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Jeudi 9 août 4 09 /08 /Août 23:28
    Pour tout dire, Tom et moi, jusqu'ici, on ignorait qu'il y avait, aux portes mêmes de Paris, des banlieues aussi charmantes. Celle-ci semblait bénéficier d'une géographie particulièrement favorable: le vent léger qui y soufflait chassait toute trace de pollution. Malgré une très faible pluviosité et 300 jours d'ensoleillement par an, la végétation était luxuriante et de gigantesques papillons aux couleurs flamboyantes voletaient en couronnes au-dessus de nos têtes. On se serait crus très loin, sauf qu'on était à 10 minutes du centre de Paris.

    L'appartement était situé au dernier étage d'un petit immeuble. Trois pièces spacieuses, une belle cuisine, une salle de bain fraîche et claire. Il était encore ensoleillé par les derniers rayons du soleil. Il était si bien agencé que nous allions de surprise en surprise : en visitant les pièces, nous pouvions voir nos futurs meubles se matérialiser à leur place idéale, comme si leurs fantômes nous attendaient déjà. Le paillasson rassemblait ses petits poils pour former un jovial "Welcome Tom and Jerry", le papier peint faisait de son mieux pour saisir notre nuance préférée, les fenêtres grinçaient le moins possible, ou alors tout bas, en chuchottant, et presque avec tendresse.

    Cet appartement nous réclamait de tous ses murs.

    C'était nous qu'il attendait, patiemment, langoureusement, comme un chat attend la caresse.

    Nous étions saisis d'un bien-être langoureux, comprenant pour la première fois ce que signifiait réellement "Home, sweet home". Un calme olympien doublé d'une pêche monstrueuse, tiens, un peu comme dans une pub pour une salle de fitness.

   D'ailleurs ça tombait bien, un parc immense s'étendait sous nos fenêtres, de l'autre côté d'une avenue presque piétonne tant les voitures étaient rares.

    Nous adressâmes à l'agente immobilière un sourire radieux en lui tendant notre dossier.

   Elle le feuilleta à peine et déclara que nous étions vraiment les locataires idéaux, sans même nous demander au passage de justifier d'un salaire égal à 12 fois le loyer ainsi que des cautions solidaires de nos parents, grand-parents et arrière-grand-parents, si quelqu'un est calé sur le pluriel des mots composés, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais. Puis nous chantâmes tous ensemble notre allégresse en faisant des entrechats à travers le salon en une chorégraphie aussi légère qu'audacieuse, tandis qu'au pied de l'immeuble, une foule en délire de voisins gentils nous acclamait en lançant des confettis.
   
    Et puis je me suis réveillée, évidemment.

    A côté de moi, Tom dormait encore, beau et serein comme un crépuscule de printemps.

    Alors j'ai tâtonné d'une main ensommeillée pour allumer mon ordinateur, et je suis retournée éplucher les sites de petites annonces.
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Mercredi 8 août 3 08 /08 /Août 22:32
    Oh qu'il était mignon, ce logis-là! Enfin sur l'annonce, en tous cas! Une "petite maison indépendante" de 50m2, dans un quartier calme, avec un "petit jardinet ensoleillé"... Avec une description pareille, il y avait même une chance que la petite maison soit, oh, peut-être pas dans la prairie, on n'ira pas jusque-là, mais en tous cas pas coincée entre quatre barres d'immeubles de 20 étages obscurcissant l'horizon amer.

    Et c'est vrai qu'elle était jolie, la petite maison. Fraîche, couleurs vives, presque claire, enfin, autant que peut l'être une "petite" maison qui porte bien son nom. Le seul truc un peu vraiment bizarre, c'était les toilettes. Qui étaient à l'extérieur. Ou en tous cas, comme si elles avaient été construites à l'extérieur, au fond du mini-jardin, et ensuite racordée à la petite maison en défonçant la façade par une sorte de véranda mal fichue, dont du coup la porte n'ouvrait pas. Pas qu'elle était condamnée, mais en tous cas, nous a dit le monsieur, faut surtout pas l'ouvrir. Je pense que c'était parce que sinon tout s'effondre, un peu comme quand on tire sur la languette d'un pot de Flamby (ça existe encore, les Flamby?).

    Donc, à part ça, elle était très bien, la très petite maison.

    Et puis finalement, la véranda-toilettes sur le devant, ça permettait de cacher la vue sur les lignes de chemin de fer. Oh, y'en a pas beaucoup par ici, vous inquiétez pas! Oui, oui, c'est vrai, opinâmes-nous en choeur, c'est jamais que le quatrième qu'on entend depuis le début de la visite. Et tiens, justement, voilà un...

    Un TGV. Et oui, devant vos yeux éblouis, mesdames et messieurs, un TGV. Il a fallu qu'on soit pile sur la portion du RER C qu'emprunte le TGV pour aller de Massy-Palaiseau à on ne sait où, après tout il fait ce qu'il veut ce TGV. Et ça ronronne drôlement, un TGV.

    Ouuuh... Z'ai cru voir un gros minet.

    Alors du coup on est rentrés à pieds, et on a recommencé à éplucher les petites annonces.
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Lundi 6 août 1 06 /08 /Août 20:13
    L'idéal, ce serait un appartement qui donnerait sur un parc immense, avec pas de voitures du tout, rien que plein d'arbres, et puis "oh, vous risquez surtout d'être dérangés par le chant des oiseaux, ici", ça c'était un agent immobilier qui le disait, sauf que c'était pas vrai, les oiseaux, ils étaient de l'autre côté de la vue sur un parking.

    Même un cimetière ça conviendrait, tiens, comme vis-à-vis pas bruyant, et puis c'est joli les cimetières, et c'est pas parce que j'ai rêvé de morts-vivants la nuit dernière que je vais me mettre à avoir peur.

    Mais en fait, l'idéal, là, tout de suite, ce serait d'avoir un arc et des flèches en caoutchouc que j'enverrais sur les pare-brises des automobilistes qui stationnent une demi-heure sous ma fenêtre avec le moteur qui tourne, comme ça, pour rien, et même pas pour me chanter des sérénades, alors je serais super forte au tir à l'arc et je tirerais mes flèches juste devant le nez du conducteur, et il y aurait un petit drapeau qui se déroulerait, disant : "Merci d'éteindre votre moteur, ça fait du bruit, ça pue et ça pollue!" ou un truc qui tue encore plus parce que dans l'idéal, j'aurais aussi des super-pouvoirs de répartie, et les conducteurs seraient vachement impressionnés et à l'avenir ils feraient gaffe, ils laisseraient pas tourner leur moteur comme ça pour rien.

    A noter donc, dans les critères de choix du futur logis de nos rêves : avoir un vis-à-vis ultra tranquille. Ou bien un stand de tir à l'arc pas loin.
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Dimanche 5 août 7 05 /08 /Août 23:14
Exclusivité, En exclusivité : Interjection décorative. "En exclusivité, la vie de ma mère, il est terrible c't appart".

Pavillon : Espèce d'habitation propre à la banlieue. Son aspect extérieur est proche de celui d'une maison, mais il est herbivore.

Quartier pavillonnaire : Bien qu'il soit de tendance très individualiste, le pavillon vit en vastes troupeaux et s'éloigne rarement de ses congénères. Les troupeaux de pavillons ont des moeurs très casaniers et sont le plus souvent installés à vie dans les herbages qui constituent leur habitat naturel, et dont le nom scientifique est quartier pavillonnaire.

Résidence : Sorte d'immeuble qui a été construit un peu dans l'idée de mettre des mitrailleuses sur les toits, mais qui a pas eu l'autorisation finalement.
La résidence se différencie cependant de l'immeuble par le fait qu'elle est 1) de standing 2) sécurisée.
L'immeuble se différencie de la résidence par le fait qu'il est un immeuble.

Truc pour distinguer la résidence de standing de la résidence de grand standing : toutes deux ressemblent à des maisons de retraite, mais dans la résidence de standing, les infirmiers font des passages épisodiques, alors que dans celle de grand standing, ils nidifient clairement.

Lorsque la résidence n'est d'aucun standing, elle est néanmoins "très bien entretenue". Son gardien lui fait prendre des bains réguliers et lui peigne bien les poils de sorte qu'elle n'en mette pas partout sur les canapés.

Rangements : Cavités aléatoires dans le mur, permettant de fourrer, en forçant bien, les peaux de bêtes mortes qu'on se met sur le corps en hiver, rapport à ce que ça gèle les coucougnettes.

Petit : Pour nain dépressif. Exemple : "Petit 2 pièces sous cour intérieure, charmante fenêtre en soupirail, vue sur poubelles et pieds des passants, idéal personne seule à faible espérance de vie".

Grand : En 3 dimensions.

Spacieux : Les toilettes font mini-golf.

Disponible de suite : Vite, prends-moi sur le palier.
Par Tom - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Jeudi 2 août 4 02 /08 /Août 21:33
    C'était pourtant bien parti. Les participants, contactés par téléphone, sembaient enjoués et promettaient de mettre du coeur à l'ouvrage. Les performances annoncées étaient plus qu'avantageuses, avec ce petit piment nouveau qu'ajoute l'inconnu. C'est donc pleins d'envie que Tom et Jerry allaient à la rencontre de trois nouveaux partenaires.

    Néanmoins, prudents pour cette première expérience, ils avaient décidé d'y aller doucement. Pas tous les trois en même temps. Cela aurait d'ailleurs été impossible, les trois appartements à visiter n'étant même pas dans la même commune. Ils avaient donc prévu un premier rendez-vous le matin, et deux autres pour ce chaud après-midi de recherche immobilière dans la banlieue sud de Paris.

   Au téléphone, la dame qui faisait visiter le premier appartement avait été très dissuasive : "Ah bon? Vous n'êtes pas véhiculés? Non parce que c'est très loin du RER! Et puis y'a aucun rangement! Et c'est en travaux! Ah, c'est pas très grand, c'est sûr!" Elle avait une manière bien à elle de prononcer "immeuble des années SOIXante", un peu comme on dit "klacson".

    En fait, c'est effectivement très loin du RER, mais le quartier est joli, plein de verdure, il fait beau, les oiseaux chantent. Sauf que là, soudain, ils se taisent. Ah oui, ce doit être la bonne adresse.

    Bon, en fait, je passerai sur le premier appartement, vu que c'était loin d'être le pire de la journée. Si, si. Même en rez-de-chaussée avec vue sur le parking de l'immeuble, même petit et sombre et oppressant et dépressogène, même glauque à vous transformer une journée d'août ensoleillé en crépuscule de novembre, c'était même le plus chouette, alors on ne va pas médire.

    La seconde visite eut lieu dans le noir. Ben oui, parce que l'électricité a été coupée, alors on ne peut pas ouvrir les volets roulants. C'est dommage, parce que sinon on pourrait voir les... Si, si, les parkings, là aussi. C'est donc à la lumière du téléphone portable de l'agent immobilier que nous avons découvert un bien joli appartement. Grand, beaux volumes, bien agencé, tout ça tout ça. L'ennui, c'est ce fichu dégât des eaux. Parce qu'on sent bien comme un coup de froid humide, là, un peu comme si on entrait dans une cave ; mais c'est après seulement qu'on voit les couleurs. Oh, plein de couleurs. C'est sûr, ça égaie les murs. Y'a de la variété, en plus. Dans la chambre, les moisissures sont bleu-noir. Dans le couloir, plutôt marron-jaunes, et puis à un autre endroit le papier peint fait des bulles, comme ça, tout seul, ça donne un petit côté vivant assez sympathique. Bon d'accord, on veut bien attendre l'expertise du plombier, pour savoir si c'est grave. Depuis février qu'il doit venir, le plombier, mais il va certainement pas tarder.

    Mais bon, c'est dommage que les volets n'aient pas été fermés à l'arrière aussi. Sinon, on aurait peut-être pas vu les lignes du RER, là, à 10 mètres. Juste de l'autre côté de l'"impasse calme".

   Pour le troisième rendez-vous, j'ai rappelé l'agence pour être bien certaine que j'avais noté la bonne adresse. Parce que déjà devant l'immeuble, on avait envie de s'être trompés d'adresse. Mais non, c'était bien ça, le merveilleux trois pièces avec double exposition sur jardinet privatif. Ce qui donnait, en traduction, un rez-de-chaussée étroit et mal fichu, un peu si l'appartement n'était qu'un couloir, en forme d'escargot, avec vue d'un côté sur un feu rouge dans une avenue très passante, de l'autre côté sur le parking de l'immeuble, au hasard, et un buisson devant une fenêtre.

    L'un des avantages de bosser à domicile, c'est... Oh, je ne m'attarderai pas, c'est plein d'avantages. L'un des inconvénients, c'est qu'il faut un chez-soi un minimum avenant si l'on ne veut pas sombrer très vite. Et comme Tom et moi on bosse essentiellement à domicile, à partir d'aujourd'hui, on range le mot "rez-de-chaussée" à côté des mots porte-poisse dans notre vocabulaire.

    Et on retourne éplucher les petites annonces.
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Mercredi 1 août 3 01 /08 /Août 22:32
    Le premier jour, Dieu créa le ciel et la terre et seloger.com et "De particulier à particulier" et les agences immobilières. Alors Tom et Jerry, qui en avaient assez de naviguer entre son joli mais très, très petit appartement à elle et son grand mais très, très mal fichu appartement à lui, décidèrent de chercher un appartement pour tous les deux.

    Tous les deux. Chouette, ça, tous les deux. Rien que le mot, ça me fait sourire jusqu'aux oreilles de souris, tiens.

    Tous les deux. A Paris, évidemment, puisque c'est là qu'on bosse, au moins pour le moment. Le but n'était pas de bouger, juste de rendre les petits déjeuner au lit un peu plus pratiques. Tout de suite d'ailleurs, les amis parisiens nous avaient adressé leurs encouragements les plus chaleureux : "Han mais trois pièces à ce prix-là vous trouverez jamais nan mais faut pas rêver mais laissez tomber tout de suite quoi."

    Alors on avait regardé un peu, sur Paris. Et on avait vu, comme avec de nouveaux yeux. Le ciel bas de pollution. Les passants qui vous bousculent sans vous regarder. Les fleurs qui sentent le pot d'échappement au printemps. Le bruit, tout le temps, partout.

    Il y eut un soir, il y eut un matin. Second jour.

    Le second jour, Dieu créa les fleurs et les jardins et les pavillons en meulière et la banlieue parisienne. Et Tom et Jerry décidèrent qu'une demi-heure de RER n'avait jamais tué personne. A nous la verdure, le ciel pur et les rues désertes... Oh, bien sûr, nous savions que la vie en banlieue, c'était plus austère, que la banlieue, c'était un peu mort comme l'arrière-cour de Paris, qu'il faudrait renoncer aux sorties tard le soir, résilier les abonnements mk2, accepter de s'éloigner des amis, des musées, des cafés... Oh non, par pitié, pas la banlieue, ça fait trop peur, il fait froid, c'est loin, en plus c'est sûr qu'il y a des loups.

    Il y eut un soir, il y eut un matin. Troisième jour.

    Le troisième jour, Dieu créa les chemins de fer et la province-pas-très-loin et les villes moyennes à moins d'une heure en train de Paris. Les villes qui sont suffisamment grandes et suffisamment loin pour avoir leur vie culturelle à elle, leur identité à elle, leur charme à elle. On pleurait d'attendrissement en regardant les petites annonces, tellement tout ça semblait trop beau.

    Et puis on a vu le prix de la carte Intégrale zone 72, et on s'est dit que pour quitter Paris, il allait falloir attendre un peu, quand même.

    Alors on est retournés, pleins d'usage et raison, lire les petites annonces sur Paris et sa région.    
Par Jerry - Publié dans : Tout sur l'immobilier en région parisienne
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Tom et Jerry

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