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Lundi 3 mars 1 03 /03 /Mars 12:07
    Maintenant que Jerry a déprimé tout le monde, qui c'est qui doit remonter le moral ? C'est bibi.
Y en a, je vous jure, ils pensent qu'à eux, jamais à bibi.

    Alors pour remonter un peu le moral, on va dire que l'histoire du gaz touche à sa fin. Pas dans cet épisode, mais dans l'autre.

    Pour monsieur Basilic, la petite anecdote du jour, c'est qu'on a échangé la chaudière qui avait besoin d'une cheminée qu'on avait pas avec une chaudière à ventouse, qui n'a pas besoin de cheminée. Mais la chaudière à cheminée, on l'a pas jetée. Monsieur Basilic, lui il a une cheminée de cinq mètres, qui tire comme un réacteur de Boeing. Et il avait une chaudière qui datait de 1919. Cette chaudière, c'est le seul remboursement que l'Armée Révolutionnaire a bien voulu lui faire sur ses emprunts russes. C'est pas par générosité, d'ailleurs. C'est juste que Lénine en pouvait plus d'entendre monsieur Basilic se plaindre, alors ils lui ont donné une chaudière (la photo est incroyablement ressemblante).

    Donc cette chaudière de 1919, monsieur Basilic l'a remplacée par celle qu'il avait fait installer à l'origine chez nous, histoire de pas tout perdre non plus. Il gagnait au change, à vrai dire. Il gagnait presque quatre vingts ans de progrès technique, sur une période plutôt avantageuse, question progrès technique.
    Assez rapidement, la nouvelle chaudière qui venait de chez nous, elle est tombée en panne, et monsieur Basilic s'est retrouvé chez lui, avec plein de progrès technique mais sans chauffage.
    Pendant plusieurs jours.

    Quand on a appris ça, nous, aussitôt, on n'a fait ni une ni deux : on lui a conseillé de mettre un Damart.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Jeudi 21 février 4 21 /02 /Fév 19:14
    Cela fait quelques mois maintenant que le sourd travail est à l'oeuvre. Que nous l'avons vu maigrir, perdre ses forces, s'essouffler, que nous avons appris, toujours avec surprise, une première, une seconde, une troisième hospitalisation, toujours pour des raisons qui seraient légères isolément, mais qui, à son âge et prises ensemble, dessinent une inquiétante réalité.

    Et tous, enfants, petits-enfants, nous avons ce mouvement désespéré, vouloir lui parler, vouloir le revoir, chacun son tour, car nul ne sait quand viendra le jour où ce ne sera plus jamais possible. Car tous, déjà, nous savons que nous le regretterons, avec sa tête de mule et ses confitures, avec sa passion pour la pédagogie et ses histoires d'enfant de choeur, avec son rire et ses ronchonnements, avec son incroyable ouverture d'esprit et son énergie hallucinante, avec sa jeunesse d'esprit et sa foi désuète dans le progrès, avec son vélo et son chapeau de paille.

    Tous, je crois, nous voudrions le voir, lui parler, une dernière fois - le mot n'est jamais dit - car il va tellement nous manquer.

    Mais il nous manque déjà.

    Car à lui téléphoner, on sent, à sa toux, qu'il vaut mieux ne pas le faire parler trop longtemps, tant cela lui coûte d'efforts, et que sans doute le plaisir de parler à ses petits-enfants compense à peine les souffrances du corps.

    Et je sais déjà, avant de partir le voir, que je ne le verrai pas tel qu'il restera dans mon souvenir, que ce sera difficile et triste, que ma venue ne sera pas si significative que les raisons de ma venue, qu'il est déjà si seul. Et certainement, il sera terriblement gentil, comme il l'était ces derniers temps, et si tranquille et tellement en paix, mais quelle tragédie quand cette vie n'est plus qu'épuisement, quand lui parler et aller le voir, c'est peut-être user ses dernières forces.

    Non, il faut le savoir, en partant, que ce n'est pas pour retrouver encore un peu ce grand-père qui va bientôt disparaître, que ce n'est pas pour profiter encore un peu de sa présence tant qu'il est encore temps, car pour cela, non, il n'est déjà plus temps. Que ce sera terriblement dur de ne pas pleurer. Que j'aurai du mal à parler de choses et d'autres ou à donner des nouvelles, comme lors de précédentes visites. Que cet adieu ne sera jamais dit, car ce serait atroce à dire. Que les dernières gentillesses, les derniers gestes d'affection, de part et d'autre, quand il ne reste plus que cela de possible, ce sera un déchirement.
Par Jerry
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Lundi 18 février 1 18 /02 /Fév 13:46
Les chauffages qui ne fuyaient plus, la chaudière qui ronronnait comme un gros chat enfermé dans un placard qui ferait le gentil pour qu'on le laisse sortir, tout ça tout ça, déjà, on se sentait mieux.

Bon, on pouvait pas encore vraiment prendre de douches, hein, ça c'est sûr, sinon la chaudière tombait en rade et nous asphyxiés. Et puis surtout, elle a pas duré longtemps, notre première période de chauffe, parce qu'au bout de 2 jours, AGCEC est venu et a emporté la chaudière. Hein? Quoi? Emporté la chaudière? Oui, mais en promettant d'en rapporter une autre le lendemain, une qui fait chauffage ET eau chaude cette fois, et sans asphyxier les habitants, alors bon, on a autorisé l'échange des otages avec des larmes dans les yeux.

C'est vrai, quoi, une chaudière Osakaï toute neuve, toute belle, toute chouette, et surtout on s'était tant de fois agenouillés devant elle pour prier saint Poilodos, patron des gens frileux, de nous accorder du chaud, on s'est dit qu'elle allait nous manquer. Et on s'est demandé si la nouvelle, une Dormeur-Duval, serait aussi bien, ou en tous cas pas pire, parce qu'après tout, à qui se fier.

Alors on s'est agenouillés devant le trou béant laissé par la chaudière absente, et on a prié saint Bozyeux, patron des quarante voleurs, pour que ça soit pas une arnaque, pour que nos Ali-Babas de quartier ne se trompent pas de porte et pour que notre future chauferette ne soit pas victime des bandits de grand chemin.

On a dû bien prier, parce que le lendemain, ils sont revenus, ils avaient pas oublié la chaudière, personne n'était malade, bref les travaux ont commencé.

Et c'est là, en refaisant les conduits d'évacuation des gazs brûlés, que les collègues de Samaritain ont mis au jour le grand secret.

Généralement, dans les feuilletons de l'été, après des mois de galère, quand les héros arrivent à peu près au bout de leurs emmerdes, ils font des travaux dans leur maison, et là, paf, ils tombent sur un trésor caché dans un conduit d'aération par le grand-père que personne n'aimait et qui du coup se trouve réhabilité au fond de sa tombe, et que même si ça arrive un peu tard puisque les ennuis sont finis, c'est toujours ça de pris.

Bon, ben faut savoir que dans les feuilletons de l'automne, c'est sensiblement différent.

Ce qu'on a trouvé, dans les conduits, c'était surtout un tas de vieilles chemises à carreaux cradingues déchirées en lambeaux. On a bien cherché voir s'il y avait un cadavre avec, histoire que ça palpite un peu, mais queud. C'était juste des vieilles loques qui servaient à colmater des trous dans le toit faits comme des cochons.

Vous me direz, c'est pas bien intéressant, comme trésor.

Et je vous répondrai, oh que si! Parce que des vieilles chemises déchirées, quand ça sert de rembourrage autour d'un tuyau d'évacuation des gazs brûlés, ça fait quoi? A terme, ça brûle, et la maison avec, et ses occupants itou, parfois.

Donc on a expiré un grand coup, on a roulé des yeux un peu fous et on a couru partout en criant, parce que y'a pas à dire, comme trésor, c'était tout pourri, mais on était drôlement contents quand même que les messieurs d'AGCEC l'aient trouvé. Parce qu'on avait envie d'avoir chaud, oui, mais pas à ce point.

Ensuite, ça a été à peu près bien. Oh, il a encore fallu mettre à l'endroit le dernier chauffage (- Mais comment ça, à l'envers? - Ben oui, à l'envers. ça veut dire que le robinet d'ouverture, il est sur la sortie, et que l'eau, au lieu de descendre dedans, elle doit monter.), et puis changer le tableau électrique aussi, qui avait tendance à jouer les cierges magiques, alors qu'évidemment, une chaudière à gaz, pour fonctionner, il lui faut aussi de l'électricité, sinon ce serait pas drôle.

Non, à part ces deux ou trois petits détails, on a commencé ce jour-là une grande histoire d'amour avec notre chaudière Dormeur-Duval, qui était gentille, modeste et travailleuse.

Et comme on allait justement célébrer les deux mois de notre emménagement, on a enlevé d'un coup tous nos pulls, et on a filé sous la douche. En sortant, on a remis un nombre raisonnable de pulls, et on s'est trouvés drôlement maigrichons d'un coup.

Epilogue

Dans les jours qui ont suivi, on a observé un changement sensible chez Tom et Jerry. Une agréable à chaleur à nouveau dans l'air, les corps se sont peu à peu découverts, les épaules crispées par le froid se sont détendues, les fronts se sont déplissés, les yeux se sont illuminés d'autres pensées.

L'air qui se réchauffe, les habits qui s'allègent et les idées qui se réjouissent, ça vous rappelle rien, si?

Ben si. Cette année-là, pour nous, le printemps est tombé à la mi-novembre.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Samedi 9 février 6 09 /02 /Fév 03:00
    Monsieur Basilic, il a ce que dans le jargon des publicitaires du Moyen Age, on appelle un "motto". Attention, pas une moto, ça n'a rien à voir. Avec une moto on peut aller voir ses cousins à Dijon, tandis qu'avec un motto, on peut vraiment rien faire du tout.

    Un motto, c'est une devise, un mot d'ordre, un projet de vie, une fière bannière familiale à laquelle se rattacher quand tout sombre autour de soi dans des âges de sombres désespérance où il fait très noir et que de grandes catastrophes s'abattent sur l'humanité victime de son avidité.

    Bon, bah monsieur Basilic, il a ça. Un motto.

    "Bah ça c'est sûr, hein !"

    C'est son motto. C'est un motto un peu pourri, mais c'est normal, monsieur Basilic il a confié ses travaux à Bricodidier, alors va savoir à qui il est allé acheter son motto.

    Donc, pour monsieur Basilic, le monde peut s'effondrer comme une compote de pommes pas fraîche, ce n'est pas grave, il a sa fière devise.

    Les extras-terrestres viennent de débarquer dans le jardin, ils sont équipés de lasers ultra dangereux, et ils viennent de cramer tous les bégonias en prenant un air hostile ?

    "Ils sont venus pour la kermesse. Bah ça c'est sûr, hein, sinon, je vois pas ce qu'ils viendraient faire ici."

         Roger le haricot méchant vient d'installer une rampe de lancement pour ogive nucléaire sur le toit ?

    "C'est pour décorer. Bah ça c'est sûr, hein, c'est quand même pas une rampe de lancement pour ogive nucléaire, hein !"

    La météo annonce un cyclone en conjonction avec un astéroïde, le plan urgence mortelle est déclenché sur tout le territoire et les supermarchés sont pris d'assauts par une foule affolée tandis que dans les rues résonne le glas macabre de la Grande Peste ?

    "
Bah ça c'est sûr, hein, demain vous aurez le gaz."

    Ce qui est sûr, c'est qu'au bout d'un mois et demi à moisir dans une maison à douze degrés, on a pris le large et on s'est réfugié là où il faisait chaud et qu'on voulait bien de nous. Mais c'était pas une fuite, bah ça c'est sûr, hein, c'était juste pour prendre un peu de recul.

    De là, on a télé-dirigé les opérations, histoire que monsieur Basilic découvre le plaisir de faire les choses par soi-même. Alors il disait que la chaudière, elle allait finir par marcher tout seule, mais que d'accord, pour nous faire plaisir, il allait faire venir des gens compétents au cas où - même si c'était pas à lui de s'occuper de tout ça, qu'il a cru bon de préciser.

    Autant vous le dire tout net, il a eu de la chance le Basilic. Il a eu de la chance qu'on soit à trente kilomètres et au téléphone, sinon on l'aurait étripé vivant. Parce que bon, faire réparer sa foutue installation de gaz qui marchait pas, et réparer tous les foutus trucs qui marchaient pas dans cette foutue baraque et rattraper tous ces foutus travaux mal foutus par de foutus jean-foutre - C'ÉTAIT À NOUS DE LE FAIRE, PEUT-ÊTRE ?

    Je suis même pas sûr qu'on aurait pas été acquittés directement, aux assises.

    Entre temps, ceux qui devaient changer tous les robinets et  les raccords sont revenus.
Quand ils sont repartis, il n'y avait plus qu'un seul radiateur qui marchait pas, dont on a appris qu'il était monté à l'envers, que oui, ça risquait d'entraver fortement son action calorifère si on le remontait pas à l'endroit, et que la seule fois où le plombier avait vu un cas comme ça, c'est une maison où tous les travaux avaient été confiés à un poussin en plastique jaune qui flotte dans le bain.

    Mais c'était pas grave parce que de toute façon AGCEC est passé et il a fallu changer la chaudière, vu que personne de sain aurait eu l'idée de mettre ce genre de chaudière dans ce genre de local. Parce que si les fumées s'évacuaient pas, c'est que la cheminée tirait pas. Et si elle tirait pas, c'est qu'elle existait pas, tout simplement. Donc fallait vraiment être un mongolien pour pas prévoir que ça poserait un problème et envisager un autre dispositif.

    Pour ceux qui se demandent où était Bricodidier, l'entrepreneur responsable des travaux, à ce moment-là, la réponse est : au zoo.

    Bah ça c'est sûr, hein, sinon, je vois pas où il aurait été, pendant tout ce temps.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Dimanche 3 février 7 03 /02 /Fév 10:59
    C'est à peu près au même moment qu'on a reçu une gentille lettre de GDF nous informant, cordialement mais fermement, qu'on avait intérêt à accepter la visite de contrôle de notre installation de gaz qui allait être effectuée par leur sous-traitant, une société appelée Noproblemo, vu que si on acceptait pas on aurait qu'à pas se plaindre si on mourait dans d'atroces souffrances et ça serait bien fait.

    Et elle ajoutait, la lettre, que bien sûr, si Noproblemo détectait le moindre souci sur notre installation, ses techniciens se feraient un plaisir de mettre tout ou partie de notre installation de gaz hors d'usage.

    Laquelle installation de gaz avait, donc, du gaz depuis trois jours.

    Y'a pas à dire, ils savent vous souhaiter la bienvenue, ces gens-là.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Jeudi 31 janvier 4 31 /01 /Jan 12:55
    Tout nus et tout gelés dans la salle de bain avec notre chaudière à nouveau en rade, Jerry a proposé une interprétation comme quoi fallait pas la brusquer, la pauvre chérie, c'était déjà pas mal pour un début et puis après tout ce qu'elle avait vécu. Tom, cet empêcheur d'être optimiste en rond, a proposé une contre-interprétation comme quoi y'avait un gros problème et on était pas près de se laver tranquillement chez nous.

    Sur ce, on est allés se coucher, avec au moins la satisfaction d'avoir du chauffage, puisque la chaudière, en gros, tant qu'on était pas sous la douche, elle voulait bien. Y'avait quelque chose de pudique dans son comportement.

    Sur ce, on s'est réveillés, complètement gelés, parce que la chaudière s'était arrêtée pendant la nuit, rapport aux radiateurs qui fuyaient encore comme s'ils avaient eu Lucky Luke à leurs trousses et que donc ça faisait baisser la pression d'eau et la chaudière, quand elle a plus d'eau à chauffer, elle s'arrête, et là ça caille.
 
    Et puis on a réessayé la douche, pleins d'espoir car la nuit porte conseil.
  
    Pas longtemps.

    Alors là, faut préciser une chose. En fait, Tom, il a aussi des super-pouvoirs. Sauf que ses super-pouvoirs à lui, ils sont à peu près complètement l'inverse de ceux de Bricodidier. Bricodidier, en gros, quand il dit que quelque chose va marcher, ça marche, tant qu'on l'essaye pas. Tom, quand il dit que quelque chose va pas marcher, ça marche pas, dès qu'on l'essaye. On pourrait dire que c'est pas complètement inutile, comme super-pouvoir, mais c'est super-énervant.

    Alors non seulement la chaudière a arrêté de chauder encore vachement plus vite que la première fois. Un peu comme si la révolte, durant la nuit, avait enflé dans ses petits poumons et qu'elle avait décidé de bouder grave.
 
    Mais en plus on s'est retrouvés avec une sorte de malaise bizarre, des étoiles dansant devant les yeux, les murs tout d'un coup pas droits, les jambes toutes molles, le coeur en chamade, un peu comme si on avait respiré des gaz brûlés à haute dose pendant le temps de notre courte douche, un peu comme si la raison pour laquelle la chaudière tombait en rade, c'était parce que les fumées de combustion ne s'évacuaient pas à l'extérieur de la maison.

    Alors on a titubé jusqu'à la gare et on est partis très très vite passer un week-end dans la famille de Jerry, où en fait on est restés 10 jours, en se souvenant que si on s'était éloignés de Paris, c'était surtout pour la pureté de l'air.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Lundi 28 janvier 1 28 /01 /Jan 18:19

    Dans l'épisode précédent, Dan a annoncé à Vinnie qu'il avait eu un enfant-otarie avec la grand-mère de Belinda, la femme-poisson clown. Vinnie n'a pu le supporter, et de rage elle a vidé le bocal de Belinda.


    Ah oui. Non.
    C'est pas ça.
    Faites excuse.

    Dans l'épisode précédent, Super Mario est parti en nous laissant dans deux centimètres de flotte froide et des radiateurs qui pleuvaient.

    Ça a eu une conséquence très positive, somme toute.

    Monsieur Basilic a cessé de dire des trucs comme "bah ça va aller, maintenant, hein, c'est sûr !"

    En fait, il a même cessé de dire des trucs, tout court.

    Le seul bruit qu'il faisait encore, c'était scrouit-scrouit à cause de la flotte.

    Alors là on a été très diplomate, il faut dire. On l'a complimenté sur le fait qu'il faisait super bien scrouit-scrouit dans la flotte. Non, vraiment, jamais on avait vu un scrouit-scrouit aussi bon. Alors il a rougi, il a dit que oui, dans sa jeunesse, il aurait bien aimé faire plus scrouit-scrouit mais la vie, le travail, la famille, enfin bon. Et puis, de scrouit en scrouit, on en est venu à parler du derrière de monsieur Basilic. Et monsieur Basilic, il disait :

    - "Ah oui, mon derrière, je l'aime beaucoup, on s'est toujours bien entendu, mais c'est vrai qu'il est un peu neurasthénique, ces derniers temps.
- Oui mais c'est qu'il manque d'exercice", nous on a dit. "Il faudrait peut-être simplement qu'il se bouge un peu ?
- Vous croyez ? qu'il a demandé. De l'exercice comment ?
- Ben par exemple, il pourrait prendre un putain de bottin, un putain de téléphone et appeler un putain de plombier ! Ça, ça lui ferait vachement d'exercice d'un coup, à votre derrière !
- Oui, mais ça serait pas un peu trop justement ?" il s'est inquiété.

    Alors on l'a rassuré. Longtemps. On se relayait. L'un épongeait la flotte, l'autre rassurait monsieur Basilic sur son derrière.

    Finalement, le derrière de monsieur Basilic a appelé un plombier, deux jours plus tard. Qui est venu. Un peu surpris, parce que c'est pas tous les jours qu'on a un derrière au téléphone.
Quand il est arrivé, on lui a passé un scaphandre et il s'est promené avec nous dans la maison. Il a regardé les robinets des radiateurs. Il les a bien examinés. Il a démonté une ou deux pièces, pour mieux voir. Et puis, il a toussoté dans son scaphandre et il a dit...

/mode vérité pure on

"C'est bizarre... hum... un peu bizarre..."

Monsieur Basilic il a demandé :

- C'est quoi qui est bizarre ?

- Ben les robinets des radiateurs... les raccords, là. C'est... comment dire...

- Oui...?

- Ben... c'est de la merde complète... un peu... quoi."

/Mode vérité pure off.


    Donc, bon, il a fallu tous les changer. Donc bon, évidemment, le plombier pouvait pas faire ça là tout de suite, donc bon évidemment, il a fallu prendre un rendez-vous pour la semaine suivante.

    Et puis  il a demandé pourquoi il faisait aussi froid, ici, alors que le truc dans le placard, là, ça ressemblait vachement à une chaudière à gaz. Devant le grand silence gêné de monsieur Basilic, il s'est tourné vers nous et on lui a dit : Super Mario, il a appuyé sur tous les boutons, mais il a pas réussi à la mettre en marche.
Alors le plombier, il a regardé la chaudière. Il a appuyé sur un bouton. Il a tourné une manette.
"Ben, ça marche," il a dit.

    Alors on a foutu tout le monde dehors pour filer à notre première douche, et une demi-heure plus tard, la chaudière a dit "fuck total la société" et elle s'est arrêtée.
Par Tom - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Mardi 22 janvier 2 22 /01 /Jan 11:46
7 poignées de porte de guingois, d'où

6 portes sur 7 qui ne ferment pas (celle qui ferme, c'est la porte d'entrée)

5 prises électriques avec système d'éjection instantanné du mur dès qu'on débranche quelque chose

9 interrupteurs dits "de sécurité", c'est-à-dire que pour allumer, il faut basculer la plaque de fixation entière, et pas seulement le bouton - pour le cas où on serait pas sûr de vouloir allumer

1 robinet monté à l'envers

27 nids à poussière dans les placages neufs

4 pièces sur 6 avec des murs roses

1 escalier plus pratique pour faire de la luge

1 parquet plus pratique pour faire du trampoline

2 chasses d'eau caractérielles, que si tu les touches, elles pleurent sans s'arrêter

1 plinthe amoureuse du plafond

1 grande fissure dans un mur (rose, évidemment)

12 courants d'air venus d'ailleurs

3 araignées au plafond

2 ravis qui se disent qu'on va quand même réussir à en faire quelque chose, de cette maison.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Mercredi 16 janvier 3 16 /01 /Jan 23:20
    Aucun lapin n'est éternel.

    Même ceux posés par GDF.

    Alors bon, on l'a encore attendue un peu plus longtemps, l'arrivée du gaz, mais cinq jour supplémentaires à se geler, à raison d'un demi-pull par personne et par jour, c'était encore jouable, et puis monsieur Basilic l'avait dit, qu'on l'aurait, le gaz, avant novembre, ça c'est sûr, ah ben maintenant, oui, quand même, alors on avait confiance et ça nous tenait chaud.

    Et effectivement, on l'a eu, le gaz, avant novembre. Six jours avant, pour être précis.

    Mais c'est là qu'on a eu confirmation d'un truc qu'on commençait vaguement à soupçonner, depuis quelques temps. C'est que cette histoire, elle était à peu près faite comme les poupées russes. Vous savez, ces poupées, quand vous jartez la plus grande, y'en a encore une petite à l'intérieur, et à l'intérieur de celle-ci, une plus petite, etc. Bon ben là, comme pareil, mais avec les problèmes. Des problèmes russes. ça veut dire qu'à chaque fois que vous avez réussi à virer un problème, y'en a un plus petit tout pareil qui vous fait coucou à l'intérieur et vous vous retrouvez au même point.

    En même temps, ce jour-là, le jour où GDF est venu mettre un joli tuyau pour relier le petit circuit de gaz de l'intérieur de chez nous au gros circuit de gaz de dehors sous la terre, la poupée russe qu'on a découverte à l'intérieur de la première poupée, elle était pas jolie du tout. Pour tout dire, elle avait la tête de Super Mario, qui avait enfin réussi à échapper à tous les Goombas pour venir mettre en route notre jolie chaudière toute neuve jamais servi qui allait enfin pouvoir servir, maintenant qu'elle avait du gaz.

    Super Mario, il a commencé par plier la bouche, on a cru qu'il allait sourire, mais en fait il l'a pliée dans l'autre sens. Ensuite il a continué en ouvrant la bouche, on a cru que c'était pour dire bonjour, mais en fait c'était pour laisser échapper, entre ses dents, un sifflant "j'vais pas me faire chier".

    Ensuite il a réussi à brancher la chaudière, mais la démarrer, jamais.

    Ensuite il a mis en eau les radiateurs, juste pour voir, puisqu'évidemment, sans eau chaude, c'était vraiment juste pour voir, et ils fuyaient de partout, les radiateurs, et puis pas qu'un peu, genre fontaine décorative comme devant les mairies, mais en plus modern style. On a pas vraiment osé demander si c'était bien lui aussi qui les avait installés pourtant, parce que ça commençait à siffler drôlement fort entre ses dents, et puis là il a encore ajouté qu'il allait pas se faire chier.

    Au bout de quelques heures, on avait sous les yeux une vision bien claire de toutes les poupées russes, déboitées les unes des autres, étalées en champ de bataille un peu partout chez nous, un vrai carnage de poupées russes. C'est là qu'on a découvert la dernière qui se cachait à l'intérieur de toutes les autres, elle était pas jolie non plus mais c'est le problème avec ce genre de poupées russes, la dernière, c'était monsieur Basilic, tout rouge et tout énervé, qui a commencé à s'embrouiller avec Super Mario en prenant à témoin la chaudière. Celle-ci se murait dans une muette impartialité.

    Après, on a pas tout bien suivi vu qu'on était en train de construire une digue au milieu du salon, mais à un moment Super Mario était plus là, on l'a pas entendu dire au revoir, juste un vague "j'vais pas me faire chier" qui siffla longuement le long de l'allée, se mêlant au frisson du vent sous les arbres, dans la nuit déjà avancée.

    Dans notre maison, y'avait toujours pas d'eau chaude, mais de l'eau froide un peu partout.

    Alors on a remis un pull et puis des bottes, et on a commencé à ranger les poupées russes par ordre de taille, pour bien se souvenir dans quel sens il allait falloir les remonter.
Par Jerry - Publié dans : L'histoire de comment on a eu froid
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Lundi 14 janvier 1 14 /01 /Jan 12:12
  Non, ce ne sera pas un article sur l'odieuse discrimination dont sont victimes les blondes en entreprise, ni sur l'infâme censure qui frappe les porteurs de dreadlocks lors des entretiens d'embauche.

    Parce qu'il y a des métiers, oui, qui sont victimes de discriminations hors cadre professionnel, et pas seulement dans le cadre de la recherche d'appartement.

    Par exemple, l'autre jour, chez le coiffeur. La coiffeuse, mignonne et gentille comme tout, avait une coiffure très chouette, juste d'assez bon goût pour être portable et juste d'assez mauvais goût pour être glamour. En plus, elle était  frisée naturellement, j'avais donc plutôt tendance à lui faire confiance, pour une fois, pour comprendre le fonctionnement de ma moutonnante tignasse. Et pour couronner le tout, il y avait, dans la vitrine, la photo d'une jeune femme qui faisait "grrr" d'un air ultra-sexy à travers les mèches d'une coupe qui ressemblait à peu près exactement à ce que je voulais, donc je me suis dit, ça va pas être trop difficile d'expliquer.

    Et faut dire qu'au début, ça commençait plutôt bien. Elle faisait un joli dégradé, à la bonne longueur, je regardais, fascinée, le mouvement des ciseaux, les cheveux tombaient les uns après les autres sans résistance, y'en avait partout, c'était la fête.

    Sauf qu'on avait dû lui apprendre qu'il fallait parler avec les gens qu'on coiffe, et là, ce fut le drame. Parce qu'elle m'a demandé ce que je faisais dans la vie. Et je sais pas pourquoi, à partir du moment où j'ai eu dit que j'étais prof, tout a commencé à partir en bigoudis, et je me suis finalement retrouvée avec une sale coupe 80's qui moumoutait toute plate sur la nuque et faisait comme des rouflaquettes sur les côtés. Comme si spontanément, ses ciseaux s'étaient adaptés à l'idée qu'elle se faisait de la fonction. Elle m'avait fait, la gentille, une coiffure de prof. La catastrophe. Je ressemblais à un artichaut. Un artichaut mignon, certes, mais quand même, un artichaut.

    La seule solution pour me faire pardonner cette tête, à la rigueur, c'était de prendre un air de petite chose kawaï, et c'est pas trop tenable sur le long terme.

    Mais berdoule, on a donc pas le droit d'être prof ET glamour? Prof ET sexy? voire même, prof ET normale? Non, quand vous êtes prof, vous êtes condamnée à vous habiller à la CAMIF et à porter des coupes d'instit au bord de la retraite. Mais enfin, je m'habille même pas à la CAMIF!

    Donc voilà.

    La prochaine fois, j'ai pas envie de ressembler à un artichaut mignon en sortant de chez une coiffeuse bien intentionnée.

    La prochaine fois, j'ai pas envie de passer deux heures à me recouper les cheveux prise en sandwich entre deux glaces en chantant "Nex York, New York" pour me donner du coeur à l'ouvrage, ni choper un torticoli et des courbatures aux bras pour un résultat sexy et glamour, certes, mais approximatif.

    La prochaine fois, je mens sur mon métier. La prochaine fois, je veux un métier qui en jette. Je sais pas, danseuse au Crazy Horse, ou dans la com', ou avocate fiscaliste, faudra que je me renseigne sur ce que c'est, le top du glamour, pour ma coiffeuse. Tiens, je vais lui demander ce qu'elle fait, dans la vie, la dame en photo dans la vitrine.
Par Jerry
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Tom et Jerry

vont refaire le monde, mais en commençant par un blog, parce que sinon ça fait beaucoup.

"L'homme est né bon, mais faut pas le faire chier." (Jean-Jacques Rousseau)

"Bats ton âne pendant que tu es dessus. Si tu ne sais pas pourquoi, lui non plus." (sagesse ancestrale hindoue)

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