'ils ont peut-être oublié ?
    Pensez-vous ! L'ordinateur ne se trompe jamais, et puis appeler les techniciens qui viennent d'ailleurs, comment faire, ils n'ont même pas de numéro surtaxé ! Donc vendredi après-midi, sans qu'il soit possible d'en douter, les gens d'ailleurs envoyés par GDF seraient là avec du gaz et beaucoup d'amour du client.

    Le jour de la Réparation est donc venu.
    Il est venu d'abord par téléphone, une heure avant le rendez-vous.
    "Oui, allô, je sais que vous allez rire, mais on a un empêchement, monsieur Samaritain est malade. Donc, lundi prochain, plutôt ?"

    Vous allez rire : on a pas ri.

    Finalement, après plusieurs explications diverses, une équipe de secours est arrivée, et monsieur Basilic aussi, mais par un autre chemin et comme inopinément. Mais monsieur Basilic n'est pas resté longtemps parce que le type de l'équipe de secours a dit, "C'est bizarre que ça fuit comme une passoire, votre installation, on jurerait que c'est tout neuf" alors monsieur Basilic s'est rappelé qu'il avait une partie de tarot avec les carottes et il est allé se cacher dans la cabane à outils.

    Le lendemain, monsieur Qualigaz est venu, il a tout vérifié, et le ciel a brillé d'un éclat doré et les buissons ont brûlé d'un feu qui ne consume pas et les grenouilles ont chanté et ça ne fuyait pas.

    Et pendant cette matinée, GDF a reconfirmé que même si les autres gens n'avaient pas appelé pour confirmer le rendez-vous, ils viendraient.

    A 16 heures, GDF nous a confirmé qu'il fallait attendre 19H, la fin du créneau de fin d'après-midi, avant de conclure que les techniciens n'étaient pas venus. Parce qu'un gros doute ne constituait pas une raison suffisante d'appeler les techniciens.

    A 19H, GDF a reconnu que le gros doute avait muté en certitude et nous a appris qu'à partir de 17H on ne pouvait plus appeler les techniciens. Puis GDF nous a demandé d'aller visiter la Grèce et de rappeler lundi.

    On a hésité, et puis vers 23H, quand même, on est allé dire à monsieur Basilic que c'était plus la peine de se cacher dans l'appentis.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Dimanche 6 janvier 7 06 /01 /Jan 14:30
    Bon parce que jusque , on se disait qu'on avait pas de gaz, certes, mais au moins on avait l'eau et l'électricité, c'était déjà mieux qu'au moyen-âge et chez les petits enfants du Sahel, faut toujours penser aux petits enfants du Sahel quand on a envie de se plaindre, même si eux, ils ont pas de problèmes de chauffage, alors qu'ils viennent pas se plaindre non plus. Quoi. Bref, on avait l'électricité et c'était chouette parce qu'au moins ça permettait de s'éclairer, de bosser sur nos ordis (faiblement calorifères) et de faire fonctionner les deux petits sèche-cheveux soufflants des années 80 qu'on avait piqués dans la salle de bains de monsieur Basilic pour servir de chauffage d'appoint.

    L'électricité, c'était un peu, comme qui dirait, notre dernier espoir en ce monde cruel, en fait, à la mi-octobre, quand on attendait les racommodeurs de tuyaux de gaz en empilant les pulls.

   Alors évidemment, EDF qui menace de couper le courant, on a tremblé encore un peu plus. Heureusement, c'était quasi rien, juste une histoire de banque qui, au moment où elle aurait dû envoyer des sous, a préféré jouer de la cornemuse rapport au fait qu'un employé d'EDF, au moment où il aurait dû saisir un RIB, avait préféré faire des claquettes, et donc dans tout ça vu qu'ils avaient oublié de se refiler nos sous entre eux ils préféraient gueuler un bon coup parce qu'on ne sait jamais, et puis nous mettre une grosse pénalité pour les frais de traitement parce que bon faut le savoir mais la cornemuse c'est pas donné non plus.

     Tout ça nous a fait souvenir de la chaudière. Parce qu'au fait, cette chaudière, elle a toujours pas de gaz, mais quand elle en aura, elle aura bien besoin d'un peu d'électricité pour marcher, non? Si. Sauf que l'alimentation de la chaudière, pas moyen de la trouver. Y'avait bien une prise prévue juste à côté sur le mur, mais rien pour brancher sur la prise. Longtemps, on s'est dit que ça devait être normal, que quand il y aurait du gaz, la chaudière sortirait un petit tentacule sympathique et se brancherait toute seule comme par magie.

    C'est Tom qui a trouvé le truc, en fait. En démontant la chaudière. Parce que la fiche, elle était à l'intérieur. Evidemment, c'est beaucoup plus facile de transporter une chaudière lui enroulant le câble électrique dans le ventre, on est pas toujours d'humeur à jouer à la corde à sauter avec une chaudière à gaz de 90 kg. L'ennui, c'est qu'il y est resté, le câble. Amoureusement blotti
entre le compresseur et le mégapositron, lové façon serpent qui hiberne entre le circulateur et les gaines d'isolation, une fois tout bien scellé, vissé, boulonné, soudé, raccordé, plus rien qui bouge. Oh ça, on s'est dit, c'est bien embêtant, alors. Et monsieur Basilic, qui passait par là, il a dit, non mais ça doit être normal, parce que vous savez, super Mario, c'est quelqu'un qui fait bien son boulot, hein, il s'y connaît, alors il aurait pas pu faire quelque chose comme ça si c'était pas normal, vu que c'est quelqu'un qui bosse bien, hein, c'est comme pour les tuyaux, quand même, c'est du bon boulot, et on a répondu ah ça c'est sûr, et on l'a flanqué à la porte pour retourner claquer des dents en paix, puisque de toutes façons pour l'instant on avait pas de gaz et que quand on en aurait super Mario viendrait sauver le monde et mettre en route la chaudière, il l'avait promis, alors c'était sûr.

    Bon. Et c'est à ce moment, ou à peu près, que le tableau d'électricité a commencé à faire des étincelles dans tous les sens et à grésiller comme une vieille tranche de lard, et les lumières clignotaient et le courant se faisait vachement alternatif. Alors monsieur Basilic, qui était resté collé derrière la porte quand on la lui avait claquée au nez, a repassé la tête pour dire oh mais pourtant, celui qui a fait le tableau électrique, lui, c'était un vrai électricien, hein, il connaissait bien son boulot, et puis il bossait bien, ah ça. Et c'était pas parce qu'il avait été arrêté pour conduite en état d'ivresse, un jour, en venant sur le chantier, qu'on allait dire le contraire, ah non, faut quand même pas douter de tout comme ça, hein, les jeunes, non parce qu'on peut pas dire, c'est quand même du bon boulot, non ça c'est sûr, et là on a reclaqué la porte et fermé à double tour et on s'est débrouillés comme on a pu avec l'électricité.

    Et on a commencé à tricoter des pulls supplémentaires parce qu'on avait déjà mis tous ceux qu'on avait.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Jeudi 3 janvier 4 03 /01 /Jan 08:51
    Non, quand même, c'est rageant qu'on ait pas eu le chauffage cet automne.

    Parce que quand on y pense, il a fait plutôt doux.

    Pas au point de pas chauffer, non, ça va, on s'est bien caillés quand même, mais plutôt doux.

    Quand on pense aux économies de chauffages qu'on aurait faites par un automne pareil, si on avait pu chauffer, j'vous jure, c'est rageant.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Lundi 31 décembre 1 31 /12 /Déc 08:00
    Tu te rends compte, Tom, tu te rends compte, en fait, on a réussi à intéresser vachement de monde avec notre feuilleton à la noix! Y'a tous les jours des centaines de personnes qui viennent sur notre blog rien que pour lire nos problèmes gaz!

    C'est Jerry qui disait ça, elle était dans un bon jour, elle aimait le genre humain tout entier.

    Et c'est vrai d'ailleurs, vous êtes tous les jours très nombreux à venir lire nos bêtises, on sait pas trop d'où vous sortez, mais on vous embrasse tous très fort sous le gui et sur les deux joues.

    Et Tom a répondu mouais, bof, tu sais, on est des petits joueurs... Regarde, GDF, ils sont linkés par personne, ils commentent pas chez les autres, ils utilisent zéro mots-clefs racoleurs, ils font aucun effort de rédaction, et y'a tous les jours des milliers de personnes qui viennent lire leur site. Et même qui leur téléphonent!

    Ah oui, effectivement. Je sais pas si on peut vraiment appeler ça de l'intérêt, en fait.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Mercredi 26 décembre 3 26 /12 /Déc 23:42
    Au fait, on vous avait pas dit, mais monsieur Basilic, il a des origines écossaises.

    Enfin on en est pas certains, mais on suppose. On a des indices concordants et nombreux, comme qui dirait. Mais passons. Et non, il met pas des kilts.

    Pendant ce temps-là, pendant qu'on attendait qu'un pote de Samaritain vienne raccomoder nos tuyaux à gaz en dentelle de Calais, on se les pelait grave, dans notre petite maison au milieu de la forêt. Certes, mais pour ça, on avait toujours moyen de remettre un pull. Et puis un autre. Et puis encore un autre. Zut, c'était le dernier.

    Par contre, pour se laver, c'était beaucoup plus problématique.

    Se laver à l'eau froide, c'est formidable. Tous les canards et les scouts vous le diront. C'est vivifiant, bon pour le coeur, souverain contre les maux de tête et préventif contre la toux et la petite vérole, hop, dès l'aube, une nouvelle vie qui commence, reste plus qu'à se fustiger un peu avec des orties sèches et vous voilà un homme neuf, prêt pour une nouvelle journée à 100 à l'heure.

    Autant dire que, la situation menaçant de s'éterniser, on a assez rapidement accepté la proposition de monsieur Basilic de venir se doucher chez lui, vu qu'il ajoutait la qualité de voisin à celle de propriétaire, et de traverser le jardin pour se décrasser convenablement. Avec savon, shampooing, serviettes, peignes, vêtements de rechange, etc. Non c'est pas lourd, c'est nécessaire.

    Parce qu'il était vraiment très embêté pour nous, monsieur Basilic, même si, cette fois, c'est sûr, on allait l'avoir, le gaz, et avant la mi-octobre encore, vous verrez, ben en attendant, il insistait vraiment pour qu'on profite de sa salle de bains, ça lui permettrait de mieux dormir en paix. Bon, à condition de bien nettoyer après, évidemment. Alors les satues en stuc qui ornent les bords de la baignoire, elles se nettoient à la pierre blanche et au coton tige. Oui oui, à chaque fois. Non parce que vous comprenez, ça aime pas l'eau, hein. Oh, mais c'est qu'il aime les belles choses, monsieur Basilic.

    La première douche chaude chez monsieur Basilic, on l'a beaucoup appréciée.

    Mais pas longtemps.

    Parce qu'au bout de pas beaucoup de minutes, de l'eau chaude, y'en avait plus. ça cascadait gelé sur nos épaules. C'était pourtant pas pour être restés longtemps. L'avantage, c'est que du coup, ça passait l'envie de s'attarder sous la douche. L'inconvénient, c'est que si Tom était à peu près tiré d'affaire, Jerry avait les cheveux pleins de shampooing. Mais le rinçage à l'eau froide, ça rend les cheveux plus brillants, si, si, paraît que Claudia Shiffer ne jure que par ça et le jus de citron.

    Monsieur Basilic nous a expliqué que c'était complètement normal, c'était parce qu'il avait oublié de purger le ballon alors il se remplissait pas complètement et ça faisait pas assez d'eau chaude, mais il allait le faire, d'ici la prochaine fois, pas de problème, parce que pour lui, bon, ça suffisait, mais il voulait vraiment pas qu'on soit gênés, alors ça, surtout pas.

    Bon, la deuxième fois, on a apprécié le comique de répétition. Monsieur Basilic nous a alors expliqué que le chauffe-eau, il le mettait juste un petit peu le matin, avant de prendre sa douche, et que oh, ça suffisait amplement pour la journée, normalement. Enfin, normalement, hein.

    Alors on a pris l'habitude de se pointer une première fois pour allumer le chauffe-eau, et une seconde fois, une heure après, pour se laver. ça n'allégeait pas à proprement parler la logistique de nos séances de lavage, mais au moins on avait de l'eau chaude.

    Par contre, quand monsieur Basilic nous a dit que vraiment, le faire chauffer un quart d'heure, vous savez, ça suffisait, on a pris une grande respiration pour répondre sur un ton calme que non, pour deux douches ça suffisait pas. Et quand il a ajouté que normalement, ça suffisait, mais enfin peut-être que nous, on se douchait longtemps, mais enfin c'était pas grave parce qu'il voulait surtout pas qu'on se sente gênés, hein, parce qu'après tout, on était dans les ennuis aussi, on a pris nos serviettes entre les dents et on a mordu bien fort dedans avant de monter l'escalier en vitesse vers la salle de bains, parce qu'après tout, de l'eau chaude, c'est tout ce qu'on voulait.

    Oh, et puis j'oubliais, après chaque douche, évidemment, on a remis un pull.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Samedi 22 décembre 6 22 /12 /Déc 13:46
    Pour ceux qui ont oublié où on en était, je rappelle qu'on en était à l'étape : démonter les murs pour voir si la fuite elle serait pas dans les tuyaux qui passent dedans plutôt que dans ceux qui passent dehors, vu que sinon ce serait trop simple.
    Donc on a démonté les murs, de grands pans de murs - du placage vissé, heureusement - pour dénuder tout le trajet du circuit du gaz qu'on espérait fortement voir un jour passer dans les tuyaux.
    Et le Bon Samaritain est revenu.
    Il a dit "ah là là, y a eu un coup de froid, là, hein" comme on dirait "ah ben ma bonne dame, les saisons, y en a plus du tout" et puis il nous a regardé, et c'est peut-être la couleur bleue qui lui a mis la puce à l'oreille, parce qu'il a ajouté : "ah oui, mais vous devez avoir remarqué, hein".

    Et puis il a pulvérisé du produit sur tous les tuyaux, du produit qui fait des bulles là où il y a une fuite. La technologie moderne, quand on la voit de près, on a trop l'impression d'être dans Starwars.

    La fuite a été localisée. Dans un coude, au niveau du plafond, derrière un pilier, au creux d'une colonie d'araignées - et bardé de tous côtés de tuyaux en plastique de canalisation. Or, comme chacun sait, une fuite dans un tuyau, ça se répare avec un chalumeau. Qui dégage flamme et chaleur, qui fait fondre les plastiques. "Oh ben celui qui va passer avec le flambard, il va s'amuser, hein" qu'il a dit, le Samaritain. Et il a rigolé, parce que ce serait pas lui qui s'en occuperait, et que bizarrement, ça fait toujours rigoler les gens, quand c'est pas eux qui.

    Bon, pour le rendez-vous pour la réparation, ce serait pas avant trois semaines, hein. Donc, autant garder les murs ouverts. Avec les araignées qui logent dedans, ça nous ferait de la compagnie. Et d'après Météo France, on descendra pas en dessous de dix degrés, cette semaine.

    Par contre, ce qui nous a fait chaud au coeur, c'est que le lendemain, on a reçu une lettre d'EDF. Ils nous disaient qu'ils nous aimaient et qu'ils nous feraient empaler par le feu dans les fourmis rouges si on payait pas la facture avant hier, ci-joint pas de facture.

    La vie est pleine de couleurs quand on a des amis qui pensent à vous.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Mardi 18 décembre 2 18 /12 /Déc 18:07
    Hier, on a reçu des voeux dans la boîte aux lettres.

    Oh oui, c'était chouette, on a reçu des voeux. Déjà. Y'a des gens qui s'y prennent drôlement tôt, par chez nous.

    Ceux-là, qui étaient si empressés de nous souhaiter tout plein de bonnes choses pour Noël et la nouvelle année, c'étaient d'honnêtes commerçants du coin, des gens bien, quoi, une brave agence immobilière qui s'appelle Sanstutmarres 21, ou quelque chose comme ça.

    Et ces gens-là, vrai, ils viennent vous faire Noël directement chez vous. Avec une belle carte de voeux pleine de dessins rouges et verts qui sentent le sapin, pardon, qui sentent la joie des fêtes de fin d'année, et tout plein de cadeaux formidables, que votre grand-mère qui sait jamais quoi vous offrir devrait y penser sérieusement : "estimation gratuite", "promotion de votre bien", ça sonne déjà les carillons rien qu'à le lire, tu sens vraiment les gens prêts à se mettre en quatre pour te faire plaisir. Tiens, c'est marrant, la dernière fois qu'on avait eu affaire à eux, ils nous avaient plutôt fait comprendre qu'il fallait pas croire au père Noël, chez Sanstutmarres 21.

    Oh et puis tiens, ils proposent des "visites ciblées", aussi. Genre on fera pas visiter votre maison à des sales crevards, ah, ça non. Oh ben oui, faudrait quand même pas que les gens s'imaginent, quand ils voient une annonce en vitrine, qu'ils vont pouvoir visiter comme ça! Ce doit être pour ça qu'elles étaient toujours déjà louées, les annonces affichées, la dernière fois qu'on est allés chez Sanstutmarres 21.

    Et avec leurs voeux très aimables, ils nous filent même un téléphone pour fixer un rendez-vous "à notre convenance", si jamais ça nous prenait l'envie, comme ça, on se fait une bouffe et on discute, ça serait sympa. Non, non, pas un rendez-vous "démerde-toi pour y être en même temps que 112 autres", un rendez-vous "à notre convenance". Ben ça alors, on avait pas été habitués à ce genre de courtoisie, de la part de Sanstutmarres 21, la dernière fois qu'on avait été en contact avec eux.

    Oui, on reçoit de drôles de choses dans sa boîte aux lettres, parfois, quand on vit dans un quartier de propriétaires.
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Jeudi 13 décembre 4 13 /12 /Déc 19:39

    Heureusement, on avait un joker dans notre manche.

    Bon, OK, c'était pas Super Mario, il avait un nom bien moins chouette, 80's et glamour que ça. Notre joker, il s'appelait - ou à peu près - AGCEC 78, AGCEC pour "Aide aux Gens qui Caillent et qui ont pas d'Eau Chaude" parce que c'était un de ces bêtes noms tout simples qui font pas rêver, qui disent simplement ce que les gens font là-dedans, sans apprêt, genre plomberie-chauffage, et 78 pour des raisons qu'on a pas bien saisies mais enfin bon c'est comme ça.

    Et comme les gens d'AGCEC 78 étaient juste à côté de chez nous, c'est naturellement chez eux qu'on est allés crier famine.

    Et forcément, quand on a expliqué que nos tuyaux de gaz étaient faits avec de la dentelle de Calais parce que y'avait pas mieux mais que quand même on aimerait bien que monsieur Qualigaz dise oui, les gens d'AGCEC 78 ont tout de suite vu le problème et ils nous ont demandé qui avait fait l'installation.
Alors on a dit que c'était Super Mario, et quand ils nous ont demandé pourquoi c'était pas lui qui la réparait, dans ce cas, on a commencé à leur expliquer les histoires de tortue et de champignons magiques et ils ont tout de suite vu le problème.

    Sauf que l'ennui, c'est qu'un plombier-gazier ne peut pas venir
réparer une installation neuve faite par un autre, sinon il devient potentiellement responsable des vices de construction du précédent. Alors franchement, venir racommoder nos conduites de gaz en dentelle de Calais, ils étaient pas super chauds, les gens d'AGCEC 78, et pour tout dire, on les comprenait un peu.

    Et là, un monsieur a passé la tête dans la porte et a dit que lui, il voulait bien aller y jeter un oeil, à l'installation des petits jeunes qui avaient froid. On a demandé qui c'était, et les autres nous ont dit que c'était monsieur Le Bon Samaritain. Tom et moi, on a trouvé que c'était pas courant comme prénom, mais on a vite pris rendez-vous pour le lendemain matin avec Le Bon Samaritain.

    Le lendemain, Samaritain est venu avec tout son matériel, et il a commencé à tester tous les tuyaux de la maison pour trouver la fuite. Enfin, tous les tuyaux accessibles.

    Et tous les tuyaux qu'il a testés, ils étaient parfaits.

    Zéro fuite.

    D'un côté, c'était une bonne nouvelle, ça voulait dire
qu'ils étaient pas fuités de partout, nos tuyaux.

    D'un autre côté, c'était une très mauvaise nouvelle, parce que ça voulait dire que la fuite, elle était sur un tuyau qui passait dans le mur. Et qu'il allait donc falloir qu'on démonte les murs, Tom et moi, et qu'ensuite Samaritain revienne tester les tuyaux, et il avait pas le temps avant la semaine suivante.

    Alors on lui a dit à la semaine prochaine, on a rassemblé nos outils pour démonter les murs, et puis on a remis un pull.

Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Vendredi 7 décembre 5 07 /12 /Déc 15:19
    Après avoir bien ouhaouhé avec GDF au téléphone, force nous a été de porter en place publique le doute que nous commencions à entretenir quant à l'utilité réelle des super-pouvoirs de Bricodidier.

    Entendons-nous : il y a trois espèces de super-pouvoirs.
    Les super-pouvoirs qui sont cools et qui sont utiles : par exemple, bloquer les balles des méchants avec sa poitrine.
    Les super-pouvoirs qui sont cools mais inutiles. Par exemple : surfer dans l'espace.
    Les super-pouvoirs inutiles et tout nases. Par exemple, boire du lait par l'oreille.

    Bricodidier était censé amener assez rapidement Super Mario, plombier responsable de l'installation qui marchait pas. Tout heureux de cette venue en urgence qui allait enfin nous tirer des emmerdes dans lesquelles nous étions depuis - ben ça allait faire trois semaines, déjà -, nous nous sommes renseignés avec dévotion sur les super-pouvoirs dudit Super Mario.
    Et là, monsieur Basilic, il nous a tout dit : "Alors Super Mario, ça, c'est la classe, hein, c'est le meilleur des meilleurs." Super Mario, il allait être là et tout de suite, le monde il allait changer de couleur. Déjà, il y aurait une petite
musique allègre et entraînante.
    Ensuite, les problèmes, au lieu d'être de grosses masses sombres et impénétrables, prendraient aussitôt la forme de petits carrés tamponnés d'un point d'interrogation, auxquels il suffirait de mettre un bon coup de boule pour les résoudre.
 
   Et là, "cette fois, c'est sûr, hein", nous a dit monsieur Basilic, "cette fois, hein, ça va être réglé, c'est sûr". Parce que jusque là, c'est vrai que Super Mario, il avait joué de malchance. La princesse avait été kidnappée par Wario, et puis il y avait eu les vacances, et puis la princesse avait eu une angine, et puis la police avait perquisitionné et mis sous séquestre toute la réserve de champignons magiques. Mais tout ça c'était fini, et ce soir-même, il serait là.

    Alors nous, on attendait avec impatience le coup de boule magique de Super Mario qu'après il ferait enfin bon et chaud chez nous. "Ça, c'est sûr, ça va aller, cette fois, c'est sûr hein", qu'il disait toujours monsieur Basilic. Et Bricodidier, il renchérissait : "ah oui, alors je dirais même plus, ça, c'est sûr".

    Mais Super Mario, il n'est jamais arrivé chez nous. En chemin, sans qu'on sache très bien pourquoi, il a shooté dans une tortue qui passait là, elle a rebondi sur un mur et lui est revenue dans la figure. Fractures multiples, trauma crânien, hospitalisation d'urgence.

    Monsieur Basilic, quand on a appris ça, il a redit encore un coup ou deux "ah ça, c'est sûr, hein", mais en regardant un peu dans le vide et avec l'air de se demander s'il y avait vraiment quelque chose de sûr dans ce triste monde. Il y a eu comme un long silence, un petit vent froid se levait, la journée touchait largement à sa fin. Monsieur Basilic était plongé dans ses pensées, et nous on était plongés dans l'attente d'un truc qu'il nous proposerait et qui ressemblerait à une solution.

    Mais au lieu de ça, il a juste relevé la tête d'un coup et il nous a demandé " Mais c'est quoi, ce flap-flap-flap qu'on entend, là ?"
  
    C'était Bricodidier qui s'éloignait, flottant dans le soleil couchant.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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